Née en 1920 à Nantes, Gabrielle Wittkop a été journaliste pour les pages culturelles de la « Frankfurter Allgemeine Zeitung ». Veuve de l’essayiste allemand Justus Franz Wittkop, elle a longtemps vécu à Francfort. Depuis la parution du « Nécrophile » en 1972 chez Régine Deforges, Gabrielle Wittkop est l’auteur d’une dizaine de «livres noirs chargés de mort, de poison et de tourments gothiques».En 2001, les éditions Verticales ont réédité deux de ses chefs-d’œuvre: « La Mort de C. » et « Le Nécrophile », et ont publié un roman inédit, « Sérénissime assassinat », tous trois fort remarqués par la critique, les libraires et de nombreuses maisons d’éditions étrangères, notamment en Allemagne, son pays d’adoption où elle a rencontré un véritable succès. Gabrielle Wittkop s'est donnée la mort en décembre 2002 à Francfort. Et en septembre 2003 un roman inédit intitulé « La Marchande d’enfants » est publié par les éditions Verticales. Chacun de ces livres exhale un relent de soufre depuis le "Nécrophile", en 1972


"Je suis très gaie, comme les gens qui pensent toujours à la mort, comme les fossoyeurs."

- Le Nécrophile
- Sérénissime Assassinat
- La marchande d'enfants

 

« Le Nécrophile » Verticales, 2001

Antiquaire à Paris, Lucien N. est amateur de Netsuck japonais, ces statuettes burlesques mettant en scène de vigoureux ébats avec des morts. Lui aussi aime posséder les cadavres arrachés à leur sépulture. Dans un journal intime, ce collectionneur macabre distille l'histoire secrète de ses amours nécrophiles. Jeune ou vieux, homme ou femme, chaque trépassé est l'objet d'une minutieuse ferveur érotique. Au fil des pages, l'inquiétant esthète remonte à l'origine de cette jouissance des corps au sexe glacé, à la chair bleue, au parfum de bombyx, où s'épanche sa profonde solitude.

La langue de Gabrielle Wittkop, froidement sensuelle et débarrassée de toute tentation morale, offre le portrait d'un amoureux sans pareil.

Publié pour la première fois en 1972 par Régine Deforges, Le Nécrophile, depuis longtemps introuvable, est à coup sûr l'un des textes les plus inquiétants de la littérature contemporaine. Des conceptions sexuelles marginales, la nécrophilie, terme créé vers 1850 par l'aliéniste belge Guislain, est sans doute la moins revendiquée, et la moins écrite : Gabrielle Wittkop en a fait le sujet de ce roman obsédant et troublant, unique en son genre.

Ce livre est l'un des plus originaux qu'il m'a été donné de lire, elle explore les entrailles du malsain avec une virtuosité de légiste.

En effet, voici une oeuvre qui sort des sentiers battus puisque la nécrophilie est un sujet peu abordé par les romanciers et plutôt tabou, reconnaissons-le!
Comme je l’ai évoqué précédemment Gabrielle Wittkop nous conte l'histoire d'un homme et de son amour pour les cadavres. Le personnage est criant de vérité, ses actions et ses " méfaits " sont d'une description à vous glacer le dos. Mais ce qui est assez exceptionnel, c'est que l'on arrive à être touché par la solitude et la tristesse que ressent ce nécrophile à chaque fois qu'il doit se séparer d'un cadavre ( à cause de son état de délabrement!!!! ). C'est de l'émotion, certes macabre, mais tellement bien rendue.

C'est donc un livre que je conseille aux esprits ouverts et à ceux que le morbide ne dérange pas. En tous cas, cet auteur et son œuvre ne laissent pas indifférent ! 

