LE MYTHE DE THULE

III - LE SOLEIL DE FEU

AVEC RICHARD WAGNER RENAÎT THULÉ

Les Normands avaient joué un rôle capital dans le retour vers l'esprit de Thulé. Pas plus que la Manche, le Rhin n'allait être une frontière pour les idées. Le XIXè siècle sera désormais dominé en Allemagne par un prodigieux mouvement de recherche sur les origines, non seulement de la Germanie, mais aussi du monde indo-européen, c'est-à-dire de l'Hyperborée.

Arthur de Gobineau, un des premiers et peut-être même le premier, a exprimé cette idée à la fois très ancienne et très nouvelle d'une réalité commune ancestrale. Il se soucie fort peu, dans cette perspective, des « accidents » historiques, finalement superficiels, que sont le christianisme et le nationalisme. Cela était, certes, trop insolite pour son siècle et son pays. Tocqueville prédit donc que son oeuvre reviendra en France par l'Allemagne et Renan invoque la compréhension de ce pays pour le problème des origines et l'attachement des Germains à leurs « racines primordiales ».

La vérité historique forçait pourtant de constater que l'impulsion première était venue de France, et plus singulièrement de Normandie.

Seulement, chez nous, Paris avait, comme autrefois Versailles, tout gâché. Différence essentielle qui remontait peut-être à la trahison du roi franc Clovis s'installant dans sa capitale avec la complicité de l'évêque Rémi. Goethe l'a fort bien dit, dès 1828, en découvrant les méfaits de la centralisation parisienne: « Cela serait-il arrivé si la belle France, au lieu d'un grand centre unique, cri avait dix d'où émanent la lumière et la vie? Par quoi l'Allemagne est-elle grande, sinon par cette culture du peuple, bien digne d'être admirée, qui a également imprégné toutes les parties de l'Empire. »

Centralisation parisienne et provincialisme allemand

En France, la vie littéraire exprime les idées à la mode dans les salons parisiens. Il faut briller pour faire carrière, amuser les hommes et séduire les femmes. Ce qui est sérieux est qualifié de pesant. On accepte à la limite les causeurs, mais on ne lit pas leurs oeuvres. Barbey d'Aurevilly le saura mieux que personne. La province ne fait que refléter Paris. Il ne peut rien s'y créer. Les « beaux esprits méprisent le peuple ». À Paris, on tremble devant les ouvriers et en province, on brocarde les paysans. On rirait de ces frères Grimm qui ont eu l'idée d'aller recueillir les contes de Bécassine. Les vrais savants, ces érudits locaux qui ont sauvé au siècle dernier le patrimoine national, à commencer par Arcisse de Caumont, sont tenus à l'écart, ignorés, pris pour des fous. Les Parisiens qui font la mode ironisent sur tout ce qui est « populaire ». La Normandie ne dépasse pas les planches de Deauville. Les indigènes restent invisibles. Facilement méprisants pour qui n'est pas citadin, les Français de Louis-Philippe on de Napoléon III sont les plus conservateurs des hommes. Ils maintiennent quelques ,soupapes de sûreté pour se donner l'air d'être libéraux et tolèrent les excentricités vestimentaires romantiques comme le fameux gilet rouge de Théophile Gautier. Mais ils haïssent les novateurs, les originaux, les pionniers. On peut sourire de tout. Mais il est dangereux d'attaquer les idoles. 

Soyez anticléricaux, mais respectez le Christ. Soyez pacifistes, mais saluez le drapeau tricolore. Soyez d'origine provinciale, mais habitez Paris. Plus encore que dans les exils de sa carrière diplomatique, un homme comme Gobineau a vécu dans les exils de la société mondaine. Son ami Tocqueville a fort bien résumé l'attitude de l'immense majorité des Français: « Ce que vous dites est peut-être vrai, mais ce serait trop affreux et contraire à la religion chrétienne ». Il fallait, pour accueillir des idées à la fois si anciennes et si nouvelles, une singulière liberté d'esprit. Gobineau la trouvera à la cour de Hanovre.

