
LA SURVIE SECRETE DE THULE
Désormais, nous étions vaincus. Nous descendions, à notre tour, dans ces catacombes que sont pour les hommes du Nord les forêts profondes. Le grand essartage commençait. Nos dieux devaient fuir les clairières et les sources. Nos fées devenaient sorcières. Les flammes des bûchers ne cessaient de crépiter. Mais, peut-être, au secret de la vieille forêt germanique, restait-il encore quelques initiés et une poignés de fidèles ? Pourtant, même si l’on se raccroche au moindre espoir que Thulé n’avait pas pu mourir. Il faut continuer a se méfier de toutes les coïncidences, si vite transformées en certitudes par les naïfs chercheurs de la foi des ancêtres. Les compagnons-batisseurs héritiers des « Godi » germaniques Les néo-païens pensent qu’il y’aurait un lien entre l’esprit de Thulé et les confréries de la franc-maçonnerie. Selon eux, l’Atlantide n’est pas un lieu, mais une science. Elle a été sauvée par les Germains et les Celtes. Ces deux peuples avaient des prêtres, les Goden ou Godi, les hommes de Dieu. Ces prêtres dépositaires de l’esprit de Thulé animaient des confrérie de guerriers, les Männerbunde. Ce sont les « associations d’hommes libres » dont parle Tacite dans Germania. Ces petits clans étaient à l’origine de notre chevalerie médiévale. « Quand un guerrier s’est distingué par son courage, les jeunes gens s’associent à lui et se font ses compagnons, ses fidèles. Chaque chef a sa troupe qu’il doit armer et nourrir, avec laquelle il marche au combat. Les fidèle son unis par des liens intimes et il y a infamie pour le guerrier qui survit à son chef mort dans la bataille. » Un véritable pacte du sang liait ces hommes dont les « bandes » semblaient vivre selon des rites particuliers, mystérieux et sacrés. On peut voir en eux les garants des libertés nordiques. Ils maintiendront longtemps les vertus de l’individualisme, contre toue volonté politique de centralisation et d’autorité. Charlemagne a cru tout noyer dans le sang, mais on ne détruit pas ainsi une foi. L’idée que notre tradition a été gardée par des sociétés secrètes est bien présente. Ces sociétés secrètes héritières directes des Männerbunde est toujours tenues en mains par les Godi. Elles ont durés pendant tous le Moyen-Age, sous couvert des confréries de bâtisseurs. Ceux qui ont construit les cathédrales restaient d’authentiques fils de Thulé. C’est l’origine des Franc-Maçonnerie. Les Guildes gardaient aussi les traditions nordiques. Au début l’Eglise n’étaient pas hostile à toutes ces corporations, car elle croyaient les contrôler. On retrouve toujours les trois étages de l’initiation : les apprentis, les compagnons et les maîtres. Tout cela à duré jusqu'à la guerre de Trente ans. On utilisait alors couramment les runes dans les symboles de l’héraldisme. Mais cette guerre a marqué une rupture. Désormais, il manque une génération pour servir de lien. Toute cette science devient alors occulte. La Maçonnerie s’est retournée contre ses ancêtres et l’Eglise a exercée une domination absolue. Il a fallu tout retrouver et revenir au vieux savoir. Jusque là l’explication paraît assez cohérente, mais en approfondissant leur raisonnement, ils en viennent à dire que la Bible est un livre autant hyperboréen qu’hébraïque. Beaucoup de textes sont d’origine atlante. Tous est dans les nombres et les signes. Les runes permettent de capter les rayons cosmiques. Il faut oublier le matérialisme pour revenir au spiritualisme. La preuve de ce qu’ils avancent seraient les labyrinthes et les souterrains, que l’on trouverait sous les maisons de ces mystérieux compagnons-bâtisseurs, qui nous auraient gardés, pendant des siècles d’obscurantisme, les secrets de Thulé. Mais malheureusement ces maisons ont été systématiquement rachetées par les jésuites et les francs-maçons. Le vrai secret de Thulé reste la conservation du sang Cette vision néo-païenne est plein d’une bonne volonté touchante. Mais on ne peut quand même pas tout expliquer par l’ésotérisme et le coup de pouce des sociétés secrètes millénaires.D’un point de vue historique, on imagine assez peu, que les Männerbunde de la Germanie primitive aient pu survivre clandestinement pendant plusieurs siècles. On imagine des confrérie d’initiés, des rites mystérieux, si ce n’est des liens homosexuels. Il y’a toujours ce goût de l’insolite et de l’anormal. La réalité semble beaucoup plus simple. Le caractère se transmet par l’hérédité, tout autant que la couleur des yeux. Pourquoi disparaîtrais, alors cet esprit de liberté et d’individualisme qui caractérise, dès son origine, le monde des Hyperboréens ? Il n’est pas besoin d’une organisation plus ou moins clandestine. Tant que leur nature biologique ne changent pas, les hommes gardent les mêmes réflexes. Sur les rivages de la mer du Nord et de la Baltique, le peuplement est demeuré tel qu’en lui-même pendant cinq millénaires. Le vrai secret de Thulé ce n’est pas la création d’une société secrète, mais la conservation du sang, c’est-à-dire, finalement, de l’esprit. Tout le monde médiéval
est dominé par le conflit du pape et de l’empereur. Les Guelfes
et les Gibelins poursuivent la vieille lutte de Rome contre Thulé.
