
ADOLF HITLER ROMPT AVEC THULÉ
Le Führer refuse de devenir un réformateur religieux L’apparition d'Adolf fausse toute la perspective dessinée par le Maître de Thulé. Certes, au départ, Hitler apparaît presque comme une émanation de la Société. Eckart reste encore pour lui une sorte de monstre sacré, un prodigieuix acteur, je dirai presque une sorte d'Orson Welles bavarois. Ludendorff, comme tous les vieux généraux de l'Offizierskorps, n'est pour lui qu’une potiche sous son casque à pointe. Quant à Haushofer, c'est un professeur,certes, émérite, mais bien lointain. Adolf a toujours détesté les maîtres d'école. Mais Sebottendorff et Hitgler ne se seront jamais connu. Car L’homme de la liaison entre la Société Thulé et le NSDAP, c'est Rudolf Hess. Hess est un type bizarre. Pas fou, certes. Mais un peu égaré. C'était un garçon de tempérament essentiellement fidèle. Et,il va se trouver toute sa vie écartelé entre deux fidélités. Fidèle à la fois à Thulé et à Adolf. Cela ne pouvait que mal se terminer, tôt ou tard. Quand il est enfermé avec lui à Landsberg, Hess fait ingurgiter à Hitler tous les rêves de la Société Thulé. On a le temps dans une cellule. À force de répéter , Mein Führer , avec des yeux extasiés, il devient le secrétaire, le confident, le « Stellvertreter ». Un mot difficilement traduisible. Ce n'est pas exactement le remplaçant et encore moins le successeur. On aurait tendance à dire celui qui double votre personnalité et veille à la bonne marche des choses. Les catholiques nomment ainsi « l’ange gardien» ce que d'autres traduisent simplement par « conscience». Hitler et Hess vont presque s'identifier l'un à l'autre. Mais ce sera pour jouer le drame du Dr Jekill et de Mr Hyde. Cette évocation de la personnalité de Rudolf Hess me ramenait aux étranges rapports du Führer et de la religion. Ils expliquaient assez bien toute la suite de cette histoire moins mystérieuse qu'il n'y paraît. Les opinions d'Adolf Hitler sur les problèmes religieux reviennent, à plusieurs reprises, dans ses libres propos sur la guerre et la paix recueillis sur l'ordre de Martin Bormann ,deux volumes parus chez Flammarion en 1952 et 1954. On peut y lire notamment: « Si quelqu'un éprouve des besoins d'ordre métaphysique, je ne puis le satisfaire avec le programme du Parti. Le temps coulera jusqu'au moment ou la science pourra répondre à toutes les questions. Il n'est donc pas opportun de se lancer maintenant dans une lutte avec les Églises. Le mieux est de laisser le christianisme mourir de mort naturelle... Rien ne me paraîtrait plus insensé que de rétablir le culte de Wotan. Notre vieille mythologie avait cessé d'être viable lorsque le christianisme s'est implanté. Ne meurt que ce qui est disposé à mourir... Un mouvement comme le nôtre né doit pas se laisser entraîner dans des digressions d'ordre métaphysique. Il doit s'en tenir à l'esprit de la science exacte. Le Parti n'a pas à être une contrefaçon de religion... je ne voudrais surtout pas que notre mouvement prenne un caractère religieux et institue un culte Nous entrons dans une conception du monde, qui sera une ère ensoleillée, une ère de tolérance. L’homme doit être mis dans la situation de développer librement les talents qui lui sont donnés par Dieu. » (27 février 1 942.) Rudolf von Sebottendorff abandonne la politique pour l'astrologie Pourquoi le Baron avait aussi rapidement disparu de la scène politique munichoise, alors que la victoire des corps francs était quand même sa victoire ? Il ne faut quand même pas croire que Sebottendorff n'avait que des amis dans le milieu nationaliste. On lui reprochait deux choses: d'abord, d'avoir imprudemment laissé traîner une liste d'adhérents, qui avait provoqué l'arrestation des sept otages. C'est une accusation classique dans les groupes de résistance quand il y a eu de la casse. Et la deuxième c’est d’être parti avec la caisse, bien . La gauche voit des indicateurs partout. Mais de l'autre côté de la barricade, on imagine toujours que les dirigeants s'en mettent plein les poches. En réalité, ce serait plutôt le Baron qui aurait financé la Société Thulé. Maintenant, d'où venait son argent? Personne n'en savait rien. On disait que c'était les junkers, les Turcs ou même les juifs. Des ragots. En réalité, on ne lui pardonnait pas son allure de grand seigneur, d'autant plus ostentatoire qu'il n'était qu’un parvenu. Un aventurier. Il aimait le mystère. Il y avait de l'esbroufe dans tout cela. Mais il savait certainement «des choses». Il se disait Rose-Croix, Frère musulman, Odiniste. Il jouait de son personnage et surtout de sa nationalité ottomane. En tout cas, il revient à Munich, dès les premiers jours de mai 1919, dans les fourgons des corps francs, mais, au mois de juillet, il quitte brusquement la ville. On trouve sa trace à Fribourg-en-Brisgau, mais on doute que cela fut pour y suivre les cours de Martin Heidegger. Il s’installe à Bad Sachsal dans le Harz méridional. Il y restera jusqu'au putsch d’Adolf, sans relations avec lui. À ce moment-là, il s'intéresse uniquement à l'astrologie et publie le périodique Astrologische Rundschau. Il a compris que le Fiihrer du NSDAP lui échappe. Alors, il rédige des thèmes astraux et se fait toute une clientèle de naifs. Il gagne de l'argent. Il sait bien qu'il ne petit plus contrôler le train qu'il a mis sur les rails. Il fait confiance à des garçons comme Rudolf Hess ou comme Rosenberg pour renverser la vapeur. Lui, il se sent « brûlé ». La police de Weimar le tient à l'oeil. Au fond, il n'est qu'un étranger. On en fera un indésirable. Il finit par retourner à Istanbul. Et comme consul du Mexique. Quel rapport avait-il avec le Mexique? Là, on touche à quelque chose de très bizarre. Vous avez lu Le Serpent à plumes de David Herbert Lawrence. Cet Anglais avait assez bien compris toute cette histoire d'Hyperborée. Le livre a été publié à Londres, en 1926. Quetzalcoatl est un souverain qui régnait jadis au Mexique. Il venait d'un pays lointain et les Toltèques le considéraient comme un dieu, fils du soleil. On retrouve le même personnage dans la tradition maya, ou il se nomme Kukulkan. Les deux noms signifient le serpent à plumes. Ce serait, dans la réalité historique, car il a existé, un grand homme blond, avec une barbe. Pourquoi pas un Viking? C'est, d'ailleurs, la thèse de Jacques de Mahieu dans Le Grand Voyage du Dieu Soleil, où il s'enthousiasme pour les conquiérans blancs de l'Amérique pré-colombienne. D'après lui, ils ne pouvaient venir que de l'Hyperborée scandinave. Le Mythe du XXe siècle n'exprime pas les idées du parti nazi Adolf Hitler n’avait jamais témoigné quelque intérêt pour le Baron, lors des années de lutte pour le pouvoir. Il ne lui avait pas gardé gré de l'avoir ainsi, naguère, propulsé sur la scène politique, par l'intermédiaire du DAP d'Anton Drexler et de Karl Harrer. Adolf avait décidé qu'il ne devrait jamais rien à personne. Harrer a été expulsé du parti dès 1920 et il est mort, totalement inconnu en 1926. Quant à Drexler, il va démissionner en 1921 et fera désormais figure d'objet de musée jusqu'à sa mort, fort discrète, en 1941. Adolf a fait le putsch tout seul, sans écouter aucun conseil. Mais il se rend compte qu'il avait été plus ou moins «piégé» par toute l'atmosphère d'activisme, qui régnait alors à Munich et dont la Société Thulé était, en grande partie, responsable. Il avait eu le temps de méditer dans sa prison. Il ne se livrera à personne, pas même à Rudolf Hess. Mais il avait compris. Il s'était bien aperçu que, dans toute cette affaire, depuis la création du parti jusqu'à la tentative de coup d'État, il avait été plus ou moins manipulé. En prison, il ne pouvait pas grand-chose contre les gens de la Société Thulé; ce sont eux qui intriguaient alors, en 1924, pour constituer