En ce sens, l'Allemagne du XIXè siècle apparaît radicalement différente de la France. Elle a fini par prendre au sérieux - comme elle prend tout au sérieux - les idées libertaires du siècle précédent. Un libre examen recoupe le tempérament protestant et nordique. L’érudition n'est pas un handicap mais une nécessité. La minutie reste une règle absolue, jusqu'à la pesanteur. l'Allemagne demeure un pays de petites principautés. Les cours royales se piquent d'intellectualisme. Il existe une bonne trentaine d'universités provinciales, établies de préférence dans des petites villes vouées à l'étude comme Iéna, Gôttingen ou Heidelberg. On y travaille à l'écart des bruits du monde.

Le Herr Doktor Professor est un personnage à peu près inconcevable en France, où il ferait la joie des caricaturistes, toujours prompts à se gausser des Cosinus et autres Nimbus. Autant la pensée française reste soucieuse d'arriver à la conclusion, le plus rapidement et le plus clairement possible et en soignant le bel effet de style, autant la pensée allemande apparaît réflexive et interrogative.

Ce n'est point un hasard si la philosophie européenne s'identifie presque totalement avec la philosophie allemande. Le Français brille et l'Allemand bûche.

Des Indo-Européens à l’aryanisme historique

L’apparition d'un essai comme celui de Gobineau produit un effet considérable outre-Rhin. En France, ce n'est qu'une fantaisie brillante qui fait plus sourire que frémir. En Allemagne, c'est un livre fondamental. Il apporte la première exposition logique d'une intuition capitale: l'élément biologique donne l'explication centrale des déroulements historiques. Une libre recherche, débarrassée de tous les tabous sociaux, politiques ou religieux triomphe, indéniablement, avec l'oeuvre de ce diplomate français d'origine normande. Il va faire école.

Désormais, les études linguistiques, biologiques, archéologiques, historiques vont connaître en Allemagne un essor, avec lequel ne peut rivaliser aucun autre pays d'Europe.

Dès 1808, Frédéric Schlegel avait suivi la vole splendidement inaugurée par Anquetil-Duperron, plus de vingt ans auparavant. L’Allemagne découvre la littérature et la pensée indiennes: elles soutiennent la comparaison avec la pensée et la littérature grecques. Le moment n'est pas encore venu, en ces premières années du XIXè siècle d'en montrer la parenté profonde et la commune origine «nordique». Mais Schlegel n'en exalte pas moins le panthéisme des Ancêtres. Il estime qu'une même « Allergotterei » unit Inde et Grèce et il va jusqu'à célébrer « la déification des grands hommes et des saints personnages». Ce singulier historien de la littérature ouvrait une vole royale qui devait, à travers le romantisme et l'érudition, retrouver le chemin de Thulé.

Désormais, les savants allemands, à l'image de Gobineau, vont associer les termes d'Indo-Européen et d'Arya, ce qui, dans le vocabulaire védique, signifie noble. La linguistique conduit à la reconstitution d'un monde disparu. Cela ne va pas sans erreur et sans excès. Mais la démarche générale restitue à sa vraie place l'antiquité nordique et démontre la lutte millénaire du Septentrion et de l'Orient. Le fanatisme n'est pas loin dans cette recherche du peuple primitif, qui préoccupait déjà si fort ce pauvre Bailly dans sa correspondance avec Voltaire. Les Allemands de ce XIXè siècle orgueilleux s'identifient avec l'origine même de la vie et de la foi. « Nous seuls sommes le peuple vivant, écrit Fichte. Nous sommes le peuple primitif (Das Urvolk), le vrai peuple de Dieu ». Hegel ne fera que conforter ce discours. Désormais, linguistique et mythologie concourent à la renaissance de Thulé.