Mais dans un conflit sans doute plus politique que religieux. Certes
Frédéric Barberousse est un géant. Mais ses compagnons
de croisade Philipe Auguste et Richard Cœur de Lion ne manquent pas
non plus de stature. Et le grand bonhomme du Moyen-Age germanique c’est
quand même Fréderic II de Hohenstaufen, empereur d’Allemagne,
roi des romains, de Sicile et de Jérusalem. Il rêve de
devenir imperator mundi, l’empereur du monde. Cette ambition le situe
finalement entre Charlemagne et Napoléon, sans pour autant le
rapprocher de Thulé. Un bon point, on le dit fort peu chrétien :
il sera excommunié par le pape. Mais cette une pratique tellement
courante à l’époque. Il reste, certes, la fameuse phrase :
« Moïse, Jésus et Mohamet, ces trois grands imposteurs… ».
Mais pour satisfaire ses ambitions impériales, il n’hésite
pas à s’allier avec les Arabes. Il sera aussi l’instigateur de
la grande croisade contre les Borusses, ces derniers païens d’Europe. Les Teutoniques mènent la grande croisade contre les derniers païens d’Europe C’est un des épisodes les moins compris de l’histoire maudite des descendants de l’Hyperborée. Protecteur des Teutoniques, Fredéric II devait bénéficier de toutes les propagandes. Les catholiques le félicitent pour sa conversion des païens de Lituanie, les nationalistes allemands le revendiquent comme le précurseur du Drang nach Osten ! et les ésotéristes cherchent à en faire l’initié de quelque mystérieux pouvoir occulte. Le Hohenstaufen cherche à exterminer les derniers fidèles de Thulé. Il faudra toute la propagande nationaliste allemande, obsédée par le conflit entre les Germains et les Slaves, pour justifier ce brigandage. Toute cette imagerie des chevaliers au blanc manteau et à la croix noire paraît d’autant plus néfastes que ce sont les Lituaniens et les Borusses qui conservent alors le culte de nos vrais dieux. Une fois encore, des Germains seront les artisans de la ruine du vieux monde nordique. Les chevaliers teutoniques ne sont pas seulement les soldats de l’empereur, il sont aussi les croisés de son ennemis le Pape. Ils ont massacré ceux qui adoraient encore les dieux du feu et de l’eau. Certes, ils sont plus conquérants que missionnaires et l’historien et dramaturge prussien August von Kotzebue avoue dans son livre Preusses ältere Geschichte, qui date de 1811 : « Malgré des recherches minutieuses dans les archives de l’Ordre, je n’ai trouvé aucune preuve que les chevaliers aient jamais cherché à répandre la foi chrétienne. Ils voulaient conquérir un pays et non point un peuple ; établir leur domination et non point faire régner l’enseignement du Christ. » Il faudra l’intervention des Mongols de la Horde d’Or pour que les teutoniques reprennent soudain un rôle européen, face à l’Asie . A leur appel des chevaliers accourent de tous l’occident, et la bataille s’engage à Liegnitz en 1240. Cette bataille est peu connue, plus de dix mille hommes, venus de tous les pays d’Europe, de l’Andalousie à l’Ecosse et de la Sicile à la Bohême, y perdront la vie sur le champ de bataille. Plus d’un siècle plus tard, en 1380, le Russe Dimitri Donskoï prendra la relève des Teutoniques et réussira à battre les asiatiques de la Horde d’Or à Koulikovo. Désormais, face à l’Orient, ce sont les Slaves qui forment le barrage. De l’équipée Teutonique, on ne retient finalement qu’un fait : leur longue croisade a détruit, par le fer et le feu, les derniers païens d’Europe. Quelques survivants irréductibles se réfugient sur les îles d’Œsel et de Rühno. Sur les rivages baltiques se terminait l’histoire visible de Thulé. Les dieux ne vivaient plus que dans les marais et les bois. Ils se cachaient encore dans ces nuages, courant sur un ciel embrasé par tous les incendies. Pour vaincre les Teutoniques, Jagellon, le renégat polonais s’est converti au christianisme. A Vilna, capitale des derniers païens, le souverain fait éteindre le feu sacré qui brûlait depuis des siècle. Le temple est détruit et le bois divin livré aux flammes. Désormais, les hommes du Nord
n’avaient plus le droit d’allumer de la lumière la nuit devant
les sources ni de se réunir pour chanter dans les clairières.
