LE MYTHE DE THULE

II - LE SOLEIL DE FER

PRÉLUDE À LA GUERRE CIVILE

Tandis que le socialiste majoritaire Ebert tente, tant bien que mal, de gouverner, l'agitation grandit à Berlin. Les Spartakistes sont menés par l'agitateur Karl Liebknecht et la théoricienne Rosa Luxemburg. Tous les jours, depuis le 16 décembre 1918, où un Conseil des ouvriers et soldats s'est tenu à Berlin, les manifestations spartakistes se poursuivent. Le président Ebert essaye de surnager, en attendant les élections, qui doivent avoir lieu à la mi-janvier. La rite est aux mains des matelots, gagnés aux idées révolutionnaires, des ouvriers armés et aussi de bandes de pillards sans aucune idée politique. L’ancienne garde impériale et la police semblent avoir disparu. On a vainement tenté de constituer une force indépendante de « soldats républicains». Le général Groener, chef de l'état-major général, se fait invisible. Les cadres de l'ancienne armée se terrent dans leurs casernes. Les officiers se voient arracher leurs épaulettes dans la rue. Les marins rouges font prisonnier Ebert, qui réussit à prévenir par téléphone Groener. Les troupes de Potsdam interviennent. Au matin de Noël, marins et soldats sont face à face. Une fusillade met en déroute les révolutionnaires, mais, à l'occasion d'une trêve, les meneurs spartakistes parviennent à ameuter la foule. Les soldats refusent de tirer contre les civils et se laissent emporter dans un mouvement de fraternisation qui les démantèle. 

À Berlin, un ministre socialiste brise la révolte communiste

Cette « bataille de Noël» a marqué la défaite finale de l'armée impériale. Le gouvernement Ebert ne peut plus compter sur aucune force armée. Les Spartakistes sont maîtres de la rue, depuis le 20 décembre, l'envoyé spécial de Lénine, Karl Radek, un juif polonais, est arrivé à Berlin. Au cours d'une réunion, le 29 décembre, le Spartakusbund change de nom et se nomme désormais le Parti communiste d'Allemagne ou KPD. 

Le général Groener propose, alors, de faire appel au socialiste Gustav Noske, qu'il sait farouche ennemi du bolchevisme et du désordre. 

Dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier, le sang coule. Émeutes et grèves se succèdent. Les Spartakistes, depuis l'arrivée de Noske, ont compris que le temps ne travaille plus pour eux et le traitent de « boucher », à longueur de discours et de colonnes. Mais les articles du journal Die rote Fahne laissent le ministre de la Défense indifférent. Il préfère, discrètement, mettre en place un il militaire. Il réorganise le commandement dans la capitale, et reprend les troupes en main. Le 4 janvier, il assiste, à Zossen, au défilé des quatre mille hommes du général von Maercker, qui vient de constituer un Freikorps, corps franc, et a rassuré Ebert et Noske sur ses sentiments de fidélité à la République. Il existe déjà une douzaine de ces corps francs en Allemagne. Certains sont commandés par des officiers de marine décorés de l'ordre « Pour le Mérite», et d'autres par de simples sous­-officiers de l'ex-garde impériale. 

Le lundi 6 janvier 1919, la «révolution spartakiste» éclate à Berlin, après une colossale manifestation de masse qui a eu lieu, la veille, sur l'Alexanderplatz. Les révolutionnaires déclarent que le gouvernement Ebert-Scheidemann est déposé et font défiler, à travers les rues de la capitale allemande, deux cent mille partisans armés. Des mitrailleuses sont installées, dès le lendemain, sur la porte de Brandebourg pour battre l'avenue Unter den Linden. Les imprimeries, les journaux et les gares sont aux mains des putschistes. 

Toute l'Allemagne s'embrase à l'image de Berlin. Lénine prépare déjà une « Lettre ouverte aux travailleurs d'Europe et d'Amérique » dans laquelle il félicite « la Spartakusbund allemande et ses dirigeants mondialement célèbres d'avoir attaqué la bourgeoisie allemande impérialiste et rapace ». 

