Scrapbook
1999 (Eric Stanze)

 

O joie et bonheur de voir Eric Stanze balancer un nouveau glaviot cinématographique à la face du monde, qui plus est quand la sémillante Emily Haack (l'actrice qui va jusqu'au bout et en redemande) est là encore de la partie.
Notre sémillante héroïne, après avoir joué le rôle de bourreau dans « I piss on your grave », se retrouve ici dans celui de la victime. Sous le nom de Clara, la drôlesse se réveille dans le noir total, manifestement a l'arrière d'une fourgonnette où se fait entendre un curieux et incompréhensible gémissement féminin. Quand la lumière se fait enfin, il s'avère qu'elle a tentée de communiquer, tout au long de la séquence, avec ce qui fut autrefois une femme et, qui n'est maintenant qu'un gros bout de barbaque duquel s'échappent encore, dans son agonie, des sons inarticulés. Aussitôt, un inconnu ouvre les portes du camion, traîne la carcasse vagissante dehors tel un gros quartier de viande et referme derrière lui, sans le moindre égard pour les hurlements de Clara. Fondue au noir.
La deuxième séquence, dans un contre-pied total, se déroule entièrement en caméra subjective. Nous suivons le regard du petit Léonard, qui, le nounours au bras, s'en va espionner sa grande sœur dans le plus simple appareil. Cette séquence rappelle évidemment le début du culte « Halloween » de Carpenter, sauf qu'ici le petit morveux n'a aucun vœu fratricide et, que la dite grande sœur est fort peu choquée de son apparition fortuite...
Au contraire, la lubrique drôlesse s'empresse d'administrer sa première leçon d'éducation sexuelle au petit morveux qui semble préférer s'agripper à son asexué nounours. Débarque alors le grand frère bière à la main, fort aigri que la nabot commence à chasser sur ses propres terres incestueuses. Résultat, le petit léonard n'a pas le temps de remonter son calcif qu'il subit à nouveau des assauts intimes. Comme on peut le deviner, se faire sucer par sa grande sœur puis sodomiser par son grand frère à l'âge où on tète encore son pouce, favorise fort peu une croissance mentale saine. Et le petit Léonard, tout logiquement, devient un serial-killer de confession, dont Clara est la dernière victime en date.
On se trouve donc ici dans un quasi huit-clos entre le tueur et sa victime, perdus dans une lointaine ferme à fort potentiel redneck. Situation archi-vue et revue, certes, mais tant qu'à faire dans le classique, faisons-le à fond sans aucun tabou, a semblé se dire Eric Stanze. Le premier échange entre le bourreau et la victime donne d'ailleurs le ton: après avoir débité deux trois phrases incompréhensibles, copieusement insulté Clara en lui tapant sur le crâne tout en lui balançant des cacahuètes, Léonard va la violer sans ménagement sur une couche immonde au-dessus de laquelle est écrit « I M WINNING » en lettres de sang, puis lui urine dessus alors qu'elle tente de calmer la douleur causée par son fondement pulvérisé et sanguinolent... 
Le personnage de Léonard, incarné avec passion par Tommy Biondo (également scénariste et décédé juste après le tournage) est intéressant en cela qu'il parvient à être crédible tout en cumulant à peu près TOUS les différents traumas et troubles mentaux possibles et imaginables pour un serial-killer. Son principal trait est qu'il consigne tous ses actes dans un gros livret de famille (le « Scrapbook » du titre), qui consiste en un montage de photos qu’il prend en quasi permanence de ses victimes, pre ou post-mortem, ajouté au journal intime de ses victimes à qui il impose de coucher leurs moindres pensées sur papier avant les derniers outrages.
Clara, après avoir subi diverses humiliations et tortures plus déshumanisantes les unes que les autres, sans compter les punitions résultant des ses rares et pathétiques tentatives d'évasion, va finir par comprendre que dans le scrapbook se trouve peut-être le moyen d'échapper à son geôlier... ou peut-être la vérité est-elle bien plus perverse que cela...
Porté à bout de bras par deux acteurs jusqu’au-boutistes, dont on se demande bien si la vie sociale est équilibrée ou est un reflet de ce qu'ils jouent, « magnifié » par des décors bien crades et glauques (pas d'effets ici, le lieu est un ancien véritable squat de junkies et de clodos auquel il a finalement peu fallu rajouter de détails scabreux pour obtenir le résultat escompté... à vous faire regretter que le film ne soie pas dispo en odorama),et, s'octroyant une fin plus qu' ambigüe, Scrapbook est une petite perle noire, par des pervers et pour des pervers.

Arsongod