Ichi
The Killer
(Takashi Miike) - 2001
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A la première vision de l’œuvre, il est bien difficile de s’y
retrouver entre tous les personnages. Nous avons donc Kakihara, catapulté
Leader du clan Anjo après la disparition inexpliquée de
son boss, une sorte d’androgyne aux goûts vestimentaires douteux
et à la démarche de culbuto, adepte de scarifications
en tout genre, s’étant lui-même agrandi la bouche tel le
Gwynplaine de Hugo, à l’attitude imprévisible et constamment
décalée avec les évènements, véritable
anti-héros du film (au contraire du manga où il n’était
qu’un second couteau). On peut voir en Ichi The Killer une grosse bande foutraque, provoc et SM avec ses multiples scènes de torture et bondage, ou l’équarissage particulier de Ichi qui utilise des lames dissimulées dans les chaussures de sa combinaison-cuir kitsch pour découper ses adversaires, en plus de laisser des tâches de foutre (vrai, au passage) sur chaque lieu de ses méfaits. Une sorte de néo-polar Tokyoite ou des personnages hystériques errent, se rencontrent et s’entretuent sans véritables raisons… Mais il y a plus dans cette pelloche déviante, qui apparaît au détour d’une scène où un cadavre percé d’aiguilles est abandonné, coincé dans une télé, en pleine rue, sans que les passants semblent s’en soucier le moins du monde. Divers plans d’un Tokyo étouffant et insalubre, où les personnages semblent constamment épiés par des caméras de surveillance invisibles témoignent de ce fait. Ichi The killer est fun et décomplexé du gland, mais c’est aussi un film traitant de la solitude la plus crasse, ainsi que de quelquepart la recherche du bonheur… Si Kakihara cherche par tous les moyens à retrouver le boss
du clan Anjo, ce n’est pas pour honorer quelque rite d’honneur Yakuza,
c’est parce que ce dernier était le seul à le tabasser
« avec amour »… En effet, Kakihara aime autant torturer
les autres que servir de punching-ball, et ne cherche rien tant qu’à
insuffler de l’amour dans la séance de bondage qu’est devenue
sa vie… En y regardant à deux fois, Miike ne nous présente que des personnages névrosés et frustrés, errant pour mieux se retrouver, livrés à une vie/survie violente et tous destinés à une mort brutale et vaine, empêtrés dans leurs contradictions… Un dernier aspect fait également presque penser à une tragédie antique trash, tant divers liens familiaux (fantasmés ou non) apparaissent entre les personnages, alors qu’un mystérieux personnage tire les ficelles en arrière-plan, donnant naissance à de nombreux quiproquos et à des personnages sympathisant alors que la logique de leur condition veuille qu’il soient tôt ou tard destinés à s’écharper, ce qui arrivera dans un final où tous convergeront vers une tour d’immeuble, et, au lieu d’admettre leur évidente filiation, ne serait-ce que par les frustrations qui les rongent, choisiront finalement de tous s’entretuer, le tout s’achevant dans un plan final à la fois brutal et poétique, furieusement dépressif… Ichi The Killer est donc une bande culte, à la fois hilarante, dépressive, Trash et finalement spleenesque, qui ravira les âmes en peine ayant besoin de se frapper la tête contre les murs pour vérifier si ils sont toujours en vie…
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