« Sérénissime assassinat » Paris : Verticales, 2001 

Ici, dans la cité des Doges, le loup n'est qu'un masque, accessoire obligatoire pour le séjour à Venise, au XVIIIe siècle. « Sérénissime assassinat » nous compte histoire d'un homme que ses multiples veuvages rendent suspect. Dans cette nouvelle illustration de sa morbidezza, G.W. cherche à rappeler ce qu'il y a de carnassier dans le mot carnaval via les innombrables moyens par lesquels le Vénitien, au temps de Casanova, pouvait intoxiquer son prochain ; Y compris par le clystère et l'hostie. G.W est résolument de ces gens qui n'aiment rien tant que les méandres, les sinuosités, les dédales et qui restent malgré tout des fonceurs.

C'est plus fort qu'eux. De la même manière, ils expriment de façon bruyante leur fascination pour le silence des conspirations. Le moindre gémissement révèle le progrès d'un poison. Gabrielle Wittkop veut nous entraîner en douce dans les cruautés raffinées de la lagune, à la poursuite d'assassins chaussés d'escarpins, mais, avec ses cuissardes, ses grands pas, sa robuste démarche, elle se fait tout de suite repérer.

Mme Wittkop revendique sa fidélité aux libertés sadiennes qu'elle a découvertes dans la bibliothèque paternelle. Et si elle peuple de pervers ses romans, elle précise que nulle perversité ne saurait la choquer. On la croit sur parole, cette brave disciple du divin marquis. Et quand elle proclame qu'elle déteste les enfants, elle n'est pas plus révoltante que W.C. Field qui avait fait de cette détestation un slogan. Lorsque l'enfant paraît, dans « Sérénissime assassinat », c'est pour mieux disparaître. En tombant dans un puits mais, poussé par qui?

Et n'allez pas parler à Mme Wittkop de l'amour maternel. Elle aime mieux en parler elle-même. Dans ce roman par exemple, la mère y est une dénommée Ottavia, septuagénaire, mère du veuf à répétition. Et dangereusement possessive. Mme Wittkop nous entraîne dans les marges à une allure de cheftaine. Loup pour louveteaux. Mais elle met une telle conviction à se faire  odieuse qu'on ne peut la trouver que diablement sympathique. 

« La Marchande d’enfants »  Verticales 2003

« Je voulais vous écrire hier mais Monsieur et Madame Montiel m’ayant demandé des bébés pour jouer au chirurgien, j’ai dû aller en quérir au tour de Saint-Jean où ils ne manquent guère. J’en ai récolté trois, deux filles et un garçon, frais pondus, roses, prêts à être mis sur table."  

Un roman inédit dans tous les sens du mot, un texte somptueux sur le plan formel où l’écriture de cet écrivain hors du commun tutoie des chemins d’altitude, et qui devrait titiller la mauvaise conscience de ceux qui, gorgés de soupçons sur le terrain de la morale, doivent être les premiers soupçonnés. Gabrielle Wittkop ne voulut pas le voir publié de son vivant. car elle s'attaque, avec « La Marchande d'enfants » à un sujet scabreux, et malheureusement d'actualité.

Dans « La marchande d'enfants » , point d'alibi psychologique. Au XVIIIe siècle, on vend des enfants à de riches messieurs, simplement pour gagner sa vie. Mais l'horreur de certaines scènes, de détails parfois insupportables, cède vite le pas devant la pureté de la langue. Le livre relate, sous la forme d'un échange de correspondance, l'initiation, par la bien-nommée Marguerite Paradis, une tenancière de bordel d'enfants pour libertins, d'une de ses amies désirant ouvrir le même commerce à Bordeaux. Par-delà le cynisme et la crudité des propos (mais nous sommes ici au-delà du Bien et du Mal, dans un espace où n'existent ni faute ni culpabilité), par-delà donc l'évocation des problèmes à résoudre pour se procurer " le matériel " et satisfaire le goût des clients. C'est que s'échelonnant entre mai 1789 et août 1793, cette correspondance se déroule parallèlement aux événements révolutionnaires qu'on sait. Ce qui incite à réfléchir à la notion de morale...de cette grande époque révolutionnaire..

Nilfheim...