
LE PRINTEMPS DE LA VENGEANCE
En évoquant l'assassinat des sept otages de la Société Thulé, on en termine avec l'histoire réelle de cette mystérieuse confrérie. Walter Nauhaus se trouvait parmi les fusillés et son rôle avait été sans doute plus important encore que celui de Rudolf von Sebottendorff. Avec son regard aigu derrière le verre des lorgnons cerclés d'or et sa courte barbiche, ce 'cune artiste-peintre de moins de trente ans, grand mutilé de guerre, apparaît comme un véritable chef de la renaissance hyperboréenne. D'ailleurs, c'est lui, et aucun autre, qui a proposé de donner à la branche bavaroise du Germanenorden le nom de Thulé.. Nauhaus et ses six compagnons disparus, c'est une tout autre aventure qui commence. Le lendemain de l'exécution du Lycée Luitpold, en cette froide journée du 1er mai 1919, les deux camps semblent marquer une pause. Mais la capitale bavaroise se trouve totalement investie par les troupes gouvernementales et les corps francs. Le 2 mai, commencent les combats de rues. Ils vont durer jusqu’au lendemain, particulièrement acharnés dans le quartier de la gare. Plusieurs membres du Kampfbund de la Société Thulé seront tués au cours de l'action, entre autres le sous-lieutenant Wiedemann et le volontaire Karl Stecher. Le corps franc Oberland, incontestablement créé par Rudolf von Sebottendorff lui-même, pénètre dans la capitale bavaroise dans la nuit du 2 au 3 mal, à partir du Maximillianeum. Les volontaires sont de fort mauvase humeur, car une escarmouche près de Kolbemoor a retardé leur entrée dans la ville et tous craignent de passer pour des ouvriers de la onzième heure. Les corps francs font régner la loi du fer et du feu Rapidement, les hommes progressent le long des rues. L’état-major a décidé de s'installer dans les locaux mêmes de la Société Thulé, à l'hôtel des Quatre Saisons, pour bien marquer la filiation directe entre la société de pensée et le groupe d'action qu'elle a suscité. Il règne dans les salons du palace international une activité fébrile et les volontaires s'installent en vainqueurs, bien décidés àvenger l'assassinat de leurs camarades. Dès la libération de Munich, la Société Thulé a repris ses activités. Le 5 mal, alors que retentissent encore des coups de feu dans les faubourgs de la ville, où résistent des petits groupes isolés de gardes rouges résolus à lutter jusqu’à la mort, paraît un numéro du Münchener Beobachter. Tous les rescapés de la clandestinité sont invités à rejoindre Rudolf von Sebottendorff. À nouveau, se retrouvent les fidèles du vieux monde hyperboréen. Pourtant, un important changementallait apparaître n dans l'état d'esprit de la Société. Décidément, la disparition de Walter Nauhaus pesait très lourd. Déchiffrer les runes nordiques et chanter des refrains populaires deviennent des activités annexes, presque secondaires. L’heure de la libération est toujours l'heure de la vengeance. Le sous-lieutenant Kraus regroupe les hommes de son service de renseignement. Le temps de la clandestinité est fini. Celui de la répression commence. Les militaires prennent de plus en plus d'importance dans la Société Thulé, comme ils prennent de plus en plus d'importance dans la ville de Munich. La lutte semble terminée dans la capitale bavaroise. Pendant encore toute une semaine, cependant, les accrochages vont continuer entre les Rouges et les Blancs. La nuit, des patrouilles et des postes de police sont attaqués. Tous les gardes rouges n'ont pas été mis hors de combat ait cours des affrontements meurtriers qui ont marqué la prise de la ville. Des tireurs de toit manquent de peu de réussir un attentat contre le colonel von Epp, qui entend une balle siffler à ses oreilles. En ces premiers jours de mai 1919, la Société Thulé perd de son importance. Les initiés doivent céder le pas aux militaires qui ont rétabli, avec une poigne de fer, l'ordre dans la ville. Le rêve hyperboréen s'estompe devant la dure loi martiale imposée par ces revenants casqués. L’homme le plus en vue à Munich est alors le colonel Ritter von Epp. Ancien militaire colonial qui a participé à l'expédition de 1900 en Chine, dans l'armée internationale commandée par le maréchal prussien Waldersee, il a ensuite servit en Afrique, puis commandé un