Au premier siècle de notre ère, Caligula est convoqué à Capri par son grand-père adoptif, Tibère, l'empereur de Rome. Il est accompagné de son meilleur ami, Macro, commandant de la Garde Prétorienne.
Craignant pour sa vie, Caligula répond à toutes les exigences de Tibère. Puis, alors que le vieil homme se repose, il demande à Macro de le tuer. Caligula hérite alors de la couronne et s'empare du pouvoir.
Nouvel empereur de Rome, Caligula fait de Gemellus, le petit fils de Tibère, son fils héritier. Il s'empresse de se débarrasser de Macro qui devient gênant et continue à entretenir des relations incestueuses avec sa soeur, Drusilla. Celle-ci lui conseille d'épouser une romaine respectable mais Caligula choisit Caesonia, une prêtresse d'Isis aux moeurs légères. La folie auto-destructrice de Caligula va faire trembler le sénat et le pouvoir Romain tout entier...
CALIGULA chez moi, c’était un peu une affaire de famille… Amusant de voir que mon père préférait me prêter ce film plutôt que de me laisser voir un LA DERNIERE MAISON SUR LA GAUCHE de Craven ou un LES CHIENS ENRAGES de Bava, me jugeant trop « dérangé » pour voir ces derniers… C’est vrai, mieux vaut voir un film avec de l’inceste, de la torture, des orgies et de la déviance en tout genre, tant que ça fait « historique » et que ça permet de faire le lien avec les vieux Penthouse filés en même temps en tant qu’héritage générationnel, ah ah ah…
Quand dans le making of ultra sentencieux du film, on voit la gueule des gens derrière ce film, avec Brass et sa dégaine de pédophile moyen et Guccione en über-pimp, on se dit que définitivement c’était une autre époque…
Faire littéralement un « pornbuster » qui puisse en plus être considéré comme un film d’auteur, ce n’est pas donné à tout le monde… Et pourtant ce vieux pervers de Brass y parvient, avec l’aide de braves producteurs/maquereaux insérant plus tard et sans sa permission des scènes porno ma fois assez bandantes (enfin, à part les scènes homos évidemment). Franchement, les inserts porno de Guccione et Ricardo Lui ne m’ont pas gêné du tout et apportent un peu plus d’ambiance décadente au récit selon moi.
On suit donc les aventures d’un Malcolm Mc Dowell hystérique retraçant les folles facéties de Caligula César, jeune garçon bien sous tout rapport comme on aimerait nous le faire croire, forniquant avec sa sœur et tentant de tuer le César d’avant comme tout bon héritier qui se respecte… Il n’y a guère que la première scène, sorte de chromo pour païens de salon montrant les amants interdits folâtrer dans les bois, qui sera calme de tout le film… Le reste ne sera que bruit, fureur et lubricité à tous les étages.
De Suétone et Gore Vidal, Brass retient le concept d’ « anarchie du pouvoir »… A savoir que Caligula, ayant tous les pouvoirs et droit de vie et de mort sur n’importe qui, va s’acharner à détruire son propre royaume coûte que coûte, institution par institution, jusqu’à la rébellion des haut-fonctionnaires qui décident d’agir de manière radicale. Il est jouissif de voir Dowell foutre un bordel pas possible dans son royaume en allant encore plus loin que ce dégénéré de Tibère (Peter O Toole délivre une interprétation géniale) en installant un bordel dans le palais et en prostituant les femmes des sénateurs, en léguant son royaume à sa sœur incestueuse, en changeant le sexe de son enfant, dormant avec son cheval, transformant le salut romain en fist-fucking royal et en humiliant sa propre armée en la faisant se battre contre des roseaux… Telle une rock star jusqu’au boutiste, Caligula fait le ménage autour de lui en baisant tout ce qui bouge et en se débarrassant du reste, loyal ou pas (si tant est que la loyauté veuille dire quelque chose dans l’univers du film).
Le tout reconstitué avec une énergie baroque et kitschissime (dans le bon sens du terme) évoquant Fellini, Peter Greenaway, Ken Russell mais aussi Jodorowski (la magnifique séquence de la gigantesque faucheuse de têtes, le meilleur moment du film selon moi…) dans des décors monumentaux. Le tout est très théâtral et toutes les séquences sont composées comme autant de tableaux à étages, sans souci aucun de réalisme, au grand dam de Gore Vidal d’ailleurs, qui voulait un métrage le plus réaliste possible.
La chose est ultra violente pour l’époque, le sang et le foutre (apport des deux coquins de producteurs et réalisateurs improvisés) coulent à flots et la beauté globale de la chose coupe le souffle, à tel point que je me rappelais de certaines séquences par cœur alors que j’avais vu le film une première fois il y a plus de dix ans…
Les femelles sont bien excitantes, avec des physiques naturels, et leurs ébats sont de toute beauté, au milieu de freaks divers et autres symboles phalliques omniprésents. Theresa Ann Savoy compense sa tronche bizarre par un corps parfait et Helen Mirren nous fait oublier son pif disgracieux quand elle se livre à sa suave danse nuptiale…
Soyons francs, le côté « héroïque » de Caligula voulu par les auteurs du film ne passe pas vraiment à la première vision du film, tant on est impatient de voir jusqu’où sa folie va aller, dans un crescendo hystérique après la mort de sa sœur puis de son errance dans les bas-fonds de la cité, d’où il ramènera un barbare ahuri et jovial en guise de garde du corps. Il est quand même jouissif de le contempler précipiter la ville entière dans sa folie fornicatrice et revancharde, le tout dans un processus d’auto destruction dont il finit par prendre conscience, comme le prouvera la très gore scène finale et son ultime provocation devant ceux qu’il sait être ses bourreaux mais qu’il s’empresse de confronter, le sourire malicieux aux lèvres.
Définitivement une rock star que ce Caligula, dans un excellent film aux scènes marquantes et fortement plaisantes dans leur excès de violence et d’érotisme baroque, un film témoin d’une époque où on pouvait se permettre beaucoup de choses et de libertés disparues de nos jours dans le domaine cinématographique…
Arsongod