Salo ou les 120 jours de Sodome
1975 (Pier Paolo Pasolini)

D'après l'oeuvre du marquis de Sade "Les 120 journées de Sodome".

Voilà un film bien dérangeant, non pas qu'il soit gore mais c'est plutôt sa mise en scène et le caractère paradoxale qui montre des scènes de plus en plus malsaines tout en restant dans un cadre assez raffiné. Ce film se déroule dans les années 40 et raconte l'histoire d'une bande de notables qui exécutent leurs pires pulsions sur une vingtaine de jeunes gens choisis dès le début du film à la manière d'un marché aux esclaves ; en effet, les futurs suppliciés doivent être les plus représentatifs possible de la perfection aux yeux de leurs bourreaux.

Au début, on s'imagine que le film sera simplement un film porno à la sauce sado-maso car la docilité des esclaves le laisse largement penser ; ces couillons se laissent fouetter, enculer et humilier sans broncher ou alors si peu. Mais ne vous y trompez pas, ce n'est là que l'intro car ça s'aggrave copieusement tout au long du film. Il faut tout de même savoir que ce film est divisé en 3 grands thèmes :

- Le cercle de la passion
- Le cercle de la merde
- Le cercle de sang

Toute l'histoire se déroule dans un univers fermé mais vaste dans lequel cohabite 9 jeunes filles, 9 jeunes hommes qui sont les soumis, 4 bourreaux, 4 femmes plutôt louches et toute une flopé de gardes bien pervers.

Ce film n'est pas sans rappeler La grande bouffe par son aspect orgiaque et décadent, d'autant qu'il est de la même époque.

Plutôt que de raconter ce qu'on voit dans le film, il est plus intéressant de s'attarder sur ce que j'ai ressenti en voyant le film. Je dis "voyant" mais le terme devrait plutôt être "assister" car au delà du simple regard qu'on porte sur ce film, on assiste impuissant à la dégradation d'un système symbolisé par la destruction physique et psychologique de jeunes gens innocents qui sont juste là pour satisfaire des fantasmes immondes et répugnants de 4 messieurs sans scrupules et cruels sous les yeux complaisants de gardes armés.

La question que je me suis posé après avoir observé ces supplices, c'est qu'aurai-je fais à la place d'un des bourreaux ? Jusqu'où aurai-je été ? On ne peut se poser les mêmes questions pour les autres protagonistes compte tenu qu'ils sont sous les ordres des 4 tortionnaires et qu'ils n'ont pour ainsi dire pas leur mot à dire. Je ne pense pas que j'aurai été aussi loin mais force est de constater qu'il y a une part de notre conscience qui est décadente à des degrés divers, ainsi on peut se demander pourquoi prendre plaisir à faire souffrir autant ces jeunes gens ? Je pense que les 4 bourreaux étaient en quelque sorte blasés de tout et ne prenaient plus aucun plaisir dans rien, peut-être sentaient-ils leur fins venir et comme ils n'avaient plus rien à perdre, ils ont expérimenté ce qu'il y avait de plus déviant en eux. Que ferions-nous si nous avions la certitude de mourir dans 2 mois ? Probablement des choses auxquelles nous ne songerions même pas, des choses que nous nous refuserions de faire en temps normal. Et puis, quelque part, le fait d'avoir en face de soit des "jouets sexuels" à utiliser sans conséquence représente l'ultime fantasme, le fait de pouvoir utiliser des individus pour n'importe quelle tâche quelle qu'elle soit sans que rien ne puisse l'empêcher est un fantasme que nous avons tous plus ou moins au plus profond de nous. Bien sûr notre conscience nous interdit de réaliser ce genre de chose mais dans le cas où nous serions certain de notre mort, alors pourquoi pas ?

Le film aurait-il le même impact si les esclaves se rebellaient ouvertement ? Je ne pense pas. En fait si les bourreaux s'acharnent ainsi, c'est peut-être par curiosité afin de savoir jusqu'où ils peuvent aller dans la perversion. Quelqu'un qui se rebiffe, au bout d'un moment, soit on le calme définitivement, soit on lui fout la paix mais quelle attitude peut-on avoir avec quelqu'un qui obéi à tout ? Et bien si on est sadique, autant y aller franchement dans la débauche et c'est ce qui se passe dans le film.

Certaines scènes du film vont d'ailleurs très loin dans le crade, notamment la scène où une jeune fille pleurant la perte de sa mère excitent ses bourreaux par ses pleurs et sa beauté physique et l'obligent à se comporter comme une chienne et à manger une merde fraîchement pondue. Une autre scène du même genre met en scène l'ensemble des protagonistes autours d'une table très bien décorée sur laquelle ils se rempliront la panse de merdes. Tout le monde en mangera sans exception. De quoi couper l'appétit si je puis dire.

La 3ème partie du film est de loin la plus insupportable du film car il s'agit du cercle du sang qui symbolise la destruction physique des suppliciés qui subissent cette fois plus seulement des humiliations ou des vexations mais aussi et surtout des tortures très douloureuses administrée par les gardes. On ne peut que plaindre ces jeunes gens de leurs fins tragiques mais au même temps, ils accéderont à la mort et donc à leur retour à la liberté. Toutes ces scènes sont offertes au regard du plus gradé des 4 bourreaux car il s'agit du président de la république de Salo proclamée par Mussolini dans les années 40 lors de l'alliance Germano-Italienne. 

Au-delà du côté sordide et malsains de ce film on assiste à la descente aux enfers d’un groupe d’individus qui n’ont plus rien à perdre et qui pour surmonter leur peur de la mort et leur frustration s’en prennent à de pauvres jeunes gens innocents qui sont contraints de répondre à toutes les exigences de leurs bourreaux qui rivalisent de cruauté et d’imagination pour occuper leur journée et combler leur manque de plaisir et la tristesse de leurs vies.

Ce film dérange sans aucun doute et on ne peut rester insensible face à la dimension particulière des évènements inspiré par l’œuvre du marquis de Sade montrés tout au long du film à une époque sombre de l’histoire certainement pas choisie au hasard. 

Il est difficile d’aimer un film comme celui-là. On peut à la rigueur en apprécier le message ou l’esthétique mais aimer ce film serait perçu comme une forme de complaisance à l’égard des tortionnaires. Ce film force à réfléchir sur nous-même en nous obligeant à nous placer dans les peaux des bourreaux et des suppliciés. On ressent de la pitié pour ces gens qui sont injustement considérés comme de simple objets sans valeur et au même temps on ressent ce qui peut se passer par la tête des bourreaux dans la mesure où une part de nous est concernée car il y a en chacun de nous un sadique qui sommeille.

Azaroth