Come And See (Requiem pour un Massacre)
1985 (Elem Klimov)

COME AND SEE, ce n’est pas un film de guerre au sens propre, c’est plus un film de massacre, de génocide, une vision hallucinée et superbe de l’enfer sur Terre.
COME AND SEE, c’est un début qui peut surprendre par son côté furieusement « âme russe » tout en éveillant déjà l’intérêt par son ambiance onirico-grotesque.
COME AND SEE, c’est une bande-son qui déjà en 1985 fait dans le neo-folk-martial-noise, le tout aux accents du Requiem de Mozart, car il n’y a pas de personnages, juste des morts en sursis, ou des morts errants qui refusent d’admettre l’inévitable (quitte à s’enfoncer la tête dans un marais boueux sous l’œil de la Mort Éternelle version épouvantail).
COME AND SEE, ce sont des séquences toutes gravées dans la mémoire, renvoyant aussi bien à des gravures de Goya qu’à Otto Dix, une galerie de tronches rongée par la peur, la haine, la folie.
COME AND SEE, c’est une Devochka filmée tour à tour comme une veuve inconsolable, un cadavre animé déjà convoité par les mouches, une gamine nubile et charnelle s’offrant à la pluie, dansant sur un vieux poste-radio hurlant sa propagande, un bout de viande sanguinolent errant sur une terre ravagée après avoir ouvert ses cuisses à la Bête Immonde.
COME AND SEE, c’est un ballet funèbre d’explosions de mortier, de balles virevoltant dans les ténèbres, de panzers ivres au schnaps et un choeur de mines en adagio, qui tiendrait de l’Expérience Vitale sur grand écran…
COME AND SEE, c’est un acteur principal de treize ans qui a dû être suivi psychologiquement pendant le tournage de neuf mois pour ne pas définitivement sombrer, alors qu’il devait courir pour perdre du poids, à moitié se noyer dans un marais croupi, se dissimuler sous un cadavre de vache menaçant de l’étouffer, pendant que de vrais tirs de canons-mitrailleurs fonçaient au dessus de sa tête, et que des obus s’écrasaient près de lui.
COME AND SEE, c’est un massacre final renvoyant directement à celui de SALO de Pasolini, où la beauté du génocide programmé rejoint l’hystérie collective du fanatisme halluciné, avant une séquence finale faussement rédemptrice qui explose sur une chorale funèbre qui n’a jamais été aussi bien employée qu’ici, pour souligner que la descente ne fait que commencer… L’hiver approche…
COME AND SEE, où le film qui, si le titre n’avait pas déjà été pris, aurait mérité son nom au panthéon cinématographique de VOYAGE AU BOUT DE L’ENFER…

Arsongod