La rencontre de l'écrivain normand et du dramaturge saxon

Si Arthur de Gobineau devait avoir une indéniable influence sur tant de savants allemands, après la fondation de la Gobineau-Vereinigung en 1894, par le Pr Ludwig Schemann, il reste pourtant le créateur d'un mythe bien davantage que le bâtisseur d'un système. La science, en cette renaissance de l'esprit de Thulé, compte moins que l'art, malgré l'obstination minutieuse de tant d'érudits, désormais attachés aux origines hyperboréennes. Le plus illustre « disciple » de Gobineau sera finalement Richard Wagner.

Les deux hommes se sont rencontrés pour la première fois en 1876. Gobineau a soixante ans et Wagner est seulement de trois ans son aîné. Peu après, l'auteur de l'Histoire d'Ottarjarl assiste à une représentation à Berlin de L’Anneau des Niebelungen et se montre enthousiasmé. Il séjourne à Wahnfried, peu avant sa mort, et ne reprochera ait maître de Bayreuth que son «christianisme latent » qui avait déjà provoqué la rupture Wagner-Nietzsche). Cela reste pourtant une ombre légère dans cette amitié, tout entière dominée par des communes hantises nordiques. Le musicien offrira un de ses livres à l'historien, avec une dédicace éloquente :

Das wäre ein Bund
Normann und Sachse,
Was da noch gesund,
Dass das blühe und wachse

[Q’une ligue se forme entre Normand et Saxon. Qu’elle atteigne sa pleine vigueur. Qu’elle fleurisse et s’épanouisse.]

Richard Wagner apporte à la renaissance du rêve hyperboréen le poids colossal d'un génie indiscutable et fulgurant. Le Festspiethaus n'est pas tant une salle de spectacle qu'une véritable église, temple d'un culte insolite où les fidèles célèbrent à la fois la mémoire du musicien le plus admiré comme le plus haï de tous les temps, et aussi la nostalgie d'une foi ancestrale. Chaque année, le festival de Bayreuth demeure un événement religieux, même si les célébrants versent de plus en plus souvent dans l'hérésie. Le monde de Wagner n'est chimérique que pour les renégats. Pour les fidèles de Thulé, il parvient à restituer intégralement une émotion disparue partout ailleurs que dans ce haut lieu privilégié. En ce sens, Bayreuth apparaît comme une véritable île, une Thulé continentale. Thomas Mann a dit assez justement que la salle du festival était un « théâtre de Lourdes, une grotte miraculeuse au coeur de l'Europe. »

Cinquante mille ouvrages, assurent les spécialistes, ont été consacrés à Wagner qui demeure un des plus prodigieux géants de tous les temps. À la fois prophète et grand-prêtre, il célèbre sans fin son propre personnage et un germanisme idéalisé. Le monde wagnérien reste un monde mythique, c'est-à-dire, finalement, plus vrai que l'Histoire. Il se situe hors du temps, précisément dans l'univers toujours présent de l'éternel retour.

Le héros wagnérien, Rienzi, Tannhauser, Tristan, Siegfried, Lohengrin ou Parsifal, devient alors plus vrai que n'importe quel personnage historique. Il n'appartient pas au passé, mais s'élance vers le futur, par l'identification exemplaire à laquelle peut se livrer chaque wagnérien. La musique, dans cet opéra total, exalte, c'est-à-dire crée un élan qui va bien au-delà de l'émotion artistique. Ainsi, l'art de Richard Wagner apparaît, à qui sait le déchiffrer, comme très fidèle à la jeunesse révolutionnaire de l'auteur du Niebelungenring.

Le plus lointain passé inspire l'art de l'avenir

Né le 23 mai 1813, à Leipzig, celui qui devait, avec splendeur et orgueil, restituer dans toute sa puissance émotionnelle, le mythe de Thulé, apparaît fort hésitant dans sa jeunesse. Non qu'il doute de son génie. Mais il ne sait encore comment l'exprimer. Peinture? Poésie? Musique? Finalement, il rêve d'une fantastique synthèse de tous les arts et fera de l'opéra une célébration tout autant qu'un spectacle.

