Tetsuo - The Iron man
1988 (Shinya Tsukamoto)

Avec « Tetsuo », le japonais Shinya Tsukamoto n’en est déjà plus à ses premiers essais puisque bien avant et, du fait d’un goût précoce et prononcé pour le septième art, il réalise un certain nombre de films publicitaires et un court métrage intitulé “Futsu Size No Kaijin” avant de se lancer corps et ame dans se premiers films où l’on trouve entre autres l’éminent et très psychotique “Denchu Kozo”.

Cependant, c’est véritablement de part la réalisation et l’autofinancement de cette œuvre d’un peu plus d’une heure que celui ci à été accueillit comme portant très haut l’étendard d’un renouveau de la culture cyber-punk.

Tetsuo met en scène une descente aux enfers très sombre et frénétique suivie d’une renaissance éclatante et puissante.

Pour résumer son histoire décousue, abstraite de premier abord et totalement impalpable pour tout être inhibé qui passe son temps à squatter les mégas CGR pour se farcir toutes les soupes commerciales hollywoodiennes en vogue :

Tsukamoto fait débuter les hostilités au moment où, au volant de sa voiture avec sa femme, l’un des deux protagoniste essentiel qui est l’archétype même de l’homme moderne performant, dynamique avec tout ce que cela implique en terme de sophistication, de superficialité et de stress, percute et renverse la seconde figure phare de ce récit qui tient, quand à lui, plus du déchet craspec sans avenir.

Paniqué face à ce piéton désormais réduit à l’état de légume, notre bureaucrate décide de le laisser pour mort dans un sous bois environnant et, se livre au passage, probablement plus par excitation que par pur sadisme, à la fornication avec sa compagne devant les yeux vitreux et implorant de la dépouille agonisante. Un bien pathétique tableau, mais, contre toute attente, le moment de mourir ne semble pas encore venu et, l’esprit maladif de cet être meurtrit, au passé obscur emplit de souffrances et de rapports à la fois intimes et douloureux avec les métaux, ne songe désormais plus qu’à se venger. Ainsi, alors qu’il a probablement déjà oublié son délit de fuite aggravé, l’auteur du larcin ne va pas tarder à subir les manifestations inquiétantes d’une étrange affliction. Les premiers symptômes vont apparaître un beau matin lorsque une partie de la lame de son rasoir électrique va venir se figer dans sa joue. Dès lors, les choses s’accélèrent et, notre homme voit rapidement apparaître de nombreuses pièces métalliques résiduelles dans ses viandes. Au fur et à mesure que l’infection progresse, il commence à ressentir différemment son contact avec les métaux, à mi chemin entre la psychose, les hallucinations et son dégoût grandissant de lui même.

Devenant de moins en moins humain, la perte de contrôle est imminente et, sa femelle pourtant si attentionnée va en faire très vite les frais puisque un gigantesque foret ayant remplacé sa fierté phallique d’antan va réduire le bas ventre de l’innocente à l’état de bouillie (Kult !!!!)

Puis vient le moment de la confrontation entre la victime d’hier et celle d’aujourd’hui. Tout va très vite, à mi chemin entre la course poursuite frénétique dans des ruelles ravagées et délabrées (qui ne sont pas sans rappeler « Denchu Kozo ») ; Et, la violence du combat dans des friches industriels suintant très propices à un enchevêtrement très sexuel de matières organiques et, de câbles, tuyaux, machines, limailles de fer et autre déchets métallurgiques.

Ayant atteint un stade de non retour, les deux ennemis finissent par fusionner en un gigantesque amoncellement metalo-organique, amas à la forme étrangement phallique, ultra violent et, prêt à œuvrer pour la destruction du monde terrestre et de ses habitants.

Ici « Tetsuo » exploite allégrement l’intarissable thématique de la métamorphose qui a largement inspirée un jour ou l’autres toute forme artistique ; Et, si l’on se réfère à « Futsu No Kaijin » (Qui exposait déjà l’expérience d’un homme se mutant peu à peu en machine…) ou, à « Denchu Kozo » (Où le héros est affublé d’un poteau électrique lui poussant dans le dos et, apprends peu à peu à maîtriser son étrange pouvoir…), il est évident qu’il y a déjà eu des précédents dans la carrière de Tsukamoto.

Ce dernier est indéniablement fasciné par la symbolique d’une existence nouvelle via une nouvelle enveloppe qui ne serait plus seulement charnelle. Cette œuvre se veut donc être un hymne à la renaissance de l’homme mêlé à une nouvelle conscience de son être supposant le sacrifice de son enveloppe originelle et, intégrant dans la douleur d’autres matériaux inhérents aux nouvelles technologies. « La métamorphose se fait dans la souffrance mais, c’est un passage obligé pour accéder à un nouvel état conscient, dans une société où les notions de douleur et de plaisir, de vie et de mort, sont devenues floues et ont perdues toutes significations. »

De plus, ce métrage de soixante sept minutes n’aurait pas une telle force d’impact sans le talent furieux et expérimental de Tsukamoto.

Celui ci utilise tout les apprentissages qu’il à tiré de son expérience publicitaire : Tourné en 16 mm et, filmé en grande partie image par image, le montage final s’avère être très rapide et, les scènes très courtes. Tout cela est très brutalisant, éreintant et hallucinogène pour le spectateur d’autant plus que l’utilisation du noir et blanc ne lui procure aucune chaleur humaine à laquelle se rattacher pour mieux encaisser le choc.

La bande sonore enfonce magistralement le clou et donne une touche finale très judicieuse à ce travail titanesque : Chu Ishikawa, le compositeur attitré du réalisateur à en effet crée dans ce contexte une trame indus très harsh et malsaine parfaitement appropriée.

Je crois que la conclusion coule de source : Magistral, fantastique et unique.

Sperma Syphilikum.