Thriller
: A Cruel Picture
[Aka Thriller - en grym film / Aka They Call Her One Eye / Aka Thriller - Hooker’s
Revenge ]
(Bo Arne Vibenius) - 1997
Force est de constater que ce film perd de sa puissance subversive et de son impact visuel… Mais comme tous les grands classiques il est de bon ton de le voir au moins une fois dans sa vie, ne serait-ce que pour comprendre les inspirations du cinéma d’aujourd’hui… Au premier coup d’œil, on se remémore « la dernière maison sur la gauche » de Wes Craven, ou encore « I spit on your grave » de Meir Zarchi. Mais ce n’est pas sans mentionner le précurseur du genre Ingmar Bergman avec « La source » (Jungfrukällan) , en 1960… Un des premiers à mettre en scène, avec une retenue toute luthérienne, l’histoire d’une jeune fille violentée et tuée par des malotrus, et de la vengeance qui s’ensuit, un drame familial en somme ! ! ! Le film débute sur l’image idyllique d’une petite
fille accompagné d’un vieux monsieur. Image d’évangile
d’une petite fille et son grand-père se promenant dans le parc
? Que nenni ! ! ! Le vieillard est fourbe et perfide, et la petite fille,
qui se prénomme Madeleine n’est qu’une proie ingénue face
à ce « senior » pervers… Ce drame emmurera la jeune fille dans le silence, Madeleine devient muette… Plus tard, Madeleine devenu un beau petit brin de femme
(joué par Christina Lindberg), se rend à la ville, mais
elle ne peut retourner dans la ferme de ses parents car elle a loupé
son bus. Heureusement Tony passait par là, Tony est beauf, il
a des ray ban, il se la pète dans sa jolie voiture et emmène
donc Madeleine en stop… Et là c’est le drame ! ! Puis Madeleine complètement camée, rencontre son premier client. Mais cette rencontre ne se passe pas comme prévue, la jeune fille se rebiffe, et griffe le visage du malheureux ! ! ! Tony la punira, d’une manière toute perverse, il lui crève un œil avec un scapel ! ! ( la rumeur voudrait que le réalisateur est utilisé un cadavre pour ce plan, séquence d’un réalisme époustouflant… pour l’époque). Voici enfin un palier franchi, dans le parcours de notre
héroïne. Madeleine se retrouve avec un œil en moins, et
le recouvre avec un bandeau de pirate ( à noter que ce bandeau,
est assorti aux tenues de madeleine tout au long du film, quelle coquetterie
! ! ! et quelle conscience professionnelle de la part du réalisateur
! ! !) Attardons nous quelques instants ! ! ! Le film s’enchaîne
en une succession de rendez-vous, tous plus étranges les uns
des autres, cela va du photographe à la lesbienne. Ils sont filmés
de façon à ce que le téléspectateur soit
en position de voyeur ! Dans la version « uncut » du film,
le réalisateur a cru bon d’insérer des plans de films
pornos, on a droit à des pénétrations vaginales
et anales d’une durée plus ou moins variable. Sûrement
pour accentuer l’effet dramatique de la scène… histoire de donner
un doux parfum de scandale ! ! Un fait étrange, Tony autorise une journée
de congé pour ses employées ( je sais que les pays du
nord sont plus en avance que nous sur la parité , mais quand
même ! !). Ayant reçu une lettre de ses parents lui disant
qu’ils étaient très affectés par la lettre qu’elle
leur avait envoyé ( en fait c’était Tony qui leur avait
écrit une lettre pour couper les liens familiaux, c’est fourbe
n’est ce pas ? ), Madeleine décide d’aller leur rendre visite.
La vengeance est un plat qui se mange froid ! Elle met
donc à profit ses jours de repos et apprend différentes
activités ludiques, le karaté, la course automobile version
rallye, du tir. Elle s’entraîne dur la bougresse, et développe
une déconcertante facilité, c’est devenue une femme fatale,
pire que le parcours initiatique de Candide chez Voltaire… C’est à partir de ce moment que commence la partie
« revenge » du film. Madeleine continue son expédition punitive et
bute deux autres clients. Tony, quant à lui, envoie deux gorilles
la liquider. Ce n’est pas sans compter sur « la pirate »
qui est pleine de ressource et se débarrasse facilement des deux
sbires… Ayant goûté au mal, j’ai l’impression qu’elle s’en
donne à cœur joie ! elle liquide deux flics venues l’arrêter,
pique leur bagnole et s’amuse a semer la terreur sur la route, en provoquant
délibérément des accidents… Elle est devenue l’ange
de la mort, elle sème chaos et destruction ! ! Passons maintenant à la scène finale !
! ! Le moment tant attendu ! ! ! Eh bien, plusieurs mots me viennent
à l’esprit pour la décrire : cette séquence me
laisse pantois, dubitatif, admiratif, avec un soupçon de «
quand même fallait oser ! ! » Madeleine est seule face à Tony, son manteau
noir flotte au vent, la caméra fixe longtemps son visage en gros
plan, histoire de montrer sa détermination. Je dirais donc que ce film est à voir, il s’adresse
à un public particulier, du genre de ceux qui aiment se prendre
la tête sur ce qu’a voulu montrer l’auteur… Ne serait ce que pour
le kitsch des séquences, le côté malsain de certaines…Je
trouve l’actrice Christina Lindberg, particulièrement bonne.
Le mutisme de son rôle rehausse le caractère froid et distant
du film… C’est un bon film d’exploitation ! Disponible chez Synapse en DVD en version normale « Vengeance Edition » et Uncut « uncensored edition »… Thriller a cruel Picture vous ravira, ou vous endormira, c’est selon ! Mais je ne pense pas qu’il vous laissera indifférent ! ! !
|