Morbid Tunes of The Black Angels (1994)

Le climat actuel en matière de compilations dites Black Metal, n’est guère reluisant, force est de l’admettre. Chacun semble y aller de ses égocentriques ambitions personnelles, contribuant, sans réellement entrevoir les objectifs premiers de la démarche, à engrosser une pléthore déjà plus qu’impressionnante d’initiatives d’emblée avortées car bien trop limitées, en terme de tirage, pour assurer une campagne de promo digne de ce nom… trop visuellement conformistes… trop thématiquement clichesques… trop surgelées concernant les choix de tracklists… Nous même, bien que restant indéfectiblement fiers de notre « Funestes Augures… », confessons mille et une fois ne pas avoir échappés à certains lieux communs…

Ainsi, lorsque l’opportunité me fut présentée de récupérer, auprès de The Way Of Force, quelques copies de ce « Morbid Tunes Of The Black Angels », premier du nom, pour I.H.T.D. et ma consommation personnelle, mon sang croupi ne fit qu’un tour en moins de temps qu’il n’en aurait fallut aux sphincters d’une quinquagénaire incontinente pour balancer la purée dans le feu d’une sodo… la date de parution de la pièce et, son contenu pour le moins KILLER, lui conférant une dimension quasi culte. Jugez plutôt : 

+++ Side Black +++

« Desecrate Jesus Name » de Mütiilation inaugure les hostilités. A mon sens, ce track n’est pas le plus remarquable qu’ai enfanté le pontife déshérité des Legions Noires, lui préférant nettement des « Magical Shadow Of A Tragic Past », « Tears Of A Melancholic Vampire » ou « Under Ardailles Night » mais, son flux infernal de mélodies blessées / blessantes, ses ladres distorsions pluridimensionnelles, sa crudité désespérée, ses chaotiques pulsations malades, son haleine vocale suffocante … suffisent néanmoins, avec le recul, à clairement entrevoir l’influence majeure que purent avoir les groupes de la légendaire loge maudite sur la scène française. Réminiscence foutrique d’une époque où l’Art Noir n’était pas seulement une musique, une esthétique subversion utilisée par nombre de puceaux estudiantins pour briller en cafés philo ; Où le fanatisme qu’il est censé impliquer menait encore aux choix les plus radicaux… Témoignage d’un périple pré-toxicologique encore honorable de surcroît… 

Putain [!?!?!], le riff d’amorce de « Sleeping Under Tartarus », en provenance du 7 Ep 93 du même nom, me ferait presque croire que le second track est l’œuvre de mes compatriotes camarades de Cavaticus et non des Grecs de Zemial ! 
Comparant ce glaviot antique et mes plus récents achats vinyliques, je constate que la bête, outre un aguerrissement somme toute logique, n’a guère dévié de ses inspirations premières au fil des âges, chose suffisamment rarissime pour qu’elle mérite d’être soulignée. C’est ainsi que le spectre du Bathory Old School, aux limites du Heavy Metal, des trois premiers albums, agrémenté de quelques scabreuses mélodies de guitares / synthés, quasi ésotériques et plus singulières, règne ici en maître. 

Absu a toujours eu le don de me laisser relativement de marbre et, à supposer qu’il m’arrive encore d’y jeter une brève oreille pour me détendre le gland, je ne me risque jamais au delà de « The Third Storm Of Cythraul »… Le hasard faisant parfois bien les choses, ayant cette fois décidé, selon toute vraisemblance, de ménager mes nerfs, « Fantasizing To The Third Of The Pagan Vision (Quoth The Sky, Nevermore) » est extrait de « Barathrum : V.I.T.R.I.O.L. » qui reste, à mon goût, la meilleure chose qu’ai enfanté le groupe. La majorité d’entre vous savent probablement déjà à quoi s’en tenir, à savoir un Black Metal inspiré et bien produit, à la fois occulte et sauvage, hanté de claviers sépulcraux, de nombreux arrangements et, d’incantations écorchées vive. Comme sus-dit, ce n’est pas ma came mais cela reste respectable. 

Dans le livret A5 accompagnant cette release, Lord Puke laissait entrevoir qu’au vu des démos 93 « La Majesté Infernale » & « Resurrection », les Hollandais de Funeral Winds ne cesseraient, pour sûr, de se bonifier avec le temps ; Chose s’étant rapidement précisée au fil des releases plus pro’ bien que j’estime que le groupe s’est, à la longue, quelque peu enfermé dans une patte supersonique très [trop ?] scandinave. « Steps Of Ritual » est l’occasion de découvrir le groupe sous un visage déjà très brutal mais beaucoup plus mid-tempo… un visage déjà très sombre mais alors exacerbé par un effort de production plus que craspec, rustique. 

