« Dai Nippon Jin » aka « Big Man Japan », est le premier film de Hitosi Matumoto, et est un hommage au genre Tokusatsu ( série télé ou film à petit budget ayant des « supers héros » super grand, et des « supers méchants » en costumes fait par leurs grands-mères, comme ultraman, bioman et toute la clique).
Ce film est en quelque sorte un « vie ma vie de super héros » : un tokyoïte moyen « Dai Saîto » suivi par une équipe de journalistes recueillant des informations sur sa vie, son entourage, son œuvre. Sa vie.
Tourné comme un reportage docu-télé-réalité ce film nous montre la vie routinière et chiante de Dai Saîto, japonais fade et inintéressant au possible, d’une mauvaise fois outrageante, mais qui est doté de supers pouvoirs. Perpétuant ainsi, la tradition familiale en se battant contre des super monstres et, sauvant la ville au péril de sa vie. Un héros quoi…
Le problème est qu’il est complètement dénigré par ses concitoyens, aucune reconnaissance… vraiment une ingratitude flagrante, Hancok à côté il peu aller pleurer sa mère…
Petite précision, comme tout film japonais, il est caractérisé par une « zénitude » passive, de grands plans larges long de plus de trois minutes, où il ne se passe absolument, rien… pas même une mouche qui en sodomise une autre. Ceci pour renforcer, évidemment, l’idée que la vie de ce pauvre type est littéralement chiante…
Au départ on est un peu décontenancé face à ce vrai/faux documentaire et l'on se demande encore où veut en venir Matsumoto. Pour peu qu’on ait envie de se prendre la tête des questions fusent comme : quelle est sa démarche ? Pourquoi cette volonté de faire une docu-fiction molle de la guibole et surtout sans aucun sens du rythme ?
On est à mi-chemin entre un vrai documentaire journalistique et un épisode de « vie ma vie » en free lance, le résultat donne lieu à quelques passages bien pensés et excessivement drôles (la fenêtre brisée par un objet lancé à deux reprises, gag hallucinant ! ! ! si, si, je vous assure c’est drôle ! )
En début de métrage, les questions politiques côtoient d'autres questions d'une banalité incroyable ("Vous aimez le froid? Comment s'appelle votre chien? Préférez vous les Etats-Unis ou l'Europe?"), comme pour rendre encore plus ridicule et pathétique à la fois les journalistes mais aussi Dai Sato et son entourage.
Ensuite le film se lance dans le pur Kaiju décomplexé où l'humour est du au look « nanardesque » des vilains monstres : la bestiole rose bouchant la circulation donne lieu par exemple à un échange verbal digne de « l’Inspecteur harry ».
Mais peut- être est ce là, la force du film. Ce cassage de rythme entre les scènes de combat Titanesque avec des dialogues à la bioman, et la vie monotone et dépressive du héros.
Parfois on a droit à un petit moment de documentaire à la sauce « strip-tease », comme la séquence avec sa fille affublée d'une mosaïque pour qu'on ne la reconnaisse pas. C’est un petit bijou de "confession intime". Même les journalistes on l’air d’amateurs...
Mais dire que Dai Nippon Jin n'est qu'une parodie du film de monstre serait aller vite en besogne : l'équipe de journalistes est là pour décanter chaque situation, en évoquant le souvenir ou le passé de Dai Sato. Son père expérimentait sur lui tout un tas de trouvailles. On apprend aussi que le grand-père appartenait lui aussi, à la famille des « gars costauds » (comprenons par là, la forme gigantesque qu’il prenait lorsqu'il recevait une grande quantité de court-jus).
Le film montre alors des journaux télévisés d'époque où ce personnage hors du commun est affublé d'un slip ( sûrement un clin d’œil à Muscleman, pour ceux qui s’en souviennent) . Dai Sato, c'est la cinquième génération de "gars costauds" mais à la différence de son grand-père, celui-ci est sponsorisé et coaché par un manager. La classe, donc ! Ce « sponsoring » est ni plus ni moins qu’un clin d’œil a notre société de surconsommation où la publicité et les sponsors régissent notre vie et nos achats (j’arrête là le discours de hippie - alter - eco)
Néanmoins Dai Nippon Jin fait preuve de poésie mais aussi de malice. Dans son discours, qui n'épargne rien ni personne (après avoir tué un enfant monstre, Dai Sato n'aura aucun remord), tout comme ce pauvre grand-père revenu aider son petit fils avant de recevoir le coup de grâce par ce dernier lors d'un combat acharné contre un diablotin en fin de métrage.
Très grand moment de cinéma à lui tout seul, la parodie des Tokusatsu (dans le genre séries télé de super héros à la Ultraman ou Power Rangers) usant de faux décors et délaissant les effets spéciaux (très efficaces pour autant ) pour des costumes en plastique évoque avec un humour proprement gigantesque ces fameuses séries télé qui ont bercé notre enfance, avec une autodérision qui force le respect : il faut voir Dai Sato s'incruster timidement dans le lynchage pur et dur du diablotin par une bande de super-héros en slip pour le croire. Pour terminer le film le réalisateur à eu l’idée de passer en vitesse "old school", comme pour terminer sur une note pleine de fraîcheur et de dérision.
Peut être pour donner un nouveau souffle, lorsque le film semblait s'emmêler les pinceaux dans l'enchaînement de "combats de titans" jusqu'à ne plus trouver de fin.
Nilfheim