Thriller : A Cruel Picture
[Aka Thriller - en grym film / Aka They Call Her One Eye / Aka Thriller - Hooker’s Revenge ]

(Bo Arne Vibenius) - 1997

Réalisé en 1974 par Bo Arne Vibenius, interdit en suède à sa sortie, « The movie that has no limits of evil ! » est, selon certains ( comme Quentin Tarantino ), le plus grand film de « rape and revenge » de tous les temps… Aux USA, le film fut présenté en version tronquée sous le titre de "They call her one eye". En France, le film était sorti en VHS sous le titre "Crime à Froid", avec le fameux slogan : le film que le cinéma n'a pas eu le courage de vous montrer. C’est pour dire ! !

Force est de constater que ce film perd de sa puissance subversive et de son impact visuel… Mais comme tous les grands classiques il est de bon ton de le voir au moins une fois dans sa vie, ne serait-ce que pour comprendre les inspirations du cinéma d’aujourd’hui…

Au premier coup d’œil, on se remémore « la dernière maison sur la gauche » de Wes Craven, ou encore « I spit on your grave » de Meir Zarchi. Mais ce n’est pas sans mentionner le précurseur du genre Ingmar Bergman avec « La source » (Jungfrukällan) , en 1960… Un des premiers à mettre en scène, avec une retenue toute luthérienne, l’histoire d’une jeune fille violentée et tuée par des malotrus, et de la vengeance qui s’ensuit, un drame familial en somme ! ! !

Le film débute sur l’image idyllique d’une petite fille accompagné d’un vieux monsieur. Image d’évangile d’une petite fille et son grand-père se promenant dans le parc ? Que nenni ! ! ! Le vieillard est fourbe et perfide, et la petite fille, qui se prénomme Madeleine n’est qu’une proie ingénue face à ce « senior » pervers…
On assiste donc impuissant à cette débauche de sentiments, la petite fille subit outrageusement les assauts répétés du vieux ! ! !

Ce drame emmurera la jeune fille dans le silence, Madeleine devient muette…

Plus tard, Madeleine devenu un beau petit brin de femme (joué par Christina Lindberg), se rend à la ville, mais elle ne peut retourner dans la ferme de ses parents car elle a loupé son bus. Heureusement Tony passait par là, Tony est beauf, il a des ray ban, il se la pète dans sa jolie voiture et emmène donc Madeleine en stop… Et là c’est le drame ! !
Tony est un vilain personnage qui utilise le commerce des femmes pour engranger moult profits…Le proxénète séquestre donc Madeleine, tout en lui injectant de la drogue pour la rendre accro, elle ne peut, ainsi, plus lui échapper ! ! !

Puis Madeleine complètement camée, rencontre son premier client. Mais cette rencontre ne se passe pas comme prévue, la jeune fille se rebiffe, et griffe le visage du malheureux ! ! ! Tony la punira, d’une manière toute perverse, il lui crève un œil avec un scapel ! ! ( la rumeur voudrait que le réalisateur est utilisé un cadavre pour ce plan, séquence d’un réalisme époustouflant… pour l’époque).

Voici enfin un palier franchi, dans le parcours de notre héroïne. Madeleine se retrouve avec un œil en moins, et le recouvre avec un bandeau de pirate ( à noter que ce bandeau, est assorti aux tenues de madeleine tout au long du film, quelle coquetterie ! ! ! et quelle conscience professionnelle de la part du réalisateur ! ! !)
On voit donc Madeleine muette, borgne, droguée, qui se résout à accepter son rôle de prostituée pour pouvoir obtenir ses doses de drogues journalières.

Attardons nous quelques instants ! ! ! Le film s’enchaîne en une succession de rendez-vous, tous plus étranges les uns des autres, cela va du photographe à la lesbienne. Ils sont filmés de façon à ce que le téléspectateur soit en position de voyeur ! Dans la version « uncut » du film, le réalisateur a cru bon d’insérer des plans de films pornos, on a droit à des pénétrations vaginales et anales d’une durée plus ou moins variable. Sûrement pour accentuer l’effet dramatique de la scène… histoire de donner un doux parfum de scandale ! !
Il faut dire qu’une femme en uniforme (ne serait ce que, juste un bandeau de pirate) ça en exciterait plus d’un, je pense notamment à notre webmaster vénéré Azaroth ! ! ! Madeleine devient vite populaire et les clients veulent tous avoir les faveurs de « la Pirate »…

Un fait étrange, Tony autorise une journée de congé pour ses employées ( je sais que les pays du nord sont plus en avance que nous sur la parité , mais quand même ! !). Ayant reçu une lettre de ses parents lui disant qu’ils étaient très affectés par la lettre qu’elle leur avait envoyé ( en fait c’était Tony qui leur avait écrit une lettre pour couper les liens familiaux, c’est fourbe n’est ce pas ? ), Madeleine décide d’aller leur rendre visite.
Et là horreur, enfin un rebondissement digne de Dallas, elle découvre que ses parents se sont empoisonnés, ( Tony était sûrement passé par là !) Madeleine décide de se venger !

