Nekromantik 2
1988 (Jorg Buttergeit)

Je pensais avoir tout vu en visionnant le premier , eh bien non ! Nekromantik revient, pour un deuxième opus, encore plus fort. Jôrg Buttgereit reprend donc encore une fois, le thème de l’histoire d’amour physique perverse avec un cadavre en cours de décomposition.

Nekromantic 2 - The return of the loving dead rentre de nouveau dans la catégorie des films cultes tant par sa recherche esthétique que par son sens poétique… à fleur de peau.

Pour ce deuxième volet, le ridicule a su être évité, on aurait pu facilement imaginé une suite composant une délirante partouze orgiaque avec les cadavres d’un cimetière fraîchement construit, cela aurait été le fruit de l’imagination d’un mauvais scénariste imbibé d’alcool frelaté. Mais heureusement il n’en est rien ! 

Nékromantik 2 est une histoire d’amour fusionnelle entre une femme, à la beauté simple de ce genre de personnes aux mœurs outranciers, et un homme sans vie qui s’est offert le plaisir solitaire du suicide afin de découvrir les sensations jouissives ultimes, fort méconnues de surcroît, de la lente agonie que peut procurer l’abandon de la vie.

Ici le rôle de la victime innocente est joué par le cadavre, dont le corps tout gluant jure avec l’esthétique de ce film, son aspect n’est pas sans rappeler ces bons vieux films d’horreur des années 70-80, peut-être pour le clin d’œil !!!

L'affiche, représentant une femme castratrice tranchant entre ses jambes interminables la gorge d'un homme toutes tripes dehors, ce qui montre la dérangeante liaison engendrée par Eros et Thanatos. Cette vile femelle finira que ne par conserver les deux attributs inhérents à chaque être humain : c’est à dire le sexe et la tête. Pourquoi tant de haine, me direz-vous, l’explication en est toute simple, car malgré les extravagants jeux sexuels auxquels se livre cette douce enfant, elle n’obtient que partiellement cette jouissance à laquelle elle aspire tant. Cette frustration intérieure, cette souffrance est très bien restituée par le réalisateur. C’est le thème de l’éternelle insatisfaction de la femme !!

Pour reposer nos neurones perverties par tant d’opulence visuelle, Jörg Buttgereit, a jugé utile de nous montrer quelques scènes de documentaire animalier. Ainsi le film montre-t-il parcimonieusement des images d'un documentaire où l'on voit des bébés phoques nager avec beaucoup d'entrain, comme le font toujours les bébés phoques, puis, l'un d'entre eux est tué et dépecé par des hommes vêtus de gants et de masques blancs, jetant finalement sa carcasse dans une poubelle..

Ce petit documentaire est visionné par un groupe de nécrophiles, auquel appartient l’héroïne.Qui a également des difficultés pour vivre sa « différence », elle se cherche. Elle possède un cadavre mais n'arrive pas vraiment à faire le "grand saut". Même lorsqu'elle essaye de s'en débarrasser, elle ne peut se décider à ne pas au moins garder la tête. Et, ce n'est que dans la dernière scène, lorsqu'en pleine affaire, elle coupe la tête de son amant et qu'elle la remplace par celle du cadavre qu'elle se libère enfin. Jörg Buttgereit pousse même le happy-end à ses limites en annonçant qu'elle est enceinte.

On voit aussi, une autre scène où des fleurs coupées et déposées dans un vase près du cadavre, pourrir en images accélérées. C’est pour l’aspect bucolique. Cette contemplation de la nature est très présente ici, je me demande si Jörg n’a pas pris du LSD ou toute autre substance, qui rend les gens hippie. En effet, on voit un lézard se déplacer sur une pierre, des feuillages se mouvoir grâce au souffle du vent, un escargot glisser lentement sur un sac poubelle. Ces scènes magnifiques de simplicité sont soutenues par une bande sonore d'une grande délicatesse.

En résumé, certains aimeront ce changement par rapport a son prédécesseur, d'autres non. Certains seront plus choqués que d'autres, mais une chose est sûre, on ne pourra pas reprocher à Jörg Buttgereit de s'être répété. Il a réalisé un film différent, avec une approche différente. Même si NEKROMANTIK 2 n'est pas à la hauteur de son prédécesseur, il reste un véritable chef-d'oeuvre.

Nilfheim