Gilles Hamesh, Privé (de tout)
Jodorowsky - Durandur

Non content d’avoir délivré pour le cinéma deux véritables chefs d’œuvre à savoir EL TOPO et LA MONTAGNE SACREE (une thèse ne suffirait pas à analyser ces deux perlouzes dantesques en détail, dans toute leur richesse), voilà que Jodorowsky se met au comics à tendance vieux strip aux relents de whisky frelaté et de rues jonchées de poubelles et de putes...
Si je restais circonspect jusque là au sujet des quelques tentatives de Jodo niveau gribouilles (totalement imperméable aux bédés genre L’INCAL ou LA CASTE DES META-BARONS, et ses bouquins comme L’ENFANT DU JEUDI NOIR bien trop ennuyeux, cryptique et idéologiquement douteux, malgré quelques fulgurances) le fait qu’il déclare en avant-propos avoir voulu « sonder le pervers polymorphe caché dans les recoins les plus sombres de mon âme » et que la première page ouverte au hasard au milieu de la chose m’envoya en pleine gueule un bouquet d’insultes racistes, de sexe excrémental, et d’un délicieux argot poussiéreux me renvoyant dare-dare à mes vieux San-Antonio, me mit la gaule à l’oreille.
Et grand bien me fis-je, car voilà une authentique petite bande crasseuse, incorrecte, hilarante tout en ayant été conçue comme un glaviot manifeste à l’égard du diktat de l’égalité et de la fraternité. En bref, un petit chef d’œuvre à ranger entre des œuvres impérissables du même acabit telles que HITLER = SS ou TINTIN AU CONGO (version non censurée).

Nous voilà donc en présence de Gilles Hamesh, privé de son état, dans le petit quotidien insalubre de son bureau pourri de Misanthrope Street, visiblement à New York, ou n’importe quelle caricature de ville/ghetto immondement ricaine...
Quand il n’est pas occupé à se branler en attendant un coup de fil de son raton d’indic, il sort se taper une pute obèse, voire une naine trisomique, rend visite à son ami médecin Français, raffiné et cannibale, fait un tour au Crazy Casher (sex-shop tenu par des juifs orthodoxes faisant accessoirement dans le snuff et dont les salles à pignole sont hantées par un monstre de foutre se nourrissant de vits circoncis), s’en va ratonner un dealer de dix ans pour lui faire cracher le sachet de coke préalablement ingéré, j’en passe et des meilleures...
Accessoirement, il sera le seul détective à ma connaissance à résoudre une enquête recouvert de merde de la tête au pied, ou à faire équipe avec une mouche dans une affaire de christ négre massacreur de tantes via une malédiction vaudou...
Au passage, il découvrira le grand amour via une femme fatale ayant une certaine tendance à l’auto-décomposition, et sauvera finalement le monde envahi par une épidémie de morale et bienséance à coup de spécial 150 à cul long...

Le tout séparé de passages légèrement décalés car reproduits de L’épopée de Gilgamesh, qui deviennent ma fois forts adaptés si on recommence la lecture à trois grammes, et, enrobé dans un parler onctueux comme on en entend plus de nos vilains jours.
Rappelant fortement le PULP de Bukowski en bien plus sulfureux et imagé, ces aventures truculentes et extrêmes baignant dans un écrin N&B old-school (hailz au dessinateur même si la légende dit que son pseudo vient surtout d’un manque de couilles à assumer la chose au final )dont le seul défaut est d’être bien trop courtes (ce qui quelque part augmente l’effet décharge de foutre rance dans la gueule) sont tout simplement KILLER, et ajoutent une pierre noire de merde et spongieuse de vinasse à l’impressionnant palmarès de Jodorowsky. Le dernier mot est au plus nekro des privés de tous :

J’ai mis le couvercle sur mon suicide pour plus tard et je suis descendu zyeuter : j’aurai peut-être la chance de tomber sur la bidoche d’une pute, ou mieux, d’alpaguer un pédé de dealer pour lui faire cracher ses chicots à coups de tatane... Si la merde pouvait chier, je serais son étron, y’a une semaine que rien ne se passe, IL ME FAUT L’ODEUR DU SANG BORDEL !!!

Arsongod