Pendant trente années, Wagner va mener la vie nomade d'un Viking impécunieux, courant de ville en ville et de pays en pays, pour fuir ses créanciers et imposer ses idées. On le verra à Wurtzburg, à Magdeburg, à Riga, à Paris. Un naufrage sur les côtes de Norvège lui a inspiré le Vaisseau fantôme.Déjà, apparaissent les grands thèmes wagnériens de la nostalgie et de la rédemption. Dresde recueille pendant quelques mois cet Allemand exilé qui s'affirme saxon et ne vit plus désormais que pour exalter la sensibilité germanique, hyperboréenne, dans un mélange barbare et magnifique de paganisme et de christianisme. Les événements de 1849 feront de ce mystique un émeutier, bien vite réduit à l'exil. Il rompt avec la Société, avec le siècle, avec la bourgeoisie. Il se retrouve seul. C'est-à-dire souverain. Sa volonté de puissance ne connaît plus de limites. Il va créer le « drame musical ». Le wagnérisme est né.

L’échec de Tannhäuser à Paris, en 1861 creuse un fossé qui ne sera jamais réellement comblé. Les wagnériens, en France, resteront toujours suspects. Sur les bords du Rhin ou dans les rites de Vienne. Il veut restituer l'Allemagne des confréries, celle qui a sauvegardé, à travers tout le Moyen Âge, l'esprit même de Thulé. Louis II, le « roi fou » de Bavière rendra possible une nouvelle transmission de l'antique héritage. La fosse d'orchestre délivre une sorte de message chiffré « gothique » semblable à celui que les initiés découvrent dans certaine crypte de cathédrale. La tétralogie, le célèbre Niebelungering va soudain rendre vie aux émotions et aux légendes enfouies au plus secret de la terre germanique.

Un jeune étudiant germano-italien, Pierluigi Locchi, trouve une explication cohérente du mystère « Wagner », il expose une lucide analyse de la conversion des païens germaniques, francs ou saxons, et de ses conséquences secrètes : « L’Église étendant et durcissant son empire, tous les éléments opposés au christianisme se réfugièrent dans l'inconscient collectif. Cet inconscient qui était païen et relevait avant tout du paganisme germanique trouvait précisément dans la musique son lieu de rassemblement. Celle-ci devint alors le véhicule et le masque de mythes inexprimables au grand jour. »

Ce mythe - qui se confond parfaitement avec le mythe même de Thulé. C'est le sens même de l'art wagnérien, qui exprime avalant tout une idée du monde, une Weltanschauung. Il faut exalter le peuple, pour lui rendre conscience de son identité: la musique, avec Wagner apparaît à la fois individualiste et communautaire; elle révèle et elle relie. Elle devient exaltation et doctrine. Ce qu'on va appeler le cercle de Bayreuth, le Bayreuther Kreis, répand cette idée essentielle de la renaissance de l'Histoire par la découverte des origines communes. Parsifal devient ainsi la célébration du Sang et de la Vie. Richard Wagner y retrouve la vieille identification médiévale du Graal et de Thulé.

Un Britannique découvre l'unité des Celtes, des Germains et des Slaves

Cet homme, singulier entre tous, se nomme Houston Stewart Chamberlain. D'origine britannique, puis de nationalité allemande, il da an fond d'autre patrie que cette Thulé hyperboréenne, dont 'e poursuivais inlassablement la Quête et dont il devait retrouver les fondements dans un livre essentiel intitulé justement Die Grundlagen des Neunzehnten Jahrhunderts paru en 1899 à Munich et traduit en français dès 1913, à la veille même de la Première Guerre mondiale, sous le titre La Genèse du XIXE siècle.

