Et l'Âne Vit L'Ange
Nick Cave 1989

Nicholas Edward Cave, connu sous le nom de Nick Cave né le 22 septembre 1957 à Warracknabeal (Australie), chanteur, auteur, interprète et compositeur du groupe Nick Cave and the Bad Seeds, où il exprime son cynisme et son humour noir, il est en outre écrivain, poète, scénariste et aussi occasionnellement acteur. Voici pour la page « people » tirée de wikipédia …

« Et l’âne vit l’ange », en shakespearien : « And the Ass saw the Angel », son premier roman, nous emmène à la rencontre du Sud profond. Très critiqué au départ, ce postulat, était à vrai dire, plus que discutable. Car lorsque les critiques ont appris que l'ami Nick Cave, l'ancien chanteur déjanté de Birthday Party, sortait un roman, elles ont commencé par regarder le livre d'un drôle d'air, à le jauger sous toutes ses facettes. Mais, dès que l’on tourne les premières pages, putain ! ! damned et roubigniolles ! Vaille que vaille, on se jette à l'eau. Et on se rend à l'évidence : C’est un putain de bon bouquin , retraçant l’histoire de détraqués de malades et de déséquilibrés, rongés par le vice et l’ alcool …

Nick Cave parle de ses personnages en ces termes :
« Dans mon roman, les hommes sont faits de chair, sont crédibles, mais les femmes sont presque toutes des clichés, des "putes au cœur d'or", ou des petites filles angéliques. Je n'arrive pas à me mettre dans la peau d'une femme, à savoir, ce qu'elle pense. Il me serait presque impossible d'écrire du point de vue d'une femme. »

Selon l'expression consacrée, il nous emmène à la rencontre du "Sud profond". Dans une région marécageuse où s'est établie depuis des générations la famille des Ukulites, une tribu tout droit sortie d'un Ancien Testament qui aurait été revu et corrigé par un ivrogne du style Bukowski en puissance. C’est une communauté vile comme on les aime. Ce sont de véritables bêtes sauvages grâce au recours abusif d’une eau-de-vie décapante, ou homme et femme sont d’une grossièreté et d’une ignorance que même Dieu ne l’aurait pas permis !.

Et justement Dieu parlons en. Les Ukulites sont prêts a croire n’importe qui, pourvu qu’il soit un vilain prêcheur, employant à juste titre quelques borborygmes tout droit sorti de la bible, qui saura leurs ouvrir les routes du paradis.
Le destin de la petite communauté bascule le jour où une pluie torrentielle s'abat brusquement sur la contrée. Le déluge dure des années, ruinant ce sous-monde ravagé par la consanguinité. La fange boueuse qui s’ensuit, n’aurait point déplu à « Dagon », lui même…
Pour faire cesser le flot démentiel, la communauté obscurantiste (et ma foi plongée dans l’obscurité) d'Ukulore Valley cherche un bouc émissaire, une victime expiatoire: elle jette son dévolu sur Euchrid Euchrow, un jeune garçon vivant en marge de cette secte fangeuse.

On se rend compte que Nick Cave connaît bien ses classiques sudistes, le personnage d'Euchrid dès sa naissance n’est point gâté par la nature, on retrouve un petit quelque chose de la famille Hewitt de « massacre à la tronçonneuse » ou de la famille Firefly dans « The Devil's Rejects », le côté ultra-violent psychopathe en moins…quoique ! ! !
:
« Ce fut son frère qui brisa les limbes, le matin de leur naissance. Et cet acte d'affirmation unique était comme le signe de l'inertie de sa vie future. Euchrid, encore anonyme, saisit les talons de son frère, et débarqua dans le monde avec tous les honneurs de l'hôte inattendu. »

Donc le « héros » du roman est un être muet, secret, recroquevillé sur lui-même et qui entreprend de nous raconter sur plus de deux décennies la grandeur et la décadence des Ukulites. Mais surtout la décadence…

« Je suis un informe bâtard. Dieu le sait bien. Plus muet et hébété qu'un vieux chapeau de cheval mille fois percé de trous d'oreille. Une chose infâme. Sans valeur. Indigne. Oh oui ! D'aspect grotesque. Difforme. Oui ! Difforme et vil d'esprit. Oh ! Hideux forfait. »

C'est ainsi que se décrit le narrateur, pauvre bâtard dont la mère s'est acoquinée depuis des lustres à la bouteille d'alcool et dont le père, trop faible pour réagir, passe sa rage à coups de fouet sur sa pauvre mule vieillissante.
Muet et malheureux, il devient vite la risée du village et la proie de tous les garnements : s'ensuivent flagellations, sodomies et autres réjouissances de cet acabit ( Ah ! la viilence des petits enfants ! ) . Il faut bien passer ses nerfs sur quelqu’un, quand on habite un village de bouseux où on se fait chier ! ! Si vous avez vu « Calvaire », je pense que vous êtes à même de mieux comprendre.

Pas étonnant après qu'Euchrid, se tape une crise de paranoïa aiguë, et qu’il se mette à formenter une terrible vengeance, retranché dans sa chambre, remplit de cadavres d’animaux morts et de rognures d’ongles , il attend son heure. Et quelle vengeance… ! ! !

Raconter la suite n’aurait pas d’intérêt. Les personnages rencontrés sont tellement « attachants » qu’il faudrait en faire une thèse ! !
Disons simplement qu'il est question d'ivrognes buvant à la santé du Seigneur tout-puissant dans une église désaffectée. D'une catin nommée Cosey Mo qui sera battue à mort sous l'ordre d'un prédicateur, parodiant l’archange Michel, en se prenant pour le chasseur des pêchés tout en s’abreuvant de la liqueur maudite…De Beth, une orpheline, que tout le village s'accorde à considérer comme une créature divine et qui reconnaîtra en Euchrid son doux Roméo.

Bref, mi-odyssée biblique mi-roman sudiste, mi-poème « maldororien », ce roman est devenu mon livre de chevet. Le petit point négatif : « Et l'âne vit l'ange » avance par à-coups, certains pourront être rebutés par les longs monologues mystiques…
Au final on croirait presque entendre Nick Cave susurrant à notre oreille, puis beuglant comme un damné au fil des pages, à la manière de son album « Murder Ballads ».

A noter le CD "And the Ass Saw the Angel", composé de lecture d’extraits du roman en version originale, avec accompagnement musical.!!!
Tout pour passer une formidable soirée, seul dans son lit, dans des draps bleus froissés…Une bouteille de Jack Daniels n°7, sur la table de chevet.

Nilfheim