Le gouvernement ne contrôle plus que la Chancellerie et quelques bâtiments officiels. Le 10 janvier, le Comité révolutionnaire, incapable d'organiser l'insurrection, cesse de se réunir. Le lendemain, les corps francs s'avancent vers le centre de la capitale. Gustav Noske, le socialiste, marche lui-même en tête, à pied. Pas un coup de feu. Les civils restent immobiles, comme pétrifiés. Soudain, les soldats, dont la plupart sont des vétérans du front, entonnent de vieilles chansons de marche de l'armée impériale allemande. Dès le lendemain, les bastions révolutionnaires sont réduits les uns après les autres. Le 15 janvier, à minuit, les corps francs tiennent solidement tout Berlin. Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg essayent en vain de se cacher. Découverts, ils sont abattus sans jugement. La «semaine spartakiste» est terminée. 

Kurt Eisner assassiné en pleine rue le 21 février

Rudolf von Sebottendorff s'est rendu à Berlin pour l'assemblée du solstice d'hiver du Germanenorden. Il a vu, sur place, comment se sont déroutés les affrontements. Il a découvert la force des Spartakistes. Il a aussi découvert une autre force, celle des corps francs. 

Le Maître de la Société Thulé ne se fait aucune illusion sur l'avenir d'une Allemagne démocratique. Il sait que le dernier mot restera à la force. Peu lui importe que se réunisse, dans la tranquille petite ville de Weimar, une Assemblée nationale constituante. Pour lui, c'est à Munich que doit se dérouler le nouvel acte de la tragédie germanique. 

Les élections bavaroises ont lieu le 12 janvier. Kurt Eisner et ses amis du parti socialiste indépendant subissent une écrasante défaite: ils n'ont que 86 000 voix contre 1 124 000 aux socialistes majoritaires, partisans de Noske et de sa politique violemment anti-bolchevique. 97,5 % des électeurs bavarois ont refusé Kurt Elsner. Sa défaite électorale ne l'empêche pas de quitter la Bavière, car il veut se rendre à la Conférence socialiste internationale de Berne où, plus que jamais, il joue les prophètes. Il durcit ses positions, ne cesse de dénoncer la « culpabilité prussienne » et fait l'éloge du séparatisme bavarois. 

Les Alliés ont trouvé en lui l'interlocuteur idéal. Kurt Eisner incarne la nouvelle Allemagne, la « bonne » Allemagne, celle qui n'a pas voulu la guerre et conforte les vainqueurs dans leur bonne conscience. 

Le 16 février 1919, par un froid glacial, Kurt Eisner, tient une grande réunion publique sur la Theresienwiese. La barbe frémissante dans le vent glacé, les lorgnons embués par le brouillard givrant, il prophétise la venue des temps nouveaux en Bavière. La foule scande des slogans et brandit des pancartes. Ils sont peut-être dix mille à piétiner, le ventre creux et le regard dur. Kurt Eisner harangue ses fidèles. Il prêche l'égalité et le bonheur. Il n’a plus très longtemps à vivre. Dans cinq jours, il tombera sous les balles du comte Anton Arco-Valley, un étudiant de vingt-deux ans, qui se sait 50 % juif et se veut 100 % allemand. Les détonations claquent dans l'air froid, à l'angle de la Promenadestrasse. Eisner est mort.

Cet attentat du 21 février inaugure une ère de violence et de terreur qui va durer plus de deux mois. Arco-Valley a été grièvement blessé par un des deux gardes du corps d'Eisner. La rumeur de l'attentat se répand dans toute la ville. 

Les vengeurs du prophète de la révolution tiennent le pavé. 

- Rache für Eisner ! Vengeance pour Elsner ! 

Les communistes, les partisans du tribun assassiné, les radicaux de gauche descendent dans les rues. La révolution des bourgeois et des bavards est terminée. La révolte des esclaves et des partisans commence. Des comités se créent, qui multiplient les appels à la haine. Puisqu'il est aristocrate et ancien officier, le meurtrier ne peut que faire partie de la Société Thulé, affirment les agitateurs. C'est ignorer que Sebottendorff a refusé son adhésion, car cet étudiant, fanatiquement réactionnaire, n’était pour lui qu'un demi-Allemand... 

