Arghoslent / Morbid Upheaval « Split » (2004)

Cela faisait bien longtemps que je ne m’étais pas laissé aller à une chronique orienté Death Metal et, pour cause, il y avait tout autant de temps que, outre les productions estampillées Nihilistic Holocaust et de menues ignominies sud américaines, quelque chose de réellement intéressant, consistant et en marge n’était pas venu embraser mon esprit. C’est donc quelque peu désabusé par une scène qui, ayant jadis bercée mes premières armes, ne semble, majoritairement, plus, aujourd’hui, croupir qu’en un néant gaucho / humaniste / végétarien / technico / festif n’ayant désormais de sanguinaire que je ne sais quelles fantasmagories galvaudées, tout au plus divertissantes en état d’ivresse lorsqu’il s’agit de dégorger une rombière imbuvable, que je découvris en 2004 ce Split Ep réunissant Arghoslent & Morbid Upheaval, parut chez Aura Mystique et, estampillé d’une étiquette « Radikal Militant Death Metal » des plus alléchante. 

Formé en 1990, sous l’impulsion, entre autres, de membres du grand GBK, et ayant auparavant laissé dans son despotique sillages cinq démos échelonnées entre 1991 & 1996, un premier album intitulé « Galloping Through The Battleruins » en 1998, puis, à raison d’une release par an, un best of / compilation, un Ep, un Split avec Stargazer , et, le déjà mythique « Incorrigible Bigotry » à titre de second album, l’américain Arghoslent ouvre le bal en sa qualité d’aîné.

Merde (?!?!?) un speed picking grotesquement jovial, à peine plus noir que je ne sais quelle dominicale mièvrerie de guinguette digne de « la chance aux chansons », en guise de riffs fondateur??!? Mon dealer officiel aurait-il commis une erreur fatale par excès de zèle éthylique? Bien heureusement non et, je mettrais cette faute de goût sur le compte de l’anti-conformisme tant la suite des événements se révèle foutrique pour ce long et unique track qu‘est « The Nubian Archer« . Celles et ceux qui ont découvert le Death Metal via les onanismes de bouses telles que Trepalium ou Pit-bull In The Nursery ne comprendront probablement pas l’étiquette Death Metal dont le groupe se revendique, sa quintessence étant si Old School qu’elle en devient Heavy Metal. Lorsque je parle Heavy Metal, il n’est bien sûr pas question d’Hammerfall [ersatz tiédasse qui, ayant beau gueuler « Metal Is For Ever » à qui veut bien l’entendre, n’en reste pas moins plus péderastique qu’un antique détachement de centurions romains…] mais bien de la N.W.O.B.H.M., ici solidement honorée en un feeling & une prod rustiques n’étant pas sans inspirer une certaine alchimie entre les breaks & dépressurisations crus mais mélodiques ainsi que les solis très harmonieux, presque tragiques, qui purent faire toute la gloire des démos ou du « Melancholia » de Blessed In Sin, et, les fougues plus bouillonnantes, teigneuses, insolentes et syncopés qui caractérisèrent un « Mocking The Philanthropist » ou un « Judeobeast Assassination » de Grand Belial’s Key. Lorsque les vokills font leur apparition, c’est également à ce dernier que l’on ne peut s’empêcher de penser: Aussi rauques, sentencieux et hautains, que modérés, spartiates et palpables, ils se positionnent en contre-pied des us et coutumes du genre, généralement typés étron agonisant dans le destop au fond d’un sani-broyeur enragé, pour donner toute son ampleur à une textuelle belliciste, conquérante, politiquement incorrecte et passéiste, aussi symbolique et riche que complexe d’interprétation. 

Une quintessence quasi préhistorique et oubliée de nos jours. Un instant rare. 

Sur la seconde face, le jeune quatuor de Morbid Upheaval reprend le flambeau de la subversion pour son troisième affront en règle suite aux démos « Solar Impetus » [2002] et « Godhood Ablaze » [2004].

Les premières mesures parlent d’elles même, laissant présager une démarche beaucoup plus raw, chaotique et primaire que celle de son prédécesseur, à commencer par une haleine sonore scabreuse, crasse & plus asphyxiante que les aigreurs nées d’une pinte de mazoute cognée cul-sec. Mais, ne nous y trompons pas, si la démarche est plus contemporaine, elle n’en demeure pas moins résolument Old Vein.

A mille lieux des obsolescences outrancièrement techniques semblant aujourd’hui avoir pris le contrôle de l’Europe de l’Est, du perpétuel plagiat ayant assassiné le microcosme de Tampa Bay ou, des branlettes romantiques de l’école suédoise, la bête déploie ici un miasme instable et apocalyptique qui, comme sous l’influence du plus nocif des speedball, semble défier les lois d’une pesanteur à en faire pâlir de honte les balloches d’un aurochs qui n’aurais pas besogné depuis une bonne demi douzaine de saisons, lorsqu’il ne confine pas les plus dangereuses, abruptes et tranchantes frontières de la névrose psychopathe incarnée. Essayez de vous imaginer ce que donnerait un croisement improbable entre la folie d’un « Violence Is The Prince Of This World » de Destroyer 666, ou à moindre mesure car de façon plus audible d’un « War Cult Supremacy » de Conqueror, et, les oppressions les plus claustrophobes d’un vieil Autopsy, et vous aurez peut être une certaine idée de ce à quoi vous attendre.

Un vent traditionaliste plane également sur les vocaux mais, ceux ci, tout comme pour Arghoslent, tendent néanmoins à se détacher du timbre monochrome du genre, lequel, à force de suffisance, ne m’inspire guère plus que les râles béats d’un grizzli qui, en hibernation, se ferait astiquer le manche par Aria Giovanni au pays de Morphée; Cela pour privilégier un force de frappe plus totalitaire, instable, impulsivement rocailleuse, parfois relancée par des écorchures très proches du BM, en parfait accord avec la rhétorique haineuse & implacable semblant draper les deux tracks ici déglutis.

Après la sagesse et le stoïcisme le plus élitiste, le chaos salvateur dans sa forme la plus brute et intolérante. 

Je ne crois plus avoir quoi que ce soit à ajouter au sujet de ce Split de tueur. Soutenez ces deux putain de groupes ou allez engrosser la pseudo branche « Death Metal » de melancholia records… 

Contact :
ARGHOSLENT:
http://arghoslent.cjb.net/

MORBID UPHEAVAL
http://www.morbidupheaval.cjb.net/ 

Sperm. S.