Schizophrenia, Le Tueur De L’ombre
(Gerard Kargl) - 1983

Hé bien, voilà un film à ranger au panthéon des films de serial killers crasseux et glauques, suintant l’ordinaire et le chiasseux, aux côtés d’un HENRY PORTRAIT D’UN SERIAL KILLER et d’un MANIAC… Au passage, dites-vous aussi qu’un certain SEUL CONTRE TOUS n’existerait pas sans ce film, tant Gaspar Noé a avoué être influencé par la croute sur pellicule de Gerard Kargl…

On y suit tout simplement un serial killer « ordinaire » dès sa sortie de prison et jusqu’à ce qu’il y retourne, et on lui colle VERITABLEMENT aux basques, c'est-à-dire qu’en plus de sa voix off monocorde et lancinante qui expose son passé caricatural à force d’être un réservoir à traumas, la mise en scène s’assure de ne JAMAIS le lâcher, et de toujours trouver des subterfuges pour l’épier partout où il va, réalisant un effet totalement anxiogène et inédit à ce jour…

Rien que par sa mise en scène, ce film a fait date… Ces plans de grue stressants, l’utilisation compulsive de la Body Cam (caméra harnachée à l’acteur) et le comportement parfois bizarre des victimes donne même l’impression fugace que le tueur a un complice qui filme tout et que ce complice n’est autre que nous… Ou comment se retrouver pour la première fois littéralement au milieu d’un faits divers, sans la distance ironique d’un C’EST ARRIVE PRES DE CHEZ VOUS…

Enfin, cela se discute, car le film réalise le tour de force de, au sein d’une histoire glauque filmée de manière froide, d’instiller des touches d’humour noir et même de faire carrément dans le comique de situation sordide dans son dernier quart d’heure…

Il faut dire qu’il y a un sacré contraste entre la voix off détachée et calculatrice du tueur et son comportement de plus en plus erratique et hystérique, contraste tellement outré à la fin qu’on ne peut s’empêcher de s’esclaffer en réalisant la vraie nature d’un pauvre type obligé de tuer mais incapable d’élaborer un plan concret et faisant tout son possible pour se faire repérer malgré lui…

Le fait d’être littéralement dans sa tête et qu’il soit encore plus littéralement poursuivi par la caméra fait que ses victimes en deviennent totalement déshumanisées, et bien sûr choisies pour leur côté caricatural, entre le gogol paraplégique (dont l’apparition subite m’a provoqué une quasi crise cardiaque, bien joué), la vieille sorcière cadavéreuse et la jolie et fade lunetteuse jouée par une actrice douteuse (ou peut-être est-ce voulu par le réalisateur) qui finira de fort méchante manière dans la scène la plus célèbre du film, qui suinte l’insane par tous ses pores et pour ma part est un des meurtres les plus SALES jamais vu au cinéma…

Après cet ultime injection de salissure, c’est là que le réal fait fort en finissant le tout par une pirouette fine et surtout bien marrante, faisant mesurer à quel point tout ce qu’on a vu jusque là est l’acmé de l’absurde dans l’horreur ordinaire : un neuneu sort de taule, va directement chez vous et vous tue n’importe comment, puis se barre avec votre chien manger une saucisse dans une station service, vos cadavres chargés dans le coffre de votre propre bagnole…

Et ce n’est pas drôle, enfin si un peu, car cela démontre surtout la vérité originelle : Tout le monde a ses raisons…

Court, et pourtant parfois volontairement chiant par son souci quasi anthropologue de coller aux basques du tueur le plus piteusement ordinaire qui soit, ce film s’impose comme une expérience de mise en scène suintant la crasse ordinaire du quotidien où on meurt comme un chien parce qu’on était au mauvais endroit au mauvais moment, et où la verdure apparaît encore plus crasseuse que le béton. Comme la vie, en fait…


Arsongod