L’Eglise triomphante l’interdisait. Ainsi, le paganisme avait succombé
après mille années de résistance. Jagellon, en
imitant Constance, avait trahi la foi de ses pères et livré
l’ultime place forte où vivait encore l’esprit de Thulé. Le protestantisme triomphe ou défaite de l’esprit du Nord ? Bien entendu, la religion païenne n’a pas disparut du jour au lendemain, parce ce que ce polono-lituanien de Jagellon se convertir et se fait appeler Ladislas. Mais le fait que le protestantisme recouvre assez bien la carte du peuplement germanique, n’est pas pour autant une revanche. Il est vrai que les Prussien lors de la Réforme de Luther, abandonnent d’un seul élan, le catholicisme pour la religion réformée. La classe des prêtres se trouve brisée et chacun peut enfin retrouver Dieu au fond de lui-même. C’est un Mouvement d’orgueil qui rompait avec cette obéissance cadavérique si contraire a la foi du Nord. Il ne faut pas pour autant confondre la cause et l’effet . Certes, le protestantisme a poussé sur l’esprit même de Thulé. Mais les conséquences de la Réforme ont été, finalement, catastrophiques. Sans elle, le catholicisme, alors en pleine décadence, aurait été emporté facilement par le grand courant libérateur de la Renaissance. La Réforme protestante a provoqué la contre-Réforme catholique et obligé l’Eglise à reprendre une combativité qui devait longtemps assurer son triomphe temporel. De toute façon les protestants, les parpaillots ne remettaient pas en cause le christianisme dans ces fondements orientaux. Au contraire. La Bible devenait le livre saint. Alors que notre seul livre saint, c’est quand même l’Edda islandaise où sont rassemblées toutes les traditions de la mythologie scandinave. Le Protestantisme charrie le meilleur et le pire. Dans son Mythus, Rosenberg l’a un peu idéalisé, pour des raisons sans doutes plus politiques que religieuses. Il est vrai que ce néo-païen nazi arrivait aussi à justifier les Teutoniques au nom du Drang nach Osten ! Il ne faut pas oublier pas que le protestantisme devait aboutir à la Guerre des Paysans et à toute les folies sanguinaires des illuminés comme Thomas Münzer, le hippie messianique de l’anabaptisme. Retour du christianisme à ses origines révolutionnaires communisantes. « Aiguisez vos faucilles, la révolte est sainte », dit Münzer. Cette jacquerie aboutit à une débauche de massacres et de pillages, On est loin de l’esprit de Thulé ! La cavalcade des rois guerriers et philosophes Pour trouver le véritable esprit des hyperboréens, au sortir du tumultueux Moyen-Age. Il faut remonter vers le Nord. La brusque conversion des Suédois à l’appel de Gustave Vasa à toujours frappé, car il semblait que le paganisme restait encore bien proche, dans ce pays où abondent pierres runiques et arbres sacrés. Les Scandinaves se libèrent du catholicisme d’un seul élan. La « fameuse » gerbe de Vasa, emblème de son combat et de sa dynastie, affecte la même forme que l’arbre de vie païen, que les Scandinaves nomment Yggdrasill et les Saxons Irminsul. On retrouve encore ce symbole dans le mystérieux sanctuaire des Externseine, dans la région de Detmold. Quelques hauts rochers aux formes étranges ont, sans aucun doute, servi de lieu de culte solaire et provoque la venue des touristes et le souci des érudits. Ce n’est, certes, pas le premier temple païen à avoir été christianisé. Mais jamais récupération n’est apparue encore si nette que dans ce sanctuaire toujours mystérieux. On ressent comme un malaise a visiter ce lieu, qui garde quelque chose d’artificiel et de trop pittoresque. Contrairement aux symboles solaires moins évidents, comme ces roues gravées dans le bois des églises de Norvège ou sculpté dans le granit des tombes de la