Pink Flamingos
1972 (John Waters)

Pink FlamingosDivine – qui pour se cacher de la police préfère se faire appeler "Babs Johnson" – habite une caravane avec sa mère, qui ne vit que par amour des œufs, son fils (aux habitudes sexuelles étranges) et sa petite amie. Ensemble ils mènent une vie tranquille, jusqu'au jour où Divine est nommée par un magazine "l'être de plus dégoûtant de la planète". C'est alors qu'une famille rivale, les Marbles, empreints de jalousie, cherchent par tous les moyens à détrôner Divine.           

Il n’y a pas à dire, un petit vent de folie règne au sein de ce film culte pour les bonnes raisons… Non vraiment, cette espèce de comédie trash à la mise en scène amateur n’a rien perdu aujourd’hui de son aura sulfureuse, et serait rigoureusement interdite de sortie en salle de nos jours…    

Le « film » a donc un cachet documentaire qui est soit voulu soit vient involontairement de la mise en scène lamentable, qui alterne des zooms ou de pénibles mouvements lymphatiques peinant à suivre l’action, ne faisant qu’ajouter à la crasse de l’ensemble…    

Car si le début est assez plat, et évoque plus une sorte de sitcom dégénéré avec des comédiens pour le moins inégaux dans leur jeu (ah la grand-mère obèse dans son parc qui « joue » en sous-tif dans des températures manifestement glaciales…) qui rivalisent de grimace ou qui semblent improviser la moitié du temps, le tout devient très intéressant au bout de vingt minutes, quand Waters décide d’y aller franco dans la provoc…    

Exhibitionnisme, nazisme, fétichisme, déviances sexuelles, viols par insémination artificielle, traite des blanches, deal de bébés, massacre d’animaux, inceste, cannibalisme, trou du cul-isme, coprophagie, rien n’est épargné, dans un joyeux crescendo qui témoigne véritablement d’une bonne humeur communicative, comme la scène du mariage déviant avec le débarquement des flics discount…

Les deux familles de dégénérés rendent coup pour coup pour prouver qu’ils sont plus « filthy » que les autres et nous les suivons dans leurs pérégrinations quand ils ne sont pas en train de s’affronter par envoi d’étron interposé ou de malédiction de mobilier à base de bave (scène particulièrement énigmatique…)

De temps en temps ils se calment et mènent leur petite vie faite de provocation constante et d’outrage aux bonnes mœurs, ceci donnant lieu à des scènes qui encore une fois tiennent limite du sitcom comique dégénéré…. Ces scènes ne marcheront pas avec tout le monde mais pour ma part m’ont bien amusé en me faisant patienter avant la prochaine provocation…
Le tout culminera tranquillement vers une exécution publique qui n’a pas manqué de me faire penser à la fin de TUEURS-NES, avec juste quelques millions de dollars de budget en moins… Divine en profitera pour assumer sa philosophie de vie à base de génocide et de merde devant des hippies hilares déguisés en journaleux…          

Le tout ne fait donc qu’une heure trente (et se terminera avec LA scène dont tout le monde a entendu parler et qui marche toujours autant trente ans après…) avant que cette vieille pédale distinguée et pince-sans-rire de John Waters prenne le relais depuis sa retraite pour nous faire découvrir les scènes coupées, dont un peu plus de bave maléfique, de croix gammées et de gore foireux…   

Non vraiment, un film à la fois dégénéré et bon enfant, qui témoigne de son époque et prouve que les mœurs se sont paradoxalement bien étriquées depuis… Quand on voit que BAISE-MOI écope d’une interdiction au moins de 18 ans, on n'ose imaginer une ressortie nationale d’un film où un travelo obèse suce un hippe édenté qui lui-même s’amuse à violer une génisse en utilisant un poulet vivant comme capote… Et pourquoi pas ?

 
Arsongod