Ami et son frère Yu sont livrés à eux-mêmes depuis que, accusés de meurtre, leurs parents ont mis fin à leurs jours. Si Ami, tout sourire, minauderie et amitié féminine fusionnelle, est une jeune femme épanouie, son petit frère lui, souffre d’un racket épouvantable des mains de Sho Kimura, fils de yakuza et héritier de la tradition ninja, et de son gang de joyeux branleurs. Ami ne se doute rien, et ne voit pas arriver le décès de Yu et de son pote Takeshi, balancés nonchalamment du haut d’un immeuble. Transformée en démon – aux traits toujours aussi fins, je vous rassure – au nom de la vengeance de son frère, Ami tente de s’attaquer à la famille des tatoués...
La petite Ami n’a pas de chance : en plus de la petite gouine énervante qui lui traîne aux basques, elle se fait taxer du pognon par son petit frère, qui est le seul être qu’il lui reste dans sa famille, après le suicide rituel de ses parents accusés à tort de meurtre... Mais si son petit frère veut du blé, c’est parce qu’il se fait racketter par une bande menée par un fils de yakuza partageant avec son père le goût pour les fourrures synthétiques rococo... C’est le début des emmerdes...
Que voilà un chouette petit film, certes mal branlé, ultra cheap, et à l’interprétation souvent douteuse (en même temps avec les acteurs asiates c’est toujours difficile de dire s’ils jouent bien ou pas...) mais bien réjouissant et n’hésitant pas à étaler la bidoche dans tous les coins (on apprendra qu’un doigt coupé fait jaillir dix litres de sang...) et surtout sur la caméra qui se fait repeindre à maintes reprises...
Même si les affiches laissaient présager quelque chose de plus épique (en même temps, avec le budget...) il ne s’agira en fait pour la petite Ami et son bras cybernétique en carton pâte, que de se venger de la famille de yakuzas tarés du coin, ce qui revient presque à un simple conflit de voisinage... Conflit qui sera quand même réglé à force de décapitation et mutilations en tout genre, par des personnages qui tour à tour ne bronchent pas en se faisant éventrer, puis qui hurlent en se roulant par terre après une égratignure...
On l’aura compris, le tout n’est pas très sérieux, et verse dans l’hystérie la plus complète, frôlant le cartoon à quelques reprises (ah la scène de dialogue avec les parents d’un des bizuteurs...) avec une famille de bad guys tous plus tarés les uns que les autres, entre le père qui fait boire son sang (à gros bouillons) à son fils, et la mère cachant des armes originales sur elle, tout en adorant s’en prendre à ses domestiques...
En face, la petite Ami n’a guère pour alliés que les jeunes parents du copain de son petit frère, qui sont censés incarner un couple de garagistes assez improbables... Ces Mc Gyver bridés lui confectionneront un bras bionique/mitrailleuse, après que la pauvre petite ait perdu son membre lors d’une scène hilarante, et l’entraîneront aux arts martiaux garagistes lors de l’inévitable scène en montage alterné (scène écourtée pour ne pas trop monter que le maître ne sait pas plus se battre que l’élève...)...
Ils seront donc fins prêts pour combattre un trio de ninjas en culotte courtes et une bande de parents fanatiques en tenue de hockey cosplay, sans compter le trio familial yakuza et leurs techniques rococo démoniaques...
On a beaucoup parlé de parents, et il y a quand même quelque chose qui m’intrigue dans ce film, et qu’aucun critique semble t-il n’a relevé : il semble y avoir dans tout ce délire un ersatz de message sur les relations familiales, vu qu’on ne nous montre que des parents soit dégénérés et fiers, soit complètement éteints et irresponsables, laissant leur marmaille racketter et tuer en toute impunité... Mais quand les répercussions des actes de leurs gamins viennent sonner à leur porte, ils sont prêts à eux-mêmes devenir meurtriers pour dissimuler toute preuve, et protéger leur marmaille (ou leur réputation) à tout prix, plutôt que d’assumer leurs erreurs d’éducation... Mmh... Ce n’est pas la première fois qu’un film asiate à priori décérébré et fier de l’être recèle un message assez moralisateur sur la famille ou la société...
Quoiqu’il en soit, et même si les scories sont nombreuses (aargh le montage nerveux pour faire croire que ce petit monde sait se battre, ouch les scènes fauchées et dignes du plus nanar du V-cinema comme l’attaque des ninjas dans le garage) tout sera rattrapé par le final jouissif qui enfin fera fi des effets numériques pour revenir au bon vieux latex des familles et rivalisera presque avec VERSUS dans l’action non stop et foutrique...
Mon seul regret viendra de l’absence totale de débauche, qui ne permet pas au film de s’élever au rang de par exemple un cat III d’action, ce qui est d’autant plus dommageable quand on se renseigne sur le pedigree de certaines des actrices... Monde de merde.
Mais dans l’absolu, on a un gros défouloir fauché mais fendard, l’exemple même du petit film stupide et plaisant à regarder en désanussant quelque goulot qu’on imaginerait volontiers être le con de la petite héroïne...
Arsongod