Marquis
1989 (Roland Topor & Xavier Xhonneux)

marquisEmprisonné à la Bastille, Marquis entretient avec le vigoureux Colin, son propre sexe, des relations conflictuelles.
L’écriture étant la seule occupation susceptible de lui faire oublier sa triste destinée, Marquis passe ses journées à noircir des feuillets, si bien que Colin en est réduit à prendre d’assaut une fente de mur aux formes féminines. Pour améliorer l’ordinaire, il faudrait céder aux avances pressantes d’Ambert, le geôlier, ce à quoi Marquis se refuse catégoriquement…
          

Ce film, dont je ne savais vraiment pas quoi attendre, a littéralement illuminé ma journée… Dire que pour moi Topor a été synonyme pendant des années de TELECHAT, ce programme qu’on s’enfilait étant mômes, tout en ayant trouvé ça (plusieurs témoignages concordent) bizarrement malsain, sans pouvoir expliquer pourquoi… Quand récemment je suis tombé sur VIVA LA MUERTE, avec des illustrations enfantinos-gores du même Topor, je me suis dit que le bonhomme avait une dimension que je ne lui connaissais pas…                

Alors que dire devant ce film co-réalisé, si ce n’est que c’est ce qui correspond le plus pour moi à l’appellation du « feel good » movie… C'est-à-dire un film qui te met le sourire plein la gueule, que tu as envie de revoir immédiatement après, et qui te donne envie de fourrer, de bâfrer et de te saouler sans aucune pensée pour un quelconque lendemain… Ce n’est que justice quand on adapte l’univers du divin marquis…           

Ah ça on est bien loin ici d’un Daniel Auteuil se faisant fouetter le cul par un jardinier et osant faire boire du vin à la bouteille à une pucelle, si vous voyez ce que je veux dire…               
Non ici dès les premiers dialogues, et avant même que notre œil se soit fait à cette esthétique présentant acteurs de chair et de sang affublés de masques d’animaux/marionnettes, on comprend qu’on a affaire à un truc définitivement à part…       

Le marquis, sous le masque d’un chien, écrit ses dernières œuvres, embastillé… Pour seul compagnon, il a son sexe, Colin, doué de parole et s’exprimant avec un vocabulaire pour le moins anachronique…        
Dans la prison vont et viennent des personnages s’abritant sous le couvert de la morale mais en vérité cent fois plus pervers que le marquis lui-même… Les aléas de leurs rencontres vont donner lieu à des saynètes hilarantes, faisant clairement référence à du théâtre filmé de belle manière…
Les échanges sont à la fois paillards et ciselés, mêlant traits d’esprit et vulgarités avec une virtuosité confondante, d’autant que les acteurs ne devant compter que sur leur voix, impriment par leur sonorité étudiée la moindre réplique dans le crâne…      

Le fait d’avoir des vrais comédiens portant masque (dont certains sont superbes et imaginatifs, surtout durant la scène d’orgie) est original à souhait, et assez convainquant car tout passe donc dans un unique jeu de sourcils artificiels, ainsi que les voix et la gestuelle très théâtrales et étudiées.             

La trame scénaristique est gouleyante à souhait, entre une révolution de carnaval fomentée par des bouffons révolutionnaires moqués avec délectation (on est pas loin des Guignols; ceux de l’époque, pas la merde populiste et inoffensive de maintenant) et des mini-intrigues concernant l’enfant de l’Infortunée Justine ou le devenir des écrits du Marquis, patchwork de clins d’œil littéraires et de citations, de dialogues mélangeant vocabulaire cru du présent et onctueux du passé avec virtuosité, ainsi que quelques passages oniriques en pâte à modeler animée en stop-motion, propices à de joyeux délires gore…  

Non vraiment, un film qui fait du bien, aux dialogues mémorables et à se taper sur la cuisse, visuellement stimulant et surtout qui se consomme comme une bonne tartine de houblon entraînant un pet salvateur dans la soie du bon goût…            

On en voit pas beaucoup des films où il faut enculer au nom de la liberté, et se voir certifier pur porc non casher par un abbé queutard…                

Un délice farceur et revigorant, bien de chez nous.  

Arsongod