La vengeance est un plat qui se mange froid ! Elle met donc à profit ses jours de repos et apprend différentes activités ludiques, le karaté, la course automobile version rallye, du tir. Elle s’entraîne dur la bougresse, et développe une déconcertante facilité, c’est devenue une femme fatale, pire que le parcours initiatique de Candide chez Voltaire…
Enfin prête, elle se procure un pistolet et une voiture volée par l’intermédiaire d’un dealer de drogue, et prend le fusil de son professeur de tir, dont elle scie le canon ( ça fait plus « roots » d’avoir le canon scié). Madeleine est parée pour sa soif de vengeance…

C’est à partir de ce moment que commence la partie « revenge » du film.
Habillée tout en noir ( même le bandeau ) Madeleine se rend chez son premier client et le plombe de deux coup de fusils. L’exécution est filmé au ralentit du genre « l’homme qui valait 3 milliard quand il court », mais ici on perçoit plus l’allégorie du temps qui s’arrête à l’heure de la mort… Les filets de sang qui s’échappent des plaies ouvertes, augmentent l’obscénité pornographique. Je soupçonne Vibenius d’être un peu fétichiste sur les bords, mais c’est de l’art, alors passons…

Madeleine continue son expédition punitive et bute deux autres clients. Tony, quant à lui, envoie deux gorilles la liquider. Ce n’est pas sans compter sur « la pirate » qui est pleine de ressource et se débarrasse facilement des deux sbires… Ayant goûté au mal, j’ai l’impression qu’elle s’en donne à cœur joie ! elle liquide deux flics venues l’arrêter, pique leur bagnole et s’amuse a semer la terreur sur la route, en provoquant délibérément des accidents… Elle est devenue l’ange de la mort, elle sème chaos et destruction ! !
Pour moi, c’est vraiment un soupçon de « borderline », histoire de dire qu’elle a touché le fond…

Passons maintenant à la scène finale ! ! ! Le moment tant attendu ! ! ! Eh bien, plusieurs mots me viennent à l’esprit pour la décrire : cette séquence me laisse pantois, dubitatif, admiratif, avec un soupçon de « quand même fallait oser ! ! »
Je m’explique, Madeleine se retrouve seul face à son tortionnaire. Jusqu’ici, rien d’anormal, on se dit que c’est l’apothéose finale, qu’il n’y aura pas de syndrome de Stockholm, vu les pires sévices qu’elle a pu endurer… Mais l’impromptu vient taquiner le spectateur. Car Sergio Leone est passé par là, on se retrouve avec un plan digne des plus grand western spaghetti.

Madeleine est seule face à Tony, son manteau noir flotte au vent, la caméra fixe longtemps son visage en gros plan, histoire de montrer sa détermination.
Le duel commence : Tony dégaine le premier, mais Madeleine l’atteint la première. Puis vide son chargeur dans les genoux de Tony. Ensuite et là c’est grandiose ! La séquence suivante on retrouve Tony enseveli sous les cailloux n’ayant que sa tête qui dépasse du sol. Madeleine passe une corde autour du cou de son bourreau, attache la corde à la selle d’un cheval, et attends que le cheval avance, ce qui provoquera la mort de Tony…
C’est finalement une séquence étrange, presque onirique. En tout cas c’est une fin digne du cinéma d’auteur…

Je dirais donc que ce film est à voir, il s’adresse à un public particulier, du genre de ceux qui aiment se prendre la tête sur ce qu’a voulu montrer l’auteur… Ne serait ce que pour le kitsch des séquences, le côté malsain de certaines…Je trouve l’actrice Christina Lindberg, particulièrement bonne. Le mutisme de son rôle rehausse le caractère froid et distant du film… C’est un bon film d’exploitation !
Malgré quelques défauts de scénarii comme le jour de congé que donne Tony, Madeleine aurait pu se casser, aller voir les flics, mais non elle revient au bercail, et puis avec toute la came qu’elle s’est enfilée, elle était toujours en forme, pas de désintox !
Vous l’aurez remarqué, Tarantino a repris cette idée de bandeau sur l’œil dans Kill Bill 2 avec l’actrice Daryl Hannah pour le rôle d’Elle Driver alias California Mountain Snake. Il paraîtrait qu’il lui a fait visionner le film pour qu’elle rentre plus facilement dans son rôle…

Disponible chez Synapse en DVD en version normale « Vengeance Edition » et Uncut « uncensored edition »… Thriller a cruel Picture vous ravira, ou vous endormira, c’est selon ! Mais je ne pense pas qu’il vous laissera indifférent ! ! !


Nilfheim