En tant que fidèle absolu de l’Art Hiérophante de Blessed In Sin devant l’éternel, il m’est difficile de ne pas subir les prémices d’une semi-trique à l’écoute d’Agatus, ce dernier m’ayant toujours, quelque part, inspiré un primitif alter ego Grec du premier… « Descent Of The Dark One » dévoile un feeling jouissivement Old School mêlant à un Black Metal puriste, cru et inquisiteur, un Heavy Metal des plus mélodique, galvanisé par de très énigmatiques nappes synthétiques. Les mots viendraient presque à me manquer, confronté à cette quintessence qui pourrait tout autant inspirer, une fois encore de façon plus simpliste, les débuts de GBK. Si la médiocrité des groupes affiliés à la Golden Dawn monopolisant le microcosme grec commence à vous baver sur les rouleaux, Agatus est une excellente alternative. 

Moonspell… autre entité, qui, tout comme Absu, n’a toujours été capable de susciter que mon plus vif désintérêt et, ce n’est pas ce « Wolves From The Fog», pourtant extrait des débuts fondateurs du groupe, qui me poussera à réviser mes positions. Je suppose que pour l’époque pionnière, l’impact de leur « Spiritual Black Metal » dut être non négligeable, mais, en l’état actuel des chose, je ne perçoit qu’une substance bâtarde ne sachant où se positionner entre grandiloquence des gammes d’un C.O.F. , intégrité Old School, influences exotiques diverses… et, la production faiblarde, très carton pâte, de l’ensemble ne fait que renforcer son aspect indigeste.

Certains objecteront peut être que je n’ai pas découvert les lusitaniens assez tôt, j’invoquerais alors mes plus viscérales répulsions. 

Martyrium, groupe que je découvre avec cette compilation, vient rétablir un peu de virilité dans ce monde de tantes. Armé d’une intransigeance toute germanique, « Forgotten Spheres » transpire d’un Raw Black Metal acrimonieux, rude, sans fioriture ni compromission… mais, se révèle, au final, bien trop chaotiquement bancal, hésitant, pour réellement faire mouche. D’après le booklet, il semblerait que ce track provienne de la Demo 94 « Arranum De Via Occulta », il me faudrait écouter une release plus récente, s’il en est, pour réellement me faire une opinion. 

A ne pas confondre avec les Autrichien, auteurs du fantastique « III – The End Of Ages », les Suisses de Pazuzu proposent une quintessence radicalement Old Vein. Bien plus proches, autant d’un point de vue musical que sonore, de Hellhammer ou du early Celtic Frost, aînés compatriotes, que de n’importe quel exercice Dark Ambiant, aussi glauque soit il, « The Fire Of God » est à déguster en se matraquant les vertèbres, rotteuse en main, à même l’entrejambe poisseuse de je ne sais quel tromblon imbuvable préalablement consacré au grand accusateur… Si un sympathique connard en possession de la démo 93’ « Conjurations » daignait me soumettre un trade digne de ce nom, cela m’éviterais de me coller inlassablement les glaviot de vulgaires, mais néanmoins excellents, pastiches type War Hammer… 

Damned [ !?!?!], du Impiety première période, mon foutre perle ! Si bon nombre se paluchent le chauve sur l’actuelle période War Metal du groupe, amorcée depuis le titanesque « Kaos Kommand 696 », si des esprits plus éclairés ne se sont toujours pas remis du traditionaliste et très Old School « Skullfucking Armageddon »… gageons que seule une minorité d’initiés a eu l’occasion de s’imprégner des premiers affronts du combo singapouriens ; Premières vilenies qui, comme en témoignent « … Of Masse Achreonic Desolation » & « Ceremonial Necrocrist Redesecration », n’avaient rien à envier au Black Death méphitique ultra brutal d’Archgoat, du Impaled Nazarene de l’époque ou, du plus actuel DeathChurch … K.I.L.L.E.R. !!!!!!!!! 

Raaaaarrrrrrrrrrrggggghhhhhhhh ! Merde [ !!!!!?!] je viens d’évoquer Archgoat et, voilà que « Death And Necromancy » extrait du monstrueusement cultissime « Angelcunt (Tales Of Desecration) » vient clôturer cette putain de première face !

La haine et le stupre dans leur plus animale expression ! La redécouverte de ce groupe me pousse à penser qu’il va falloir sérieusement que je me retire les doigts du cul si je ne veux pas définitivement passer à côté de l’album sortit il y a peu au terme de treize années de silence… 

+++ Side Metal +++ 

C’est à « I Am The Black Wizards » d’Emperor qu’il incombe d’introduire cette seconde face. Hormis pour sombrer dans la mélancolie la plus masochiste, tout commentaire me semble bien superflu tant la légende Norvégienne reste, à ce jour, le seul groupe capable de rassembler, d’un commun accord autour d’une pinte, la vieille garde et la nouvelle vague sans les pousser à se foutre sur la gueule… 

Bordel, en l’absence d’un candide gibier de potence à jambonner, cette foutu tape va finir par me forcer à me finir à la main, le génialissime Grand Belial’s Key reprenant le flambeau armé de son inoubliable « Shemhamforash » qui, non content d’inaugurer la démo 93 « Goat Of Thousand Young », se retrouvera plus tard dans la discographie du groupe. Introduit par les glauques sonorités valétudinaires d’une boîte à musique semblant résonner depuis les tréfonds pervers d’un presbytère pédophile, l’explosion de ce track ne peut empêcher d’inspirer la période Death Metal de Darkthrone, tout en faisant preuve d’une personnalité Heavy, presque Rock’n’Roll, déjà très forte, m’amenant au même constat que celui émit pour Zemial et, ne faisant que renforcer le respect et soutien que je porte au groupe… en espérant que celui ci parvienne à rebondir aux lendemains récents du passage à trépas de Grimnlir Wotansvolk… 