Les disciples du prophète se rendent en pèlerinage sur les lieux où il a été assassiné et jonchent la place de fleurs. La grève générale est proclamée. En fin d'après-midi, apparaissent les premières bandes armées. Les journaux bourgeois sont attaqués. Des rames de papier sont lancées par les fenêtres et brûlées au milieu de la rue. Des voyous, qui n'ont jamais entendu parler de Spartakus, commencent à piller, pour leur compte. On entend des coups de feu, spasmodiques. 

Dans les locaux de la Société Thulé, à l'hôtel des Quatre Saisons, quelques membres du Kampfbund entourent Sebottendorff. Le Baron reste calme, étrangement calme même, comme si l'esprit de l'antique Thulé se moquait de tant d'agitation. décide Sebottendorff décide de continuer a se réunir dans les locaux de l’hôtel des Quatre Saisons. « Nos ennemis n'oseront pas perquisitionner dans un palace international. Il suffira de nous rendre à la salle de réunion par une porte dérobée de la Marstallstrasse. »

Il décide de repousser de quelque jours la parution du Beobachter, car cette parution serait considérée comme une provocation. 

Après l'assassinat d'Eisner, ce sont les Conseils qui prennent la situation en main. À partir du 28 février, le surlendemain de son enterrement, Ils sont virtuellement les maîtres de Munich. Une brève réunion du Landtag, les 16 et 17 mars, parvient pourtant à désigner le social-démocrate majoritaire Johannès Hoffmann pour former un nouveau gouvernement bavarois, entièrement composé de socialistes, et d'où sont exclus les bourgeois comme les communistes. Mais ce gouvernement sera vite débordé. Hoffmann flotte sur l'émeute comme un bouchon sur le ruisseau. 

Le 20 mars 1919, une nouvelle provoque une fantastique émotion à Munich, Béla Kun vient d'instaurer la révolution rouge en Hongrie! Si Munich suit l'exemple de Budapest, l'Autriche sera prise entre le marteau hongrois et la faucille bavaroise. À son tour, elle sombrera dans la révolution. Et toute l'Europe centrale deviendra rouge. La victoire de l'Internationale communiste, en cette fin d'hiver 1919, paraît possible et même probable.

La Société Thulé entre dans la clandestinité

Le lendemain, Rudolf von Sebottendorff réunit les fidèles de la Société Thulé restés à Munich.

Et annonce queceux qui sont déjà repérés rejoignent les corps francs levés dans nos campagnes. Que ceux qui ont réussi à ne pas éveiller l'attention s'engagent dans l'Armée rouge de Bavière: ce seront nos meilleurs agents de renseignement. Nous n'avons tous qu'un seul devoir: survivre. Les hommes de la Société Thulé n'ont plus qu'une seule consigne: se battre. Désormais, commence la clandestinité. 

Quelques jours plus tard, dans la nuit du 6 au 7 avril 1919, la « République des Conseils », c'est-à-dire, « des Soviets», est proclamée à Munich. Le président Hoffmann et ses amis préfèrent ne pas disputer Munich aux révolutionnaires. Les modérés s'enfuient à Bamberg, où ils constituent un gouvernement social­démocrate qui, à défaut du pouvoir, conserve au moins la légitimité. Ceux qui viennent d'arriver au pouvoir à Munich ne sont pas des communistes, manipulés par Lénine, mais des «anarchistes de café ». 

Gustav Landauer se prend à la fois pour Jésus-Christ et pour Don Quichotte. Il ressemble un peu à Kurt Eisner. Comme lui, il porte lorgnons et barbe­-fleuve et comme lui, il est le fils d'un petit boutiquier israélite. Il a déjà près de cinquante ans et une longue carrière d'agitateur derrière lui. Il a connu, à plusieurs reprises, les prisons wilhelmiennes. De tempérament douloureux et inquiet, il veut détruire la société pour en reconstruire une nouvelle, encore plus utopique que celle dont rêvait Eisner. En politique, il se réclame plutôt de Bakounine que de Karl Marx. Extrémiste et versatile tout ensemble, il apparaît vite encore plus brouillon qu'Eisner lui-même. Promu commissaire à la propagande de la République des Conseils, il s'apprête à «éclairer le peuple ». 