régiment de la garde royale bavaroise pendant la Grande Guerre. Franz Epp n'est pas un aristocrate d'origine, mais sa conduite au feu lui a valu la particule et le titre de Ritter, chevalier. Les plus hautes décorations militaires pendent sous son col, qu'il porte fort haut, à l'ancienne mode. Il apparaît vite comme un homme inflexible qui méprise tout ce qui n’est pas l'ordre militaire mais garde cependant un cote populaire, qu'il doit sans doute à ses origines modestes et à un long service dans les corps de troupe, loin des mondanités et des intrigues d'un état-major quel déteste. Un lansquenet balafré se proclame « soldat politique » L’officier-adjoint du colonel Ritter von Epp est le capitaine Ernst Röhm. Il n’a que trente-deux ans, mais paraît plus âgé avec sa courte silhouette épaisse tailladé de cicatrice. Rôhm appartient à la race éternelle des lansquenets. La défaite en a fait un orphelin et un aventurier. Sa nostalgie de l'Allemagne impériale l'a lancé depuis six mois dans tous les complots. Fils d'un modeste employé des chemins de fer, ce guerrier-né a trouvé d'instinct dans l'armée l'Ordre dont rêve tout adolescent. Son origine prolétarienne l'a d'abord desservi au sein d'une caste on abondent les officiers à particule. Il ne possède pas ce von qui lui ouvrirait bien des portes. Mais il sait qu'il n'y a finalement qu'une seule aristocratie qui s'impose: celle du courage. Il a toujours été au premier rang dans les combats de la Grande Guerre. Et dans les coins les plus malsains du front. Le capitaine Rôhm, chef d'une troupe d'assaut, est entré le premier au fort de Vaux, lors de la bataille de Verdun. Grièvement blessé à la face et décoré de la croix de fer , il cultive désormais sa légende: « Soldat, rien que soldat. » Mais ce bagarreur est assez intelligent pour comprendre que dans l'Allemagne de la défaite et de la révolution, être soldat est aussi un acte politique. Il s'attachera donc désormais à politiser l'armée et à militariser la politique. Car, son but final, c'est une force populaire et non pas cette minuscule armée de métier que les vainqueurs veulent imposer à l'Allemagne. L’adjoint du colonel Ritter von Epp, qui ne se cache pas d'être un bon vivant, fréquente les tavernes et s'entoure d'une cour de jeunes admirateurs qui partagent ses passions et ses moeurs. Ce n'est un secret pour personne, à Munich, que le capitaine Rôhm préfère les garçons aux filles, mais il n'est pas une exception dans ce milieu militaire qui se réclame tant de Sparte. Le corps franc prend un titre très officiel et devient la Bayerische Schutzenbrigade, la brigade de tirailleurs bavarois. C'est une troupe solide, aussi bien équipée que n'importe quelle unité de l'armée traditionnelle. Ce qui diffère, c'est l'esprit. Le capitaine Rôhm veille à ce que les volontaires ne soient pas des recrues, comme le furent naguère les conscrits de l'armée impériale. Seuls, désormais, sont capables de bien se battre, dans une inévitable guerre civile, des «soldats politiques». Le terme est nouveau. Il rejoint pourtant assez bien les préoccupations de Rudolf von Sebottendorff et des fidèles de la Société Thulé. « Il faut que le soldat apprenne à penser et à agir politiquement, écrit Rôhm, sinon il est inutilisable dans des fonctions qui comportent des responsabilités. » L’officier qui a servi fidèlement le roi de Bavière pendant huit ans de paix et presque cinq ans de guerre, dans une armée régulière, se veut désormais un militant plus qu'un militaire. Il lui importe peu de devenir un jour un hors-la-loi, car il n'a plus désormais d'autre loi que celle de son clan. Un Allemand né en Égypte s'inscrit à l'université de Munich En ce printemps 1919, le Baron ne manque pas d'atouts dans son jeu. Propagandiste clandestin du gouvernement Hoffmann pendant la rude époque de la République des Conseils, inlassable recruteur de volontaires pour le Kampfbund, puis pour le corps franc Oberland, inspirateur de multiples sociétés de recherche traditionnelle et de deux partis politiques, le DAP bavarois d'Anton Drexler et le DSP franconien de Jullus Strelcher, le baron Rudolf von Sebottendorff n'est plus seulement le chef d'un petit groupuscule ésotérique. Des hommes de la Société Thulé se sont glissés à