Hague en Cotentin. Finalement, le seul lien possible entre le monde de Thulé et le nôtre se trouvait dans notre propre instinct. Pour qui s’intéresse aux Suédois, il faut lire cette Histoire de Charles XII de Voltaire. Ces Carolins, que chantera plus tard ce romancier suédois, Werner von Heindenstam, sont de rudes bonhommes. Tandis que les Teutoniques de l’ouest ont crée la Prusse, d’autres sont restés dans l’est et se sont alliés aux Suédois. Des errants, plus ou moins aventuriers, écossais, danois et français les ont rejoints. Leur guerre contre Pierre le Grand, c’est encore une guerre civile entre les fils de Thulé. Mais quelle épopée ! Quand ils sont battus à Poltava en 1709, ils ont écrit une admirable saga de neige et de sang. La Révolution, réveil du paganisme où règne de l’utopie ? Quand Fréderic II se rend, en 1772, en Pèlerinage à Marienburg, pour marquer la filiation entre le vieil ordre teutonique et le jeune royaume prussien, il avait compris que la lutte était bien plus religieuse que politique. Déjà, les philosophes, les savants et les encyclopédistes faisaient de la bonne besogne pour dégager les sciences humaines de l’obscurantisme de Rome. Voltaire était présent à Sans-Souci. Voici un poème qu’il a écrit à Frédéric II de Prusse, en 1760, dans une correspondance :
A Berlin, la franc-maçonnerie « vieille-prussienne » gardait quelque trace de l’esprit de Thulé. A Londres où à Paris, un mouvement irrésistible de curiosité et d’indépendance allait peut-être ouvrir la voie. Voltaire avait eu le courage de dénoncer le jésuitisme, et cela, alors que le climat chrétien enveloppait l’époque. C’était la rupture nécessaire. Car la Révolution apparaît telle la Réforme : un sursaut du vieil esprit libre du Nord, vite gangrené par la chienlit égalitaire. Ainsi, la religion a été vite balayée. Tout cette tentative des poètes républicains pour revenir à la Nature, n’est pas pour déplaire. De même que le culte de la Raison qui vaut bien toutes les révélations et tous les mystères de l’Orient. Le calendrier de Fabre d’Eglantine avec des mois comme Brumaire, Pluviôse, Floréal ou Fructidor gardent une fraîche naïveté. Seulement quand on fiche par terre une religion, il faut mettre quelque chose à la place. Mais tous ces bonshommes des clubs, provinciaux renégats plus attachés aux pavés que n’importe quel Parisien, étaient bien incapables de retrouver le chemin de la vraie Nature. Ils ont fabriqués un culte en carton-pâte, une religion d’opéra, une mythologie gréco-romaine de musée. Tout cela sentait le renfermé et le moisi. Mais l’Eglise catholique se trouvait ébranlée et ce grand vide spirituel laissait inassouvi l’élan religieux qui sommeille chez tous les hommes. Napoléon a récupéré cette affectivité disponible. Hitler fera pareil. Dans le champ clos des défilés et des batailles, les âmes galopent. L’Anarchie révolutionnaire avait débouché su la dictature la plus classique. Rome triomphait à nouveau de Thulé. Le choc en retour n’allait pas tarder. Le fantastique réveil de la Prusse après 1806 va plus loin qu’une simple histoire allemande. En 1941, avait paru chez Sorlot, un petit livre consacré au Redressement de la Prusse après Iena, En voici un passage de Fichte : « Nous sommes des vaincus. Il dépendra de nous désormais de mériter le mépris. Il dépendra de nous de perdre, après tous nos autres malheurs, même l’honneur. Le combat avec les armes est fini. Voici que va commencer le combat des principes, des mœurs des caractères. » Après le désastre de 1871, avec le traité de Frankfort qui entérine la victoire Prussienne sur la France, le grand Renan n’allait pas dire autre chose, dans sa Réforme intellectuelle et morale. Et en 1918, Rudolf von Sebottendorff