Ernst Toller apparaît, certes, plus sérieux. Il n'a que vingt-cinq ans et a été réformé à la suite d'une maladie nerveuse. Le teint basané, les pommettes saillantes, la chevelure abondante et la moustache mince, il a une tête assez romantique de jeune intellectuel exalté.

Toller est l'auteur de deux pièces de théâtre dont la première, Wandlung (Transformation) se veut une autobiographie: « Le héros, dit-il, est un jeune Hébreu qui, avec la guerre, se figure être accueilli enfin dans la communauté germanique, mais que la guerre rattache à la communauté universelle. » Disciple de Kurt Elsner, auquel il a succédé à la tête du Parti socialiste indépendant de Bavière, Ernst Toller n'hésite jamais à se rapprocher des communistes. Il n'a que le titre de commissaire au ravitaillement dans le nouveau gouvernement, mais ce jeune Saint-Just oriental joue les archanges impitoyables de la Weltrevolution, cette révolution mondiale dont il parle sans cesse. 

L’anarchie, prélude de la dictature et de la terreur

Le règne des « anarchistes de café » sera bref. Leur passage au gouvernement montre pourtant à quel point Rudolf von Sebottendorff avait bien compris la véritable nature de la subversion. Les excentricités de Toller et de ses amis vont dépasser tout ce qu'on a vu sous Eisner. Les nouveaux maîtres de la Bavière montrent bien comment ils comptent transformer les âmes de ceux qui subissent leur dictature. Toller a pour premier souci de promouvoir de «nouvelles formes» en sculpture, peinture, architecture, littérature, «pour libérer l'esprit de l'humanité». Le commissaire à l'instruction publique annonce que n'importe qui pourra, désormais, entrer à l'Université où il n'y aura plus ni professeurs ni étudiants, mais des «chercheurs». Les cours d'Histoire sont supprimés «car l'Histoire est l'ennemie de la civilisation». 

Tout le travail souterrain entrepris par la Société Thulé trouve brusquement sa justification profonde: les anarchistes, menés par Gustav Landauer, ont décidé de s'attaquer aux fondements même de la société. Ces prophètes messianiques annoncent la fin des temps. L’Histoire, en refusant de rester un affrontement, va s'arrêter. Les hommes, en devenant partout semblables, vont cesser d'exister en tant qu'individus. Déjà, au-delà de la terreur qui veut briser les dernières résistances, apparaît le monde rêvé par tous ces visionnaires: un monde hors du temps et de la vie, un monde sans couleur, un monde qui parviendra jusqu'à effacer le nom même de Thulé. 

Désormais, il faut se battre. Pour conserver les liaisons avec ses hommes, Rudolf von Sebottendorff pense qu'il doit, à tout prix, conserver un point de ralliement. Malgré l'avis de tous ses amis, qui le croient devenu vraiment fou, il décide de conserver le local habituel. il croit, dur comme fer, à sa bonne étoile. D'ailleurs, il a des hommes à lui dans toutes les organisations de Munich, de l'extrême droite à l'extrême gauche. Des volontaires du Kampfbund ont reçu l'ordre de s'engager dans l'Armée rouge et viennent, tous les soirs, faire placidement leur rapport au Baron, qui tient permanence dans les propres locaux de la Société Thulé. 

Formation du premier bataillon du « Freikorps » de Thulé

Désormais, Rudolf von Sebottendorff donne la primauté aux problèmes militaires. Selon sa vieille habitude, il continue à cloisonner les activités et confie les groupes qu'il constitue à des hommes sûrs. 

