Darkness
1992 (Leif Jonker)

Gavé par toute ces mièvres productions américaines, emplies de clichés du cinéma gore pour teenagers en culotte de scout, comme Ozone ou Cannibal Campout, Darkness à le mérite de relever le niveau du genre amateur. Darkness est le premier long métrage de Leif Jonker, enfanté après un dur labeur, ce ne fut donc pas un accouchement psychoprophylactique. 

Pour la petite histoire, Leif s’est vu lâchement abandonné par ses producteurs au bout d’une journée de tournage. Cette œuvre, ô combien magistrale allait succomber dans les méandres de l’obscurité, jusqu’au jour où Garry Miller se propose de jouer le rôle principal et fournit tous les effets spéciaux nécessaire à une telle entreprise.

L’idée de Darkness a longtemps mûrit dans la tête de Leif, puisqu’à l’âge de 13-14 ans , plein d’entrain et de fougue propre à l’adolescence, il écrit un scénario intitulé « Of A late Eve » narrant la lutte entre différentes tribus de vampires. Cette œuvre selon lui serait aussi grandiose qu’un péplum. Mais n’ayant point les moyens d’un Cécil B. Demille, Leif se contente d’écrire une sorte de préquelle au projet qui lui tient à cœur, ce sera Darkness… 

Ici Jonker bouleverse le mythe du vampire et l’associe a celui du zombie. En effet, lassé par ces vampires portés à l’écran, qui sont toujours le plus attirants, se dandinant dans leurs habit de flanelles, comme des Goths a un concert d’Anorexia Nervosa, il décide de retourner aux origines du mythe, et de ne montrer que l’horreur qu’elles inspirent.

Tout commence lorsque John, un pauvre hère, court dans la nuit froide et obscure… Il arrive, finalement dans une station service, et le pauvre bougre prévient l’assemblée présente qu’un Démon arrive…

Le Démon en effet est très en colère, il bute donc le tenancier de la station service, et puis les autres clients… Cette scène nous offre une douce mise en bouche.

De ce massacre exécuté avec majesté il ne restera qu’un seul survivant, Tobe. On le retrouvera quelques nuits plus tard guerroyant vaillamment contres ces viles créatures de la nuit. On ne peut s’empêcher d’éprouver un soupçon d’admiration pour ce jeune homme, puisqu’il se bat sans peur et sans reproche, en témoigne cette scène où il affronte un zombie armé d’une tronçonneuse. Le combat est bien sûr inégal, et digne de la Word Wrestling Fédération. Tobe use donc d’intelligence, tel David combattant Goliath, en versant sur ce zombie-vampire, animé des plus viles intentions, de l’eau bénite.

Le vampire se tord atrocement de douleur comme un lépreux en pleine crise d’arthrite. Sous l’effet de l’onguent papal, il lâche la tronçonneuse. Et c’est alors que Tobe s’en empare et mutile atrocement l’être assoiffé de sang, ensuite il le finit en lui explosant la tête de son fusil à canon scié.

La nuit bien sûr ne fait que commencer, Tobe rencontre sur sa route deux autres jouvencelles, qui sont, elles aussi, poursuivies par des vampires. Et alors, ce n’est qu’un chassez croisé intempestifs, entre ces vampires zombies galvanisés par un chef vampire charismatique, et des jeunes gens apeurés, par autant d’aberrations de la nature, mais se défendant valeureusement. 

La force de ce film réside dans le héros, Tobe, qui a une très grande classe, il n’y a qu’à remarquer avec quelle dextérité il manie une arme. Pour un petit blondinet, la chose est admirable, il a le charisme d’un gniack dans un film de gunfight à la sauce Hong Kong… 

Ce bon beat’em all de zombies, est mis en valeur par une multitudes de scènes de « bourrinages » compulsifs et de plans en contre-plongée hautement abruptes et explosifs.

De plus le Gore est distillé avec parcimonie, Leif joue la carte de la subtilité et du bon goût. Pour exemple, il y’a cette scène où Tobe massacre tout un troupeau de zombies dans une masure délabrée. Il aurait pu, à cette occasion, user de tout un stock d’une banque du sang, avec en prime des pieds de cochons virevoltant, de ci de là, des cœurs de bœufs ou tout autre douce barback communes au gore amateur, mais il n’en est rien. Ici la démence de Tobe est suggérée, on nous sert un plan sur la maison où les hurlements d’agonies alternent sensuellement avec le chant strident de la tronçonneuse… En deux mots : c’est beau !!!! 

Comme toujours la scène finale est la plus délectable, lorsque les créatures nocturnes sont stoppées net par l’astre solaire. Cette scène est filmée avec maestria, l’éclairage est poussé à son maximum, la lumière est blafarde à souhait, et montre ainsi, toute la puissance du Sol invinctus. Les zombies passent par tous les stades de la décomposition, puis ils fondent et explosent, tel un chat dans un micro-onde. 

Darkness est donc un très bon film. En somme toute les conditions sont réunies, pour s’en délecter en vidant un pack de 8.6 bavaria, et, par la suite, galvanisé par la rotteuse aller charcuter sa voisine de palier.

Nilfheim