
"Quand j'ai lu la Bhagavadgita. Je me suis demandé comment
Dieu a créé l'univers, tout le reste a l'air d'être
superflu"
A. Einstein
J. Robert Oppenheimer, quoiqu'extasié du succès du
projet (l'explosion de la bombe atomique à Hiroshima) , a cité
un fragment rappelé de la Bhagavad Gita. "Je suis devenu
la Mort," a-t-il dit, "le destructeur de mondes."
Il y a des livres obscurs qui sont des phares, tel la Bhagavadgita.
Où Gandhi y trouva la volonté de libérer l’Inde
du joug anglais. Ou encore Jung, qui y vu, avec les yogi, un moyen de
parvenir à l’indifférence morale , par-delà le
Bien et le Mal. Mais aussi les idéologues NS s’en inspirèrent
pour le mythe du guerrier.
En 1785 pour la première fois ce poème écrit en
sanscrit (langue sacrée indienne) fut traduit dans une langue
occidentale, c’est la version anglaise de Charles Wilkins. Ce livre
pilier de la philosophie hindouiste est issu de l’épopée
indienne du Mahabarata, « la grande histoire des descendants de
Bharata » .
Avant d'envisager la fiction, de la réalité historique
:
CONTEXTE HISTORIQUE
En l’absence de preuves historiques pouvant permettre de la dater ainsi
que sur l’identité de son ou ses auteur(s) on ne peut que se
perdre en conjectures. En essayant de voir large on peut envisager que
l’œuvre du Mahabarata fut écrite entre le IIIème siècle
avant J.C. et le IIIème siècle après J.C., certains
essaieront de dater plus étroitement mais c’est y perdre en sensibilité
pour un bien faible gain.
Quant à l’auteur, il en existe bien un mythique, Vyasa, que l’épopée
intègre en tant que personnage compilateur de ses propres histoires.
Pour ce qui est de la réalité de la chose, il convient
de s’intéresser à la nature de l’œuvre. On peut y déceler
deux aspects fondamentaux permettant d’envisager l’origine du texte.
Tout d’abord les innombrables références aux Veda, hymnes
sacrés les plus anciens de l’Inde, n’étaient connus et
compris que des brahmanes, classe sacerdotale affectée aux sacrifices,
ce qui permet de supposer, sans trop d’erreur, que ce fut un brahmane
ou un cercle de brahmanes qui est l’origine de la Gita.
Mais autre fait marquant est la valorisation de la classe guerrière.
Or dans les Upanisad, textes anciens dont les premiers remontent aux
VIIème siècle avant J.C., il est question d’une collaboration
entre brahmanes et ksatriya, classe royale et guerrière.
Ce qui permet d’en conclure que la Baghavadgita aurait pour auteurs
des brahmanes s‘intéressant aux préoccupations des ksatriya,
ou sinon qu’elle est issue d’une collaboration entre ces deux classes
étant donné que ce n’est pas un texte sacré au
même titre que les Veda, bien qu’on ne peut négliger son
unité mystique.
Dans tous les cas il s’agit de brahmanes et, comme dit précédemment,
c’est la classe qui s’occupe des sacrifices. Or entre le Vème
et le IIIème siècle avant J.C. il y a une expansion géographique
du bouddhisme dans le bassin moyen du Gange. Et, que disent les sermons
du Bouddha ? Ils dénoncent et condamnent les sacrifices sanglants
d’animaux des brahmanes, et exhortent les hommes à se conduire
dans le respect de la non violence. Donc on peut penser que le bouddhisme
à incité les milieux brahmaniques à un débat
éthique et religieux. Le sacrifice étant considéré
comme un acte violent par les uns et le seul acte sacré par les
autres, car il est le seul acte qui tend à préserver l’intégrité
du monde, divin et humain.
Ainsi la Baghavadgita serait le reflet et la réponse de ce débat
(bien qu’il n’y ait aucune référence au bouddhisme), l’acte
dans le renoncement. Le renonçant, tout en s’adonnant au sacrifice,
se détache de la violence qu’il implique.
L’HISTOIRE DU MAHABARATA
Kuru, roi de la dynastie lunaire, a eu deux fils, l’ainé qui
est Dhrtarastra, qui a 100 fils se sont les Kaurava, et Pandu qui est
le cadet, qui a 5 fils : Les Pandava.
Mais Dhrtarastra est aveugle de naissance et ne peut régner à
la mort de son père, donc c’est Pandu qui prend le pouvoir royal.
Par la suite c’est les Pandava qui sont amenés à régner
ce que ne peut souffrir le fils ainé des Kaurava, Duryodhana.
Il propose à Yuddhisthira, l’ainé des Pandava, de jouer
le royaume aux dés, avec bien évidemment l’intention de
tricher. Les Pandava battus acceptent l’exil pour douze ans. Mais, quand
ils reviennent récupérer le royaume, le tricheur ne cède
pas sa place et la guerre entre les deux familles éclate.
La Baghavadgita représente les sept cent strophes du Mahabarata
qui raconte cette bataille. Elle commence au livre VI de l’épopée.
C’est un dialogue entre Arjuna, l’un des cinq frères Pandava
qui représente le modèle du guerrier, et le conducteur
de son char, le cocher Krsna.
Sur le champs consacré, le Kuruksetra, Arjuna, voit de chaque
côté des proches. Doit-il être fidèle à
son devoir de guerrier et tuer les membres de sa famille? Doit-il renoncer
à combattre au prix de son honneur militaire? En réponse
à ce dilemme, Krishna lui enseigne les trois ascèses:
Relative à la connaissance, relative à l'action et relative
à la dévotion. Dans le cas présent c'est celle
relative à l'action qui va trancher le dilemme d'Arjuna en allant
au combat.
C'est le renoncement à croire que l'on fait le bien ou le mal
car nous sommes enfermés par la loi de causalité, action/réaction,
donc toutes les actions se valent.
Etant aliénés à la chaîne des actes, la seule
possibilité de s'élever est la pratique des ascèses.