Island of Death
1975 (Nico Mastorakis)

island of deathChris et Celia sont un couple en vacances sur une petite île en Grèce. Ils se lient rapidement d'amitié avec les habitants de l'île. Par contre, ceux-ci ne sont pas des saints aux yeux du couple qui entendent bien punir les pécheurs. Le couple se met donc à tuer les habitants les uns après les autres pour les raisons les plus loufoques. Noirs, gays, lesbiennes et pervers passeront donc un mauvais quart d'heure!

Niveau cinoche de genre, les Grecs n’ont, à ma connaissance limitée, pas de quoi être véritablement fiers, si ce n’est l’excellent SINGAPORE SLING... Pensez-donc, le truc le plus connu de là-bas c’est l’immonde ATTAQUE DE LA MOUSSAKA GEANTE... Il y eut également EVIL(TO KAKO) qui ne s’en tire pas trop mal dans un genre ultra-balisé...
Mais là, ils ont fait fort, au point que je suis incapable de dire à quel degré il faut prendre ce film complètement barré, qui paraît-il comptait spéculer sur le succès de LA DERNIERE MAISON SUR LA GAUCHE de Wes Craven...

Un couple lambda de touristes à brushing à pattes d’éph débarque dans un décor rappelant furieusement celui de ANTHROPHAGOUS de Joe D’amato... Il a une dégaine de play-boy falot, elle est craquante avec son air de petite aryenne sainte nitouche... On a droit à des plans ensoleillés dignes d’une carte postale, et tout le film sera divisé en séquences/journées rythmées par le déclic d’un appareil photo...
Sauf que, les deux tourtereaux ne tarderont pas à décider soudainement d’aller s’envoyer en l’air dans une cabine téléphonique, le type désirant avoir sa mère au téléphone pendant qu’il baise !!! La révélation qui surviendra dans les dernières minutes du film n’en rendra que la scène plus caustique avec du recul...
Bref, tout n’est pas rose, d’autant que le type semble particulièrement vindicatif à l’égard des habitants de l’île Grecque où ils ont échoué (que des Français ou presque, normal...), les considérant tous comme des fornicateurs déviants, et ne voyant aucun paradoxe à lui-même étaler ses déviances en y entraînant sa pauvre et jeune épouse qui ne semble pas très bien savoir ce qu’elle fait là...
La suite ne sera qu’une plaisante suite d’activités saines en tout genre : voyeurisme, sado-maso, zoophilie, homophobie, douche dorée, massacre de pédés à coups de sabre, de hippie violeur à coup de harpon, de vieille peau libidineuse à coup de pelleteuse ( !) et enfin une manière fort originale de moderniser la tradition ancestrale du lynchage...

Il faut le voir pour le croire, d’autant que le tout garde un cachet visuel 100% garanti porno soft sous le soleil, avec une musique assourdissante et surmixée composée de tubes Disco/Variétoche avec des insensés qui HURLENT leurs paroles ( Attention, vous risquez d’avoir la chanson finale dans le crâne pendant tout le restant de la semaine)...
Devant un public à trois grammes estampillé Nanarland, ce film deviendrait culte car tout y est pour satisfaire un regard méprisant et moderne...
Mais je m’interroge, car c’est justement cette perspective biaisée qui risque de faire mal juger la chose. Mine de rien, on se retrouve devant un truc salement déviant pour l’époque, et qui quelque part pervertit joyeusement les codes du cinoche de boule des seventies (comme on en diffusait un chaque dimanche soir il y a quelques années sur M6), en offrant des plans sortant véritablement d’une carte postale, alors que les protagonistes ne parlent que de meurtre passé et futur, et que la voix off narquoise et fanatique du play-boy serial killer se heurte à l’harmonie dégueulante de couleurs des décors...
Même la fin, avec quelque part le passage obligé de la vengeance s’abattant sur le couple meurtrier, confronté à plus vicieux qu’eux, sera teinté d’ambiguité...

Non franchement, même s’il est difficile de garder son sérieux devant la facture visuelle (et surtout sonore) de la chose, on ne peut nier qu’il s’en dégage quelque chose de jouissivement déviant, et d’assez inédit dans le concept... Si on ajoute la plus que charmante actrice principale, voilà une pépite certaine et culte pour ma part, mais qui souffre réellement d’être considérée avec un regard moderne et hautain...
Avant de vous gausser, rappelez-vous des séquences comiques insupportables et de la musique désuète de LA DERNIERE MAISON SUR LA GAUCHE...
L’époque voulait ça certes, mais moi je dis qu’un film où on tue deux fois de suite une gouine junkie (ça s’appelle du Corpse-Killing...) après avoir enculé une chèvre parce que votre sœur refuse de baiser avec vous, ça mérite tout autant le statut culte que la pelloche de Craven...

Arsongod