des postes de commande dans tous les milieux extrémistes. La «carrière »de 1'un d'eux mérite d’être souligner, tant elle semble exemplaire du destin de tant de jeunes Allemands de cette époque. Rudolf Hess vient d'avoir vingt-cinq ans et ses études ont été interrompues par la guerre et la révolution. Son grand-père a émigré naguère en Éupte, où son père, Fritz Hess, a créé un important comptoir commercial. Rudolf naît à Alexandrie le 26 avril 1894 et commence par suivre les cours du lycée français. À douze ans, ses parents décident de l'envoyer poursuivre ses études en Allemagne. Le jeune Rudolf sera pensionnaire à Bad Godesberg, en Rhénanie, dans une école protestante. À quinze ans, il quitte l'Allemagne pour la Suisse, car son père a décidé de le confier à l'École supérieure de commerce de Neuchâtel. La volonté familiale est de faire de lui un marchand. Mais le jeune Allemand d'Égypte s'intéresse bien davantage aux mathématiques et aux sciences astrologiques qu'aux balances commerciales. C'est un garçon tetu, rêveur, d'un idéalisme parfois exalté. À la déclaration de guerre, il vient d'avoir vingt ans et se trouve employé dans une firme commerciale de Hambourg. Il s'engage aussitôt dans le ler régiment bavarois d'infanterie par fidélité au pays natal de sa mère, la Bavière. Il part pour le front avec l'enthousiasme des jeunes Allemands de sa génération et participe à de durs combats. Il sera blessé une première fois. Puis une seconde. Les poumons sont touchés. Le volontaire de guerre Hess est déclaré inapte à servir dans l'infanterie. Il refuse cependant d'être démobilisé et présente une demande de mutation dans l'aviation. Il parvient à entrer dans ce corps prestigieux et s'impose comme pilote de chasse. Au moment de la défaite, il a gagné au feu ses épaulettes de lieutenant. Il erre désormais dans les rues de la capitale bavaroise, à la recherche d'un groupe d'hommes partageant ses hantises sur l'esprit germanique et l'éternelle Hyperborée. Il rencontre alors Rudolf von Sebottendorff et se trouve admis dans la Société Thulé et dans le Kampfbund créé dès l'armistice par les fidèles du Baron. Il participe à la prise de Munich, dans les rangs du corps franc de Regensburg, mais sera à nouveau blessé à la jambe lors des combats de rue. Au printemps 1919, c'est un convalescent qui songe à s'inscrire à l'Université, pour y suivre les cours d'histoire et de géographie politique du Pr Haushofer. En attendant la reprise normale des cours, il arpente les rues et les tavernes de Munich, à la recherche de l'homme providentiel qui pourra tirer son pays de la misère et reforger le glaive de Siegfried. Le corps franc « Oberland » échappe à la Société de Thulé De tels hommes ne sont pas rares dans l'atmosphère troublée de Munich, qui semble devenir le rendez-vous de tous les « Réprouvés» d'une Allemagne fiévreuse. La Bavière devient un arsenal et une poudrière. Dans cette citadelle de la contre-révolution, la Société Thulé, air lieu de progresser, semble peu àpeu se dissoudre, comme si elle avait rempli sa mission historique en donnant au Mouvement le sang des sept otages du lycée Luitpold. Pourtant, Rudolf von Sebottendorff voudrait encore jouer un rôle et il s'efforce de garder la haute main sur ses hommes du corps franc Oberland, que commande désormais le major Petri. Mais cet officier de tradition n'a qu’une seule hantise: faire incorporer cette unité totalement irrégulière dans la Reichswehr officielle. Le corps franc Oberland devient le premier bataillon de la brigade de tirailleurs bavarois. On verra ses hommes à l'action clandestine dans la Ruhr. Ils mèneront, ensuite, la guerre ouverte en Silésie et donneront l'assaut à l'Annaberg contre les Polonais. À Munich, en ce printemps 1919, la petite équipe qui a créé le Kampfbund puis le corps franc Oberland se disperse. Le lieutenant KraLis continue la chasse aux révolutionnaires et réussit même à arrêter un des meneurs rouges de Munich sur le territoire autrichien, à Innsbruck, et à le ramener en Allemagne où il sera incarcéré à Bertin. Kraus se battra avec les corps francs de la Baltique et entrera dans la gendarmerie urbaine. Son ami, le lieutenant Kurz, semblera abandonner l'activisme pour se consacrer à des études de