Un frêle esquif vogue sous un ciel menaçant. A son bord, trois hommes anxieux et irrités. A peine ont-ils accosté sur une île mystérieuse et proféré quelques jurons quant à leur guigne, qu'ils se font capturer par un groupe de guerriers parés d'hostiles masques en carton couvert d'aluminium. Pauvres Robinsons ! Ils sont désormais les prisonniers des maîtres des lieux, Karl the Butcher Senior et Junior. Ces derniers qui sévissaient déjà dans les Violent Shit précédents, sont maintenant à la tête d'une fière infanterie de figurants bénévoles armés de machettes. Nos héros se font prestement remettre en liberté pour une partie de chasse Zaroffienne.
Autant j’ai souvent été confronté à des pelloches s’annonçant dantesques et finissant en chaude-pisse, autant le fait de voir une vilaine colique se transformer peu à peu en barbu fripon sous mes yeux est assez rare pour être signalé...
Pas besoin de revenir sur le pedigree d’Andreas Schnaas, les habitués d’Uncut Movies connaissent et font le signe du marteau pour le prouver.
Ca commence donc TRES mal, avec ces trois abrutis débarquant on ne sait pourquoi sur ce qui semble être une île déserte... Mise en scène indigente, acteurs la-men-tables, et cerise sur le gâteau le pire doublage (Ricain ? Canadien ? Lémurien ?) jamais entendu pour ma part, qui ferait passer les doubleurs des pornos de Canal + pour des métronomes de l’actor’s studio...
Et voilà que débarquent sans crier gare une bande de guignolos affublés de masques en carton et de machettes en plastique, kidnappant nos trois misérables protagonistes avant de les mener à leur camp qui évoque une reconstruction criante de vérité d’un groupuscule rebelle anarfacho, menée par une bande de rôlistes trisomiques adeptes du grandeur nature sur une plage de Dunkerque...
Ce n’est pas tout, cette joyeuse troupe est menée par un avatar de Mengele à qui on a collé une rustine mordillée au dessus de la lèvre pour qu’il fasse führer, une momie rembourrée de fer blanc qui gesticule sur son trône et enfin Karl Le Boucher, protagoniste des deux précédents opus, c'est-à-dire Andreas Schnass lui-même avec une perruque, une barbe faite au cirage, et une cicatrice en caoutchouc qui menace de s’envoler à la première bourrasque, le tout avec un costume renvoyant autant à la pochette d'Into Glory Ride qu’Aux maîtres de l’Univers avec Dolph Lundgren...
Bref, alors que je m’apprêtais à arrêter le massacre, vient vers la quinzième minute ce qui fait que j’ai continué, réjoui d’un coup... En effet Schnass dévoile enfin ses effets gore via une quadruple décapitation old school qui fait plaisir à voir, le tout avec des effets visuels qui reviendront pendant tout le film, et qui font très « reporters embarqués dans le conflit » (impossible de ne pas se demander d’ailleurs ce qu’aurait donné le film si tout avait été filmé de cette manière).
Et dès lors, mon intérêt n’a fait que croître et un plaisir régressif atteindre des cimes, tant ça ne débande jamais, c’est en dessous de tout qualitativement parlant, mais avec une telle énergie et un sens de la générosité qui emporte l’adhésion au finish...
Une bande-son qui évoque un best-of de reprises d’Ur Nord Germanisch par le fils trisomique et manchot de Mortiis ?
Des bagarres entre chinetoques sortis de nulle part et des zombies puis des ninjas dans une forêt, filmée à deux à l’heure et pourtant encore plus fun au final que celles de Versus ?
Des effets gore tous plus ratés les uns que les autres, et pourtant jouissifs dans leur exécution ?
Une séance de torture à base de lancers de figurines en plastique sur des génisses suantes et poilues?
Un assaut final avec deux fumigènes, vingt figurants, des flingues qu’on agite en hurlant pour faire croire qu’ils tirent de vraies balles, des explosions de bazooka en carton réalisées avec des pétards ?
OUI et bien plus encore, on est dans le quart-monde à tous les niveaux, c’est nul nul nul et pourtant c’est génial, on se marre en permanence avec le film et jamais contre lui, tant une évidente sincérité old school transpire de cet étron fini à la pisse d’âne jusque dans sa conclusion qui à mon avis aurait déclenché un tonnerre d’applaudissement devant un parterre cueilli comme une fleur de lisier sur l’étal de toutes les règles de bienséance filmique...
Au four Virus Cannibale et consorts, voilà le meilleur exemple que sous des abords peu reluisants, la chienlit cinématographique recèle des miracles... (et celui qui me parle de nanar peut aller voir dans le transfo si j’y suis pas...)
Arsongod