Salo
ou les 120 jours de Sodome
1975 (Pier Paolo Pasolini)
D'après l'oeuvre du marquis
de Sade "Les 120 journées de Sodome".
Au début, on s'imagine que le film sera simplement un film porno à la sauce sado-maso car la docilité des esclaves le laisse largement penser ; ces couillons se laissent fouetter, enculer et humilier sans broncher ou alors si peu. Mais ne vous y trompez pas, ce n'est là que l'intro car ça s'aggrave copieusement tout au long du film. Il faut tout de même savoir que ce film est divisé en 3 grands thèmes : - Le cercle de la passion Toute l'histoire se déroule dans un univers fermé mais vaste dans lequel cohabite 9 jeunes filles, 9 jeunes hommes qui sont les soumis, 4 bourreaux, 4 femmes plutôt louches et toute une flopé de gardes bien pervers. Ce film n'est pas sans rappeler La grande bouffe par son aspect orgiaque et décadent, d'autant qu'il est de la même époque.
La question que je me suis posé après avoir observé ces supplices, c'est qu'aurai-je fais à la place d'un des bourreaux ? Jusqu'où aurai-je été ? On ne peut se poser les mêmes questions pour les autres protagonistes compte tenu qu'ils sont sous les ordres des 4 tortionnaires et qu'ils n'ont pour ainsi dire pas leur mot à dire. Je ne pense pas que j'aurai été aussi loin mais force est de constater qu'il y a une part de notre conscience qui est décadente à des degrés divers, ainsi on peut se demander pourquoi prendre plaisir à faire souffrir autant ces jeunes gens ? Je pense que les 4 bourreaux étaient en quelque sorte blasés de tout et ne prenaient plus aucun plaisir dans rien, peut-être sentaient-ils leur fins venir et comme ils n'avaient plus rien à perdre, ils ont expérimenté ce qu'il y avait de plus déviant en eux. Que ferions-nous si nous avions la certitude de mourir dans 2 mois ? Probablement des choses auxquelles nous ne songerions même pas, des choses que nous nous refuserions de faire en temps normal. Et puis, quelque part, le fait d'avoir en face de soit des "jouets sexuels" à utiliser sans conséquence représente l'ultime fantasme, le fait de pouvoir utiliser des individus pour n'importe quelle tâche quelle qu'elle soit sans que rien ne puisse l'empêcher est un fantasme que nous avons tous plus ou moins au plus profond de nous. Bien sûr notre conscience nous interdit de réaliser ce genre de chose mais dans le cas où nous serions certain de notre mort, alors pourquoi pas ?
Certaines scènes du film vont d'ailleurs très loin dans le crade, notamment la scène où une jeune fille pleurant la perte de sa mère excitent ses bourreaux par ses pleurs et sa beauté physique et l'obligent à se comporter comme une chienne et à manger une merde fraîchement pondue. Une autre scène du même genre met en scène l'ensemble des protagonistes autours d'une table très bien décorée sur laquelle ils se rempliront la panse de merdes. Tout le monde en mangera sans exception. De quoi couper l'appétit si je puis dire.
Au-delà du côté sordide et malsains de ce film on assiste à la descente aux enfers d’un groupe d’individus qui n’ont plus rien à perdre et qui pour surmonter leur peur de la mort et leur frustration s’en prennent à de pauvres jeunes gens innocents qui sont contraints de répondre à toutes les exigences de leurs bourreaux qui rivalisent de cruauté et d’imagination pour occuper leur journée et combler leur manque de plaisir et la tristesse de leurs vies.
Il est difficile d’aimer un film comme celui-là. On peut à la rigueur en apprécier le message ou l’esthétique mais aimer ce film serait perçu comme une forme de complaisance à l’égard des tortionnaires. Ce film force à réfléchir sur nous-même en nous obligeant à nous placer dans les peaux des bourreaux et des suppliciés. On ressent de la pitié pour ces gens qui sont injustement considérés comme de simple objets sans valeur et au même temps on ressent ce qui peut se passer par la tête des bourreaux dans la mesure où une part de nous est concernée car il y a en chacun de nous un sadique qui sommeille.
Azaroth |