Retour en terres gauloises avec « The Dark Promise » de Belketre ; A mon sens la plus intéressante entité des défuntes Légions Noires mais aussi, hélas, celle qui fut la moins productive… A la fois fondamentaliste mais sans entraves, intégriste mais quasi visionnaire, plus poisseux que le con d’une pute du tiers monde mais sous contrôle, violent comme l’enfer mais d’une neurasthénie poignante etc… etc…

Mon royaume pour que la campagne de purge reprenne, quitte à, moi même, recevoir un rat crevé… 

Pour ma part totalement inconnu au bataillon jusqu’alors, Ungod nous vient du Saint Empire Germanique et, je dois dire que le « Black Clouds Beyond The Fullmoon » ici immortalisé est loin de s’imposer à moi tel une mauvaise surprise. Tentez d’imaginer le souffre primaire du « Deathcrush » de Mayhem engrossé sous la contrainte par l’antédiluvienne authenticité du premier Bathory, le « Transylvanian Hunger » de Darkthrone en toile de fond, et, vous aurez peut être une idée relativement précise de la tronche enragée du chiard…

Thou Art Lord est un groupe dont j’ai souvent entendu parler mais sur lequel je n’ai jamais pris le temps de sérieusement me pencher et, « The Era Of Satan Rising » vient me le rappeler non sans susciter quelques amertumes. Rejoignant totalement les commentaires de Lord Puke, j’exhorte tout adepte des vieux Rotting Christ coupable du même délit autiste que moi à écumer l’underground sans plus attendre… Metal as Fuck et totalement KILLER ! 

Je serais bien tenté de scander que l’utilisation des claviers a bien changée ces dix dernières années, que l’outrecuidance de la nouvelle école a définitivement banni tout synthétiseurs envisagés tels de maladifs vecteurs de mysticisme au profit de soucis esthétiques purement futiles, risibles et fadasses, mais, « Eternal Tears » ne me semble pas être un exemple probant tant l’omniprésence de cet instrument confère parfois à l’aura des Hollandais d’Engraved une dimension clownesque ; Chose regrettable au vu de l’artillerie strictement Metal et sans fioriture que ce groupe semble capable de déployer. 

Si il me semble évident que tout metalhead qui se respecte a déjà collé ne serait-ce qu’une feuille sur les dernières releases très Rolling Fucking Metal des Japonais d’Abigail. Peu, en revanche, peuvent, pour sûr, se vanter d’avoir prit de bonnes murges en compagnie des débuts plus Brutal Black Metal du groupe et, c’est ici que « The Fire Of Hell » intervient comme guidé par un cruel devoir de mémoire.

Un débourrage, ultime, jouissif, jusqu’au-boutiste, aussi doux et suave qu’un baptême célébré au napalm… 

Une fois n’étant pas coutume, je me trouve en total désaccord avec les commentaires du booklet liés à « Incision Of The Cursed Circle » de Necromass, n’y voyant pas de réelle connexion au Black Metal. Bien que pour l’époque j’entend parfaitement que les frontières entre certains styles extrêmes n’étaient pas clairement définies, j’y perçois bien plus un craspec crossover entre influences Thrash copieusement burnées et Death Metal à la old Morbid Angel, voire à la Order From Chaos pour certains embryons flingués de solos. Outre cette digression ce track reste tout bonnement excellent. 

Sur les cendres d’un bref et dispensable palabre introductif, survient Barathrum. Culte pour certains, le « Mayhem Finnois » n’a personnellement jamais cessé d’éveiller toujours plus mon indifférence de release en release. « The Force Of Evil » renvoie néanmoins à un passé beaucoup plus stimulant, très étrange, rituel, malsain, ambiancé, perfide et rampant… digne d’un Abruptum. 

Enfin, Vlad Tepes referme la marche avec « Massacre Song From The Devasted Land » ; Probablement l’un des meilleur track de sa discographie. 

Je ne vois pas grand chose à ajouter concernant ce premier « Morbid Tunes Of The Black Angels » à en perdre son chibre. La majorité des groupes représentés étant depuis rentrés dans la légende, tout esprit dévoué, nostalgique, fanatique ne pourra sortir de son écoute sans ressentir une émotion toute particulière, sans l’étrange sensation de s’être laissé submerger par le souvenir d’une ère où le souterrain n’était pas aussi pathétique, lamentable qu’à ce jour. 

Que ceux qui ont des années de retard, ou, les plus indécrottables fétichistes, n’hésitent pas à contacter Lord Puke, cette tape n’étant pas limitée. 
GRIM REGARDS & SUPPORT TO THE WAY OF FORCE ! 

Contact :
Lord_puke@yahoo.fr
http://lordpuke.multimania.com 

Sperm. S.