philologie. Quant à Johann Ott, il s'occupera du Beobachter pendant quelques mois, puis décidera de devenir un paisible expert-comptable. Au premier bataillon de la brigade des tirailleurs bavarois, privé de ses principaux chefs, formés à la dure école de la lutte clandestine lors de la république des Conseils, l'ancien esprit du corps franc Oberland ne tarde pas à se dissiper. L’officier d'ordonnance Kupfer ne cache pas son hostilité aux idées de Sebottendorff et de la Société Thulé. Pour bien marquer son désaccord, il brûle ostensiblement un exemplaire du Beobachter dans la cour de la caserne. Le Baron se précipite chez le commandant en chef pour protester contre l'attitude de cet officier. Il est reçu d'une manière glaciale. Maintenant ces messieurs de l'état-major et du gouvernement bavarois n'ont plus besoin des extrémistes comme Sebottendorff ! Ce qui commence à Munich en ce brûlant été de 1919 L’aventure militaire est terminée. L’aventure politique va recomencer. Mais Rudolf von Sebottendorff se sent subitement bien las. Il décide alors brusquement de quitter Munich, le 29 juin 191 9. Il laisse la Société Thulé aux mains des plus médiocres de ses fidèles: l'avocat Hanns Dahn, puis johan Hering, lui aussi juriste. Dès l'été 1919, Thulé semble avoir perdu la force qui fut la sienne dans la défaite et la révolution. Il semble qu’une des associations germaniques les plus dynamiques se suicide lentement pour faire place à autre chose qui n'a pas encore de nom. Le départ de Sebottendorff laisse la bride sur le cou à des jeunes gens impatients qui ressentent soudain combien leur est pesante l'absence d'un Maître. Avant de trouver un chef, ils se reconnaissent déjà dans un journal, le Münchener Beobachter qui devient alors l'organe le plus radical de l'extrémisme germanique. Hans Georg Müller, un grand blessé de guerre, et Hans Georg Grassinger, luit aussi, ancien combattant, donnent le ton au journal qui se veut d'une rare violence. L’hebdomadaire, directement inspiré par la Société Thulé, atteint maintenant un tirage de dix mille exemplaires. Dans le courant de l'été, il devient bihebdomadaire et paraît sur huit pages. Le 9 août 1919, il change de titre et s'appelle désormais le Vôlkischer Beobachter. Il n'est plus seulement munichois mais s'efforce de gagner des lecteurs dans toute l'Allemagne. Le capitaine Röhm fonde l'association du « Poing de fer » Le capitaine Rôhm estime que la victoire des corps francs est sa victoire. Il n’a pas l'intention de s'en laisser déposséder et ne désire pas rester à la brigade de tirailleurs bavarois du colonel von Epp, qui devient de plus en plus une unité régulière. Rôhm sait que son destin est ailleurs. Il ne fait plus confiance, depuis longtemps, à l'armée de l'ancien régime. Il croit que la nouvelle armée allemande sera populaire ou quelle ne sera pas. Le lieutenant-colonel Hergott a été nommé, dès le 3 mai 1919, gouverneur militaire de Munich. Il constitue son état-major. Le capitaine Rôhm parvient à en devenir le chef. La place lui revient par ses talents d'organisateur. Il la mérite aussi par les liens qu'il da cessé de tisser avec les organisations activistes de la capitale bavaroise. Avec lui, soldats et civils vont marcher du même pas,et il ressemblera fort au pas de parade d'un militarisme éternel. Sitôt installé dans son bureau de Munich, Ernst Rôhm recommence à nouer des contacts. On le voit dans les tavernes, dans les arrière-salles où se réunissent les groupuscules extrémistes, sur les stades, partout où de jeunes Allemands s'entraînent au nom de la puissance et de la force. La tâche paraît immense. Après la tornade de la république des Conseils, il faut reconstituer un corps de police, recréer un régiment de la garde caserné à Munich, former, à nouveau, une milice civique qui n'aura de bourgeoise que le nom et deviendra le refuge de beaucoup d'activistes. - Tant que ces hommes auront des armes, Spartakus ne renaîtra pas, prophétise Rôhm. Des armes, ils en ont. Des dépôts clandestins échappent à la surveillance des Alliés. Mitrailleuses, fusils, mortiers sont rassemblés et stockés. En cas de putsch, ils ne seront, certes, pas distribués aux partisans sociaux-démocrates du président Hoffmann, mais à des camarades