Né le 9 septembre 1855, à Southsea près de Portsmouth, ce fils d'un amiral de Sa Majesté dont la famille serait passée de Normandie en Angleterre, au XVIle siècle, lors de la révocation de 1 'Édit de Nantes - mène d'abord une vie studieuse mais errante, qui le conduira jusqu'à Bayreuth. En épousant Eva, une des filles de Richard Wagner, Houston Stewart Chamberlain devient à jamais le serviteur de l'oeuvre de son illustre beau-père. Mais ce qu'il va défendre ce n'est pas tant l'idée du drame musical que la foi profonde dont il se réclame. Chamberlain va devenir une sorte de Gobineau germanique. Mais faire de Houston Stewart Chamberlain un «pangermaniste » serait finalement aussi malhonnête que de faire de Gobineau un «raciste». Mais il est, certes, plus facile de les défigurer que d'étudier des livres, qui, d'ailleurs, restent ardus et marqués par leur époque.

Face à l'universalisme autoritaire et égalitaire, qui nie toute différence entre les hommes, la protestation d'un Gobineau ou d'un Chamberlain apparaissait comme un ultime sursaut de l'individualisme. Défendre l'intégrité et l'autonomie des personnalités ethniques, quelles qu'elles soient, c'est refuser la forme la plus dangereuse et la plus sournoise du génocide. Les Hyperboréens ont, eux aussi, le droit de vivre et même de revivre. Les procès posthumes ne changent rien à ce qui fut, en leur temps, le cri de la vérité scientifique et de la liberté ancestrale.

Chamberlain - comme Gobineau - reste un défenseur acharné, comme le dira le préfacier de l'édition française de son principal essai, de l'individualisme sous tous ses modes, même collectif. S'il oppose parfois le nationalisme au cosmopolitisme, il refuse pourtant les vieilles nations comme l'Angleterre et même l'Allemagne. Il se veut uniquement européen, et dans un sens tout à fait « hyperboréen » c'est-à-dire nordique. Il exalte, par-dessus des frontières sans signification profonde, une même communauté qu'il nomme, puisqu'il faut bien la nommer: «celto-slavo-teutonne,>. Le terme importe peu. Ce qui compte, c'est la réalité. Elle recoupe parfaitement l'Hyperborée de l'Antiquité et l'Aryanisme de son siècle. Chamberlain, pas plus que Gobineau, ne se limite à l'Empire allemand de son temps quand il évoque le Règne - ou Reich - des Germains. Les philologues savent quel est le domaine des langues indo­européennes et les anthropologues connaissent l'aire de la race dolichoblonde.

Quand ces réalités se recoupent, le gendre de Richard Wagner parle de monde germanique. Mais, dans son esprit, il ne sépare jamais les Celtes et les Slaves des Germains. Chamberlain croit, sans aucun doute, à l'unité primitive du monde hyperboréen. Il ne cesse pourtant d'analyser le lent processus de différenciation, qui aboutit à des querelles fratricides. Ces Barbares, divisés contre eux-mêmes, parviennent alors, instinctivement pourrait-on dire, à repousser les poisons de l'Imperium romain de la décadence. Césarisme, absolutisme, universalisme, ils n'ont qu'une réponse, même si elle signifie aussi leur faiblesse collective: l'individualisme.

Désormais, dès le Haut Moyen Âge, une lutte à mort s'engage entre le germanisme et le«romanisme», mais l'opposition reste plus spirituelle que «raciale» ou géographique. L’Église a pris la succession de l'Empire. La réaction «barbare» du Nord contre le Sud demeure, à travers toutes les péripéties historiques. Chamberlain se range dans le camp des Gaulois vaincus à Alésia, des Germains vainqueurs dans la Teutoburgerwald et des Slaves écrasés en Lituanie par les croisés de l'Ordre teutonique. Il exprime toute la protestation libertaire de l'éternelle Thulé. Aussi, pour les nationalistes français va-t-il apparaître à la fois comme un «Prussien» et comme un anarchiste.

Désormais, tout redevient possible. En cette aube du XXe siècle, la lutte est ouverte. Wagner a rendu à Thulé le glaive et les éclairs d'une éternelle tragédie. Le royaume magique de Thulé reste à construire. L’œuvre de Chamberlain comme celle de son beau père, s’ouvre à une idée de « rédemption », ce qui la différencie totalement du désespoir gobinien.