Le Psychopompe

Il y a fort longtemps que je ne m’intéresse plus vraiment à cette forme d’art qu’est la bande dessinée et, je dois dire que si celle ci ne m’avait pas été prêtée à une époque (Hail à Kntz L. au passage !) je n’aurais probablement, et comme pour beaucoup d’autres, jamais foutu le tarin dedans.

« Le psychopompe », terme qui désigne les conducteurs ou accompagnateurs des âmes des morts (Charon, Hermès, Orphée, dans la mythologie Greco latine ; saint michel dans l’iconographie chrétienne) met en scène un certain Gusoyn qui après son passage à trépas se réveille en enfer avec devant lui sa femme et son enfant plus que refroidis. Celui ci se fait damner et, est enrôlé comme démon supérieur dans la légion de l’archange Lucifuge Rofocale, seigneur du domaine des Trompes, qui part en guerre contre le domaine des ténèbres dirigé par Astaroth. Cependant alors qu’il se voit contraint de battre retraite face à un adversaire trop puissant, il est accusé d’être un traite et est relégué au rang de simple démon. Mais, comme à l’accoutumée, les choses décidées ne sauraient se passer comme telles ; Gusoyn va se révéler comme étant le psychopompe, celui qui conduira les âmes des morts dans les tréfonds des enfers ; Il est l’antéchrist et a pour destinée de revenir pour annihiler la race humaine.

De ce fait, ceux qui n’ont encore pas rompus le cordon ombilical qui les relie à tintin et autre petit spirou feraient mieux de fuir ces pages et d’aller monnayer leur pucelage à la paroisse locale contre quelques fraises tagada car le contenu de cette œuvre est à l’image de la symbolique précédemment citée.

Picturalement tout d’abord, je dois avouer que, pour en avoir pas mal entendu parler quelques jours avant lecture, je m’attendais à beaucoup plus violent et nécro bien que l’ensemble soit résolument funèbre, brut, morbitaire et oppressant. Mes goûts ont plus tendance à copuler avec des traits plus luxuriants et dégoulinants, avec une saleté et une imperfection jusqu’au-boutiste ; Idem en matière de couleurs car même si elles sont ici suintantes et cramoisies, je ne suis visiblement pas prêt à abandonner mon ineffable goût pour le noir et blanc. Pour le reste, il n’en demeure pas moins que le travail sur les clairs / obscurs, sur la putréfaction des corps morts, sur une certaine oppression stylistique et, sur la création d’un univers glauque, froid immoral et malsain où sévit sexe sodomite, grossièreté et vice force le respect.

Scripturalement, il n’y a pas grand chose à redire, la narration colle à la perfection au style et à l’ambiance générale ; Les mots s’enchaînent généralement avec une barbarie intense, un rythme épileptique, une haine quasi incontrôlée et impulsive ce qui enfonce le clou et contribue à instaurer le malaise et l’aversion. A noter malgré tout certains ralentissements, essoufflements lors de passages moins narratifs où l’action prédomine et, où certains dialogues et phrasés m’ont semblés quelque peu superflus, tiedasses et dispensables.

Au delà de tout cela, la forme, il y a le fond et, c’est là où j’ai véritablement trouvé mon compte. Cette Bd est un condensé de subversion, un pur blasphème qui explore avec un minimum de profondeur ses raisons d’être. « Le Psychopompe » est à mon sens un exposé assez approfondi de ce que la doctrine satanique se doit d’être, ce qu’elle doit au delà des mythes , légendes et préjugés représenter ; Ainsi je pense que tout sataniste convaincu, sincére et mature sera susceptible de s’y reconnaître.

Le satanisme n’est pas qu’une religion. Les symboles, les sacrifices et, les litanies ne sont que des exercices de style divertissants et stimulants, purement superficiels s’il n’y a pas un peu plus de profondeur dans le culte. Sous cet aspect, l’hérétique ne se contenterait que d’imiter les adeptes des pestes du désert qu’il méprise tant.

Un degrés au dessus, le satanisme est un art de vie et de mort en perpétuelle évolution, une ode à l’individualisme ; C’est croire en ce que son être est sa détermination sont capables d’accomplir.

Ici, les rituels sanglants emplit de luxure et de dévotion aveugle sont littéralement bafoués et reniés ; Les adorateurs du grand cornu et de ses serviteurs se font systématiquement annihiler par ceux dont ils se prétendent précisément les adeptes.

Satan est une allégorie, façade d’une rébellion et d’un dégoût profond à l’égard d’une société moraliste, indûment hiérarchisée, hypocrite, écœurante de bons sentiments et qui finalement ne cherche qu’à amadouer son prochain pour en faire quelqu’un de docile et noyer ses ambitions destructrices.

Tout cela vient de la religion qui, malgré ce que l’on se plait à raconter, a pignon sur rue et, a une emprise non négligeable sur les vies de tout les jours, sur les mœurs, les retenues, le regard de ceux qui, déjà formatés ne connaîtrons jamais le feu libératoire issu de la satisfaction de créer et de s’affirmer individuellement. Au final il s’agit là d’un frein invisible et implicite à l’éveil des consciences.

Satan est une arme crée de toutes pièces par l’homme, trop faible pour tenter seul d’affronter les dieux monothéistes et leur expansionnisme, mais, cette symbolique reste néanmoins un blason solide et puissant ; C’est une bannière, une marque de fabrique fédératrice qui donne la force à certains de se laisser aller à leur flamme intérieure, de s’épanouir en faisant subir et non en subissant.

Les rituels ne sont que des fadaises sans la détermination qui elle seule permet d’accomplir des actes rands et flamboyants.

Gusoyn est précisément l’incarnation de cette détermination refoulée et qui dort en nous, par celle ci, il finit par trouver la force de poursuivre son intrinsèque désir de vengeance ; Cette force, il ne la doit pas aux entités soit disant intra terrestres mais à seule et unique volonté.

On veut nous faire croire pour étouffer nos potentiels.

En conclusion, « Le Psychopompe » est une œuvre méritante qui possède une aura propre, peu commune et envoûtante, crée visiblement par quelqu’un qui sait de quoi il parle et qui se permet même quelques clins d’œil sporadiques à la culture metal extrême sans vraiment rentrer totalement dans les clichés.

Reste à savoir pourquoi certains articles que j’ai pu lire à ce sujet conseillaient une écoute de Samael ou de Seth pour accompagner la lecture ; A mes yeux, un petit Zarach Baal Thargh, Fornication, Black Witchery ou Stigma Diabolicum seraient de meilleur alois pour ce type d’exercice. Enfin, chacun ses goûts et donc ses problèmes.

Sperm. S.