La Société Thulé n'apparaît jamais directement en tant que telle, mais ce sont des hommes de Thulé qui suscitent, qui animent, qui dirigent de multiples organisations, sans rapports apparents entre elles. Le seul ciment qui les unit, c'est une foi commune dans le retour des vieux dieux hyperboréens. 

Deux chefs de guerre vont, alors, apparaître dans les rangs de la Société Thulé et lui apporter une nouvelle dimension, celle du combat. Au temps du Kampfbund succède celui du Freikorps, le corps franc. Il ne s'agit plus seulement d'agitation mais de guerre civile. Deux bataillons sont créés par deux jeunes officiers: le lieutenant Heinz Kurz et le sous-lieutenant Edgar Kraus. Les hommes de ces deux unités ne doivent pas avoir de rapports entre eux. Ils ne doivent même pas se connaître. 

Le bataillon de Kurz rassemble ceux qui sont décidés à se battre au grand jour, les armes à la main, dans le cadre de ces corps francs qui naissent et luttent dans toute l'Allemagne, sur les frontières comme dans les faubourgs. Le lieutenant Kurz a déjà rassemblé de jeunes volontaires à Munich et les a dirigés d'abord vers le corps franc du colonel Ritter von Epp, en Thuringe. Mais, désormais, l'Armée rouge contrôle les frontières de la Bavière et les recrues ne peuvent quitter le pays. Ils reviennent sur Munich et commettent même la folle imprudence de se réunir dans les locaux de la Société Thulé. 

Avec leurs vestes de chasse, leurs chapeaux tyroliens, leurs culottes de cuir, lis S'efforcent de passer pour de paisibles voyageurs. Rudolf von Sebottendorff pense que ces encombrants gaillards vont les faire repérer par les miliciens rouges. Il pense les installer à Eching, qui est malgré tout assez près de Munich

Ce village se trouve en pleine campagne bavaroise et les paysans se montrent de plus en plus hostiles au gouvernement rouge de Munich. Les réquisitions les exaspèrent et ils commencent à regarder avec un air songeur les carabines de chasse accrochées au râtelier d'armes des fermes. Les liaisons avec Munich seront assurées par des motocyclistes, membres du Kampfbund, mais inscrits dans l'Armée rouge.

Les hommes de ce premier bataillon, à part quelques pistolets personnels, sont encore désarmés. Dès leur arrivée à Eching, ils tournent en rond et méditent d'attaquer, les poings nus, les arsenaux de l'Armée rouge. Très rapidement, un incroyable troc s'organise.Ils achètent des armes aux gardes rouges, qui ont besoin d’argent comme tout le monde en ces temps troublés. Deux jeunes étudiants, Witzgall et Stecher, se chargent de mener les négociations et surtout d’assurer le transport des armes à Eching, qui devient la base militaire de la Société Thulé. 

Le second bataillon constitue la cinquième colonne

Le second bataillon, celui du sous-lieutenant Kraus, regroupe tous ceux qui préfèrent la guerre de la ruse à la lutte ouverte. S'y retrouvent les agents de renseignement, les saboteurs et ceux qui se sont volontairement engagés dans les rangs des formations de combat de la République des Conseils. Etrange ramassis de risque-tout, d'agents doubles on triples, de mythomanes, de héros obscurs.

Désormais, des hommes dit Kampfbund se sont infiltrés dans chaque section de l'Armée rouge et de la Milice républicaine. Pour ne pas avoir à tirer sur leurs camarades et surtout pour être mieux renseignés, ils remplissent volontiers des emplois de secrétaires. 

Chaque soir, après le service, ils viennent faire leur rapport à Sebottendorff dans les locaux de l'hôtel des Quatre Saisons. Le Baron classe ces renseignements, les recopie, les résume et expédie cette synthèse vers Augsburg,. Ainsi, le gouvernement bavarois, réfugié à Bamberg, sera prévenu de ce qui se passe à Munich,

Les locaux de la Société Thulé sont devenus un véritable rendez-vous de miliciens « rouges» qui vont et viennent dans les bureaux, remplaçant leurs camarades partis quelques jours auparavant pour Eching, où ils se préparent au combat à ciel ouvert.