bien décidés à mener la contre-révolution. Tandis que les corps francs sont absorbés, les uns après les autres, dans l'armée régulière bavaroise, Rôhm s'efforce de radicaliser de plus en plus la Garde nationale. Des hommes comme le conseiller des Eaux et Forêts Escherich ou le lieutenant-colonel Kriebel ne cessent de renforcer cette milice bourgeoise. Pour Rôhm, c'est encore insuffisant. Il se méfie de tout ce qui est officiel et déteste la démocratie. Alors, il imagine de créer une association militaire secrète. Il s'ouvre de son projet à son ami le capitaine Beppo Rômer, qui est naguère entré dans Munich à la tête du corps franc Oberland. Les deux capitaines se mettent au travail, dès l'été 1919, et commencent àtisser leur réseau de complices et de fidèles. Ils donnerant le nom de Eiserne Faust a cette organisation secrète. Tout naturellement, ils recrutent des officiers et des activistes parmi les anciens résistants au régime des Conseils. Nombreux sont ceux qui ont fait partie dit Kampfbund de la Société Thulé. Comme rien ne peut se faire sans noyauter les partis extrémistes, les deux capitaines s'intéressent aux groupuscules qui se réclament du germanisme traditionnel ou du socialisme allemand. Ernst Rôhm adhère au DAP d'Anton Drexler. Avec lui, il va amener des officiers, des sous-officiers, des volontaires des organisations paramilitaires, des anciens combattants qui ne vivent que pour remettre un jour l'uniforme. Le capitaine Rôhm assurera désormais la liaison entre les nationaux-socialistes et les milieux militaires. Fortement compromis lors du putsch de Munich, il quittera l'Allemagne et deviendra instructeur de l'armée bolivienne. Adolf Hitler le rappellera d'Amérique du Sud en 1930 pour lui confier le poste de chef d'état-major des sections d'assaut, les SA. Après la prise du pouvoir, Ernst Rôhm âéfendra les thèses de la « seconde révolution « , et s'opposera violemment aux généraux et aux industriels. Rêvant d'une armée populaire et même prolétarienne, il sera exécuté lors de la purge des « Longs Couteaux » du 30 juin 1934. Son camarade, le capitaine Beppo Rômer, suivra lui aussi un étrange itinéraire. L’ancien chef du corps franc Oberland, directementt, manipulé par la Société Thulé, participera à l'assaut sur l'Annaberg en Haute-Silésie en 1921. Puis il rejoindra les rangs du KPD et se présentera même comme candidat communiste aux éléctions de 1932 ! Un caporal inconnu adhère au DAP de Drexler et Harrer Le 12 septembre 1919, le DAP, fondé sous l'égide de la Société Thulé dès le début de l'année 1914 ne compte encore qu'une cinquantaine de membres. Karl Harrer et Anton Drexler ont tenu une réunion à la Stenecker Brau.Voici le compte rendu de ce qu’ils ont dit ce soir là : - Encore une réunion, lance Harrer. Je me demande si nous arriveroiis un jour à quelque chose. Ce qui compte, c'est la bataille plus que la victoire, répond Drexler qui aime parfois les formules sentencieuses. Son compagnon a l'impatience de ceux qui se savent condamnés. Il voudrait tant voir leur rêve s'incarner. Mais est-il possible de faire renaître l'esprit de Thulé ? - Nous devons recruter des fidèles l'un après l'autre, dit-il. C'est l'enseignement de notre Maître. Tu te souviens de ce que nous disait le Baron : « Thulé revivra quand chaque Allemand sera redevenu un Hyperboréen. L’homme nouveau doit d'abord renaître dans chacun de nous ». - Combien brûlent de ce feu ? soupire Drexler. Harrer reste un instant silencieux. Les brasseries de Schwabing sont pleines de ces sonne creux qui parlent sans cesse de révolution. - Le feu ! dit soudain Harrer. Tu as vu quelle flamme brûlait dans le regard de cet homme qui venait pour la première fois à une de nos réunions. Et tu as vu comment il a remis à sa place le vieux séparatiste bavarois qui refusait le futur Reich de tous les Germains. Curieux garçon, soupire Drexler. Fascinant et inquiétant à la fois. Il semble n'avoir même pas trente ans. je lui ai remis ma brochure, à tout hasard... - Tu as retenu son nom ? demande Karl Harrer. Anton Drexler cherche un instant. Cet homme n'appartient pas à la confrérie des Frères de Thulé. Enfin, il lance le nom qui claque comme un coup de cravache : - Il a dit qu'il était le caporal Adolf Hitler. |