Funny Games
(Michael Haneke) - 1997

Sur fond de musique classique, nous découvrons , le long d’une route de campagne Autrichienne, une brave famille vaguement aisée se livrer aux joies d’un blind-test musical typé Wagner-Beethoven. Le père et la mère échangent de banales plaisanteries, tandis que le bambin à l’arrière sourit de toutes ses dents…Tout ici pue le bien-être, l’assurance de la petite bourgeoisie, les jours heureux, et je suis même sûr que le père ne se tape même pas la bonne pendant que la mère initie son bambin à la petite gâterie du réveil…Bref, une famille unie ,chiante comme la mort et qui n’a rien à cacher…
Et c’est pile au moment où on aboutit à cette réflexion que la musique classique est brutalement éjectée par une compo bruitiste de John Zorn (si seulement le réal avait été initié au grind, l’impact en aurait été décuplé) tandis que le titre du film apparaît brutalement dans un lettrage dégueulasse et rouge sang…La petite famille continue son bonheur comme si de rien n’était à l’écran en sourdine, mais le pervers devant son écran jubile déjà, et ça, le réalisateur le sait bien…mais nous y reviendrons…

La petite famille s’apprête donc à passer les vacances au bord d’un lac accueillant, et le brave toutou de service s’extirpe de la grosse bagnole de papa avec un bel allant…Juste le temps de faire coucou aux voisins (qui semblent en pleine discussion avec deux personnages inconnus) et la petite famille s’installe, le sourire plein la gueule…
Mais voilà que débarque déjà le voisin venu rendre la politesse, accompagné d’un étrange jeune homme tout de blanc vêtu, avec d’étranges gants de la même couleur aux mains…Les présentations sont à peine faites et les deux hommes partis, qu’alors que le père et le fils s’amusent à mettre à l’eau le voilier personnel de la petite famille, la mère en pleine cuisine voit débarquer un deuxième personnage, lui aussi tout de blanc vêtu et muni de gants, qui lui demande des œufs en dépannage…Comment est-il entré dans la propriété sans que personne ne s’en aperçoive ?

Bon, le réal, à la précédente carrière jusque-là adulée d’une certaine presse bobo de tout bord, plaide coupable : son projet était de pondre un film agressant littéralement le spectateur pour le faire réfléchir sur son rapport à la violence telle qu’elle est montrée au cinéma…Un but très moral et humaniste-chrétien sous couvert de violence gratuite tout compte fait…Voyons toujours ça…dans une optique pervertie évidemment.
WARNUNG, ceux qui veulent se garder le plaisir intact arrêteront de lire ici, une telle entreprise mérite qu’on déflore les tenants et aboutissants du film. Vous voilà prévenus.

Les deux jeunes tout de blanc vêtus, sous couvert de leur extrême politesse et de leur langage châtié, de leur maladresse, et de leurs réactions plus qu’étranges, s’avèreront deux beaux exemples de psychopathes « tranquilles », car dépourvus de tout mobile ou trauma et donc étrangers à toute excuse…pour le spectateur. Et Haneke le sait bien, lui qui a imposé aux deux types ( impressionnants spécimens de têtes à claque qui plus est) de jouer dans un registre comique, pendant que les acteurs jouant la famille étaient censés en rajouter dans le premier degré et le jusqu'au-boutisme viscéral…Le réal veut bousculer et même si comme nous le verrons la mécanique est indubitablement faussée quelque-part, on peut toujours y trouver son compte…

L’ambiance dégénère donc vite fait entre la petite famille et ces deux jeunes bizarres qui réclament des œufs mais ne cessent de les briser au sol « par maladresse » et qui plus est ont comme par hasard trouvé le moyen de fusiller « par inadvertance » l’unique téléphone de la maison…
Quand le patriarche hausse le ton, il se retrouve vite avec une jambe brisée avec sa propre canne de golf, puis tout ce petit monde est vite rapatrié dans le salon, où les deux types en blanc, toujours avec cette même politesse insupportable, déclarent que le restant de la journée et la nuit vont être consacrés à des « funny games »…Le premier jeu sera de jouer à « chaud-froid » pour retrouver le cadavre du chien…Mais bientôt, le jeu prendra une plus grande dimension et les deux jeunes proposeront un pari à leur manière : ils parient qu’aucun membre de la famille ne survivra à la nuit qui s’annonce…

Ce film a donc fait grand débat chez la critique cinématographique française à 99% coincée du fion : pensez donc : un réal se permet de filmer comme un docu on ne peut plus clinique, la destruction physique et morale d’une famille par deux jeunes qui n’ont aucune raison d’agir ainsi. De plus, les dits psychopathes se permettent des apartés où ils s’adressent directement à la caméra, et apostrophent le pauvre spectateur qui est censé s’interroger sur son statut de voyeur !!! Et je ne vous parle pas de la fameuse séquence où le réal relie la toute-puissance des bourreaux à la toute puissance de l’image…
Bref une méthode franchement critiquable car extrêmement lourde et bien-pensante dans le fond, mais le pervers s’appesantira alors sur la forme, et il verra alors une pelloche FROIDE où deux jeunes abrutis s’amusent à torturer pour le fun une famille typique insupportable de normalité, et où AUCUN espoir n’est permis…
Il faut de plus avouer que l’interprétation est au diapason, jouant beaucoup sur le contraste entre la bonhomie des bourreaux et la détresse des victimes, jusqu’au bout de la folie nocturne…Un film à voir tout seul à jeun pour en apprécier le sel, puis à diffuser en plein repas de famille, surtout si s’y trouve un couple d’imbéciles heureux tendance poussette-labrador…Les plus pervers d’entre nous feront la gueule certes, car il y a cent fois plus extrême sur le même thème mais quelle belle manière de pourrir une ambiance bienséante…
Amusant que ce brave moraliste d’Haneke aie pondu une pelloche qui pourrait presque servir d’alibi à de nombreux jeunes serial-killers en devenir…


Arsongod