Ex-Drummer
2007 (Koen Mortier)

Bienvenue à Ostende, la ville la plus déprimante au monde. Que même Béla Tarr ne voudrait pas y mettre les pieds. Dans l’ennui, on suit trois handicapés qui demandent à un batteur de monter avec eux un groupe rock afin de remporter un concours pathétique. Lorsque ce dernier les rejoint, il n’est pas au bout de ses surprises. Sensationnel et sensationnaliste, le film présente des personnages glauquissimes et donne à humer du purin existentiel en bobine.        

Ex-DRUMMER est un film culte, à tous les niveaux. Et le pire c’est qu’il le sait, voire même qu’il a été conçu comme tel. Quand dès le début du film vous avez un plan-séquence entier qui se déroule à l’envers ET au ralenti, cherchez pas, c’est que le film se veut culte. La plupart du temps ça foire. Mais pas ici…    

Dire que ce film m’a foutu une putain de pêche serait un euphémisme : je n’en ai carrément pas dormi de la nuit, me repassant en boucle certaines séquences dans le crâne, et m’interrogeant même sur les motivations du personnage principal, qui constitue la grosse énigme du film par son comportement totalement imprévisible…

Faut dire qu’il est bien entouré dans son groupe, baptisé The Feminists sur un coup de tête, et composé uniquement d’handicapés légers et de cas sociaux lourds…

Entre le chanteur qui vit (littéralement) à l’envers, et qui ne passe pas une journée sans tabasser une gonzesse, tout en se tapant la mère obèse du guitariste, qui lui retient son père dans une camisole de force au grenier, pour des raisons obscures…  

En plus de ça il est pédé comme un phoque, et ne se gêne pas pour laper ses conquêtes d’un soir en pleine répète… Le bassiste est légèrement plus normal dans sa déchéance, vivant dans une porcherie avec sa junkie de femme et un gosse au milieu qui n’a que de la dope comme nourriture…               

Tout ce petit microcosme va être perturbé par l’arrivée du « héros » de cette caustique histoire, un écrivain apparemment célèbre vivant dans un bel appart high tech avec sa coquine de femme, qui n’a rien contre les joyeux plans à trois avec des étudiantes…             

Contre toute attente, il se révèlera par son attitude imprévisible encore pire que les autres réunis, à ceci près que lui peut échapper à cet univers de misère quand il veut…
Veut-il « se souiller » au contact des autres comme il le prétend ? Utiliser ses comparses pour écrire un bouquin sur eux à leur insu ? Renouer avec un passé rock’n roll qu’il a fui ? On en saura rien, et la fin assez déconcertante du film fera qu’on se posera pas mal de questions et qu’on pourra en débattre entre bons cinéphiles…

En attendant, on a une petite pépite trash comme on en voit peu dans une vie : tout n’est que saleté, haine, laideur, traumas, mensonges, violence, provoc à tous les étages, mis en images d’une manière ultra maîtrisée et accrocheuse, qui trahit clairement que le réal vient de la pub. Pensez donc : on sent clairement que certains plans ont uniquement été faits pour vendre des posters !     

Et tout le film pue l’arrogance triomphante d’un gars qui sait très bien ce qu’il fait, qui n’a presque que des scènes cultes avec des dialogues cultes à proposer, et qui se doute que la première chose qu’on a envie de faire à la fin du film est de se le retaper derechef, un petit malin…       

Et surtout, ce film est avant tout HILARANT et véritablement JOUISSIF dans son déroulement, rappelant indéniablement la première fois que tout un chacun a visionné un C’EST ARRIVE PRES DE CHEZ VOUS ou un BERNIE, et s’en rappellera toute sa vie comme d’une expérience à part…           

Et puis des concerts de rock locaux comme il s’en déroule dans le film, toute personne un tant soi peu attirée par la crasse aimerait en vivre au moins un dans sa vie… Ah oui pour ceux qui se demandent, c’est bien Arno qui vient s’encanailler à la fin du gig…            

Nan vraiment, allier une maîtrise cinématographique totale à des situations et des persos aussi trash (sans compter que le film est bourré de détails), c’est du jamais vu depuis…bah un autre film belge avec un certain Poelvoorde…

Je vais me pencher sérieusement sur les bouquins de l’auteur dont le scénario est inspiré, aurais-je trouvé un Bukowski Flamand ?                
Et surtout, à quand le split THE FEMINISTS / SIX MILLION JEWS ? Et le tout en live près de chez moi ?
Un putain de film Rock’n Roll, dans son côté le plus malsain, consanguin et fier, cherchez plus il est là le Mal avec un grand S…

Arsongod