et ses fidèles de Thulé ne procéderont pas autrement, ils fonderont des sociétés de pensée, avant de se lancer dans l’aventure des corps francs. L’arme de Thulé, c’est l’esprit. Et que serait le monde que nous bâtirions si nous ne le bâtissions pas d’abord en nous-mêmes ? Le Romantisme annonce l’éternel retour du Soleil Scharnhorst et son élève Clausewitz, le général Gneisenau ou le philosophe Treitschke, tous ces personnages restaient animés à la fois par l’esprit d’indépendance et par l ‘esprit de service, étroitement unis. Ils avaient enfin résolu en eux-mêmes le grand conflit germanique de l’ordre et de la liberté. « Ma devise est l’unité », disait le baron Charles de Stein. L’esprit de tels hommes était animé par le grand souffle romantique du Nord. Le romantisme est celto-germanique, nordique en un mot. Les Français se veulent trop latins pour êtres romantiques. La Nature n’est pour eux qu’un décor et non un esprit. Exceptions, et ce n’est pas un hasard : le créateur du genre, le trop décrié Bernardin de Saint-Pierre, Normand, et le grand René de Chateaubriand, Breton. Victor Hugo sonne grandiose mais faux. Malgré ses Burgraves et ses châteaux du Rhin, ce n’est pas lui qui va retrouver le souffle de Thulé. Alfred de Vigny reste froid comme un iceberg et Lamartine ennuyeux comme un notaire. Alfred de Musset papillonne dans les salons. Il restera quand même Gérard de Nerval, ce Franc du Valois. Mais c'est en Germanie que va éclater le grand mouvement qui finira par rendre à notre terre la lumière du vieux Nord. Ce mouvement littéraire salvateur va redécouvrir une grande loi oubliée: il n'existe pas de vérité universelle et abstraite, mais des expériences originales et vécues. Le grand élan qui va réveiller la jeune Europe, dès le début du XIXè siècle, rend à chacun sa diversité. De Manzoni à Byron, tous ces adolescents secouent le joug du vieux monde, expriment les mêmes refus. Ils sont contre les idées mises à la mode par les plus utopiques des révolutionnaires et ne croient ni à la raison universelle ni au progrès illimité. Ils préfèrent les réalités de leur patrie et les traditions de l'Histoire. Au-delà d'un monde médiéval restauré, Ils retrouvent le souffle ancestral, même s'ils confondent encore leur élan religieux avec le christianisme. À Heidelberg, Achim von Arnim et Clemens Brentano vont chercher dans la poésie populaire, c'est-à-dire dans les campagnes, une nouvelle définition de l'État. Ils croient qu'il a existé un peuple primitif, un Urvolk, ce qui rejoint singulièrement la vieille croyance des Grecs et des Romains en l'Hyperborée. Avec eux, les frères Jakob et Wilhelm Grimm travaillent à retrouver la culture populaire germanique et célèbrent les vertus conjugués du sang et du sol. Ainsi, va naître l'idée de la parenté ethnique, ou Volkstum. Avant de devenir une véritable science, que le mot de folklore recouvre très imparfaitement, ce sera d'abord un élan du coeur. Le romantisme cherche à créer des mythes. Son chemin doit, tôt ou tard, croiser celui du retour vers Thulé. La redécouverte du paradis perdu hyperboréen, nous allons la devoir aux romantiques. Car ces poètes et ces conteurs germaniques de la grande génération du début du XIXè siècle exaltent, avant toute autre valeur, celle de la fidélité. Fidélité à soi-même, fidélité à sa langue, à son peuple et à sa lignée; fidélité aussi à la Création, qui redevient peu à peu, à travers les merveilles de la Nature, un reflet du vrai Dieu. Nul, mieux que Max von Schenkendorf, ne va exprimer, en 1814, ce sentiment de fidélité éternelle. Et il est singulier que son poème ait été mis en musique sur un vieil air de chasse français :
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