Dunkelkrist « Arcanus Mysteria Scriptum (2005) »

Implanté à Angoulême, en Charente, et, puisant son essence en le substantifique duo Herr Ghomor [guitares / piano] et Urhtkrieger Astharoth Neferher [basse / chant], duo pour l’heure appuyé d’une boîte à rythmes, Dunkelkrist, armé de ce « Arcanus Mysteria Scriptum » à titre de première démo, est un nouveau témoignage du perpétuel renouvellement du bestiaire underground.
Comme le suggère d’emblée l’artwork quelque peu suffisant et prévisible de cette rondelle, les uses et coutumes du milieu ont la peau dure et, « Ave Verum», premier track évocateur oblige, ne nous épargne donc pas le traditionnel exercice introductif en vigueur depuis les premiers méfaits du genre. Ambiance hideuse de la cyclique et aliénante crédulité dominicale, fumet masochiste de l’animal humain lobotomisé… soit… mais, rien de bien nouveau sous le soleil de Satan comme le dirait un certain confrère. Ce palabre n’ayant, pour simple exemple, pas le charme de celui d’un « KK 696 » de qui l’on sait, il se pourrait que certains puristes y trouvent leur compte, mais pour ma part et malgré mon avidité fanatique, voici là une mise en abîme bien dispensable… Passons… 

Plus cru que ce que pourrait laisser imaginer l’intro, «Tuba Mirum » premier véritable track de cette démo, dévoile une entité aux aspirations vastes, mêlant un feeling relativement old school suintant de riffs primaires joués en power chords, de percussions minimalistes et, de vokills écorchés et, une touche plus contemporaine distillant nappes de claviers glaciales, douloureuses, éthérées et, secondes guitares d’une nostalgie cristalline. Un morceau pas particulièrement révolutionnaire, mais tout de même assez efficace qui n’est pas sans m’inspirer de façon un peu moins intense et plus lourde les débuts d’Epheles. Soulignons néanmoins la prod qui si elle avait été un peu moins laxative sur les guitares aurait contribuée à plus de puissance et, à ne pas rendre la survenance de certains éléments, tels que les vocaux Death, parfois indigeste. 
S’ensuit ce qui est, probablement pour moi, le meilleur track de cette démo, car le plus direct et le plus soutenu. Dénué de tout artifice « Chanson d’Automne » transpire d’une rage très froide, d’une poigne très atavique. L’on pense quasi instantanément aux influences ancestrales de Seigneur Voland en ses envolées les plus sanguinaires, du Kristallnacht de « Warspirit » via ses retombées épiques et vengeresse. L’on se remémore les instants les plus païens du « Melancholia » de B.I.S. ou du premier Behemoth lorsque des arpéges acoustiques viennent donner une touche de tristesse incurable à l’assaut ou, l’on croirait presque écouter Sombre Chemin lorsqu’à ces même arpéges ne font écho que des phrasés en voix claires ; Vocaux souillant sans vergogne le bon vieux « notre père » des familles et, à mon plus grand plaisir, scandés dans la langue de Molière… 
« Baphomet de Velours», après une brève et agonisante résurgence des claviers à titre introductif, reprend le même schéma conquérant mais, de façon bien moins subtile, pour ne pas dire régressive ; Tellement régressive que le nom du Absurd de la plus grande et répulsive époque me viendrait presque en tête… Une aussi improbable que dézinguée rencontre entre l’instrumentation la plus harsch, voire R.A.C., du pilon teutonique et le lyrisme le plus décadent du « Sturm Und Drang » de Forbidden Site, où l’on ne trouve du repos qu’en la rechute clavier / voix centrale et, l’outro acoustique. 
Poussant ses premiers souffles sur une attaque acoustique quasi folk des affres froidement désespérées de laquelle émerge le spleen de Urhtkrieger Astharoth Neferher, « De Profundis Clamavi» dégénère rapidement en un maelström mystique et inquisiteur paraissant tout droit surgir d’un « The Celtic Winter » de Graveland ; maelström qui, mourrant de la même façon qu’il est apparut introduit un « Sanctus Dolorosa » suivant le même mode opératoire à la différence qu’il semble ici voguer vers le Graveland nouvelle époque qui aurait bouffé du Kampfar et autre Einherjer. La patte stylistique de Dunkelkrist semblant définie, « Corpse Christii» semble s’imposer comme une synthèse entre haine et tristesse, entre désespoir et hargne vengeresse, entre beauté et laideur, entre sauvagerie et romantisme… avant qu’une outro intitulée « Romance Macabre », proche des interludes de C.O.F. et donc, à mon sens, tout comme l’intro, absolument dispensable, vienne clore les hostilités. Qu’ajouter pour conclure au sujet de ce premier glaviot peut être encore un peu innocent ? Nonobstant le fait que le BM ici proposé par Dunkelkrist n’est pas forcément ma pinte de rotteuse, il n’en demeure pas moins que ce « Arcanus Mysteria Scriptum » est le fruit d’un travail incontestable, qu’il dégage déjà une audace certaine de part la diversité des influences lui étant sous-jacentes, mais, il est également clair que le groupe devra pour l’avenir atténuer l’emprise de ces dernières pour gagner en maturité et, œuvrer à la distinction d’une aura propre. Une démo intéressante donc, me laissant dans l’attente de la prochaine. 

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Sperm. S.