Sur
fond de musique classique, nous découvrons , le long d’une route
de campagne Autrichienne, une brave famille vaguement aisée se
livrer aux joies d’un blind-test musical typé Wagner-Beethoven.
Le père et la mère échangent de banales plaisanteries,
tandis que le bambin à l’arrière sourit de toutes ses
dents…Tout ici pue le bien-être, l’assurance de la petite bourgeoisie,
les jours heureux, et je suis même sûr que le père
ne se tape même pas la bonne pendant que la mère initie
son bambin à la petite gâterie du réveil…Bref, une
famille unie ,chiante comme la mort et qui n’a rien à cacher…
Et c’est pile au moment où on aboutit à cette réflexion
que la musique classique est brutalement éjectée par une
compo bruitiste de John Zorn (si seulement le réal avait été
initié au grind, l’impact en aurait été décuplé)
tandis que le titre du film apparaît brutalement dans un lettrage
dégueulasse et rouge sang…La petite famille continue son bonheur
comme si de rien n’était à l’écran en sourdine,
mais le pervers devant son écran jubile déjà, et
ça, le réalisateur le sait bien…mais nous y reviendrons…
La petite famille s’apprête donc à passer
les vacances au bord d’un lac accueillant, et le brave toutou de service
s’extirpe de la grosse bagnole de papa avec un bel allant…Juste le temps
de faire coucou aux voisins (qui semblent en pleine discussion avec
deux personnages inconnus) et la petite famille s’installe, le sourire
plein la gueule…
Mais voilà que débarque déjà le voisin venu
rendre la politesse, accompagné d’un étrange jeune homme
tout de blanc vêtu, avec d’étranges gants de la même
couleur aux mains…Les présentations sont à peine faites
et les deux hommes partis, qu’alors que le père et le fils s’amusent
à mettre à l’eau le voilier personnel de la petite famille,
la mère en pleine cuisine voit débarquer un deuxième
personnage, lui aussi tout de blanc vêtu et muni de gants, qui
lui demande des œufs en dépannage…Comment est-il entré
dans la propriété sans que personne ne s’en aperçoive
?
Bon, le réal, à la précédente
carrière jusque-là adulée d’une certaine presse
bobo de tout bord, plaide coupable : son projet était de pondre
un film agressant littéralement le spectateur pour le faire réfléchir
sur son rapport à la violence telle qu’elle est montrée
au cinéma…Un but très moral et humaniste-chrétien
sous couvert de violence gratuite tout compte fait…Voyons toujours ça…dans
une optique pervertie évidemment.
WARNUNG, ceux qui veulent se garder le plaisir intact arrêteront
de lire ici, une telle entreprise mérite qu’on déflore
les tenants et aboutissants du film. Vous voilà prévenus.
Les deux jeunes tout de blanc vêtus, sous couvert
de leur extrême politesse et de leur langage châtié,
de leur maladresse, et de leurs réactions plus qu’étranges,
s’avèreront deux beaux exemples de psychopathes « tranquilles
», car dépourvus de tout mobile ou trauma et donc étrangers
à toute excuse…pour le spectateur. Et Haneke le sait bien, lui
qui a imposé aux deux types ( impressionnants spécimens
de têtes à claque qui plus est) de jouer dans un registre
comique, pendant que les acteurs jouant la famille étaient censés
en rajouter dans le premier degré et le jusqu'au-boutisme viscéral…Le
réal veut bousculer et même si comme nous le verrons la
mécanique est indubitablement faussée quelque-part, on
peut toujours y trouver son compte…
L’ambiance dégénère donc vite fait
entre la petite famille et ces deux jeunes bizarres qui réclament
des œufs mais ne cessent de les briser au sol « par maladresse
» et qui plus est ont comme par hasard trouvé le moyen
de fusiller « par inadvertance » l’unique téléphone
de la maison…
Quand le patriarche hausse le ton, il se retrouve vite avec une jambe
brisée avec sa propre canne de golf, puis tout ce petit monde
est vite rapatrié dans le salon, où les deux types en
blanc, toujours avec cette même politesse insupportable, déclarent
que le restant de la journée et la nuit vont être consacrés
à des « funny games »…Le premier jeu sera de jouer
à « chaud-froid » pour retrouver le cadavre du chien…Mais
bientôt, le jeu prendra une plus grande dimension et les deux
jeunes proposeront un pari à leur manière : ils parient
qu’aucun membre de la famille ne survivra à la nuit qui s’annonce…
Ce film a donc fait grand débat chez la critique
cinématographique française à 99% coincée
du fion : pensez donc : un réal se permet de filmer comme un
docu on ne peut plus clinique, la destruction physique et morale d’une
famille par deux jeunes qui n’ont aucune raison d’agir ainsi. De plus,
les dits psychopathes se permettent des apartés où ils
s’adressent directement à la caméra, et apostrophent le
pauvre spectateur qui est censé s’interroger sur son statut de
voyeur !!! Et je ne vous parle pas de la fameuse séquence où
le réal relie la toute-puissance des bourreaux à la toute
puissance de l’image…
Bref une méthode franchement critiquable car extrêmement
lourde et bien-pensante dans le fond, mais le pervers s’appesantira
alors sur la forme, et il verra alors une pelloche FROIDE où
deux jeunes abrutis s’amusent à torturer pour le fun une famille
typique insupportable de normalité, et où AUCUN espoir
n’est permis…
Il faut de plus avouer que l’interprétation est au diapason,
jouant beaucoup sur le contraste entre la bonhomie des bourreaux et
la détresse des victimes, jusqu’au bout de la folie nocturne…Un
film à voir tout seul à jeun pour en apprécier
le sel, puis à diffuser en plein repas de famille, surtout si
s’y trouve un couple d’imbéciles heureux tendance poussette-labrador…Les
plus pervers d’entre nous feront la gueule certes, car il y a cent fois
plus extrême sur le même thème mais quelle belle
manière de pourrir une ambiance bienséante…
Amusant que ce brave moraliste d’Haneke aie pondu une pelloche qui pourrait
presque servir d’alibi à de nombreux jeunes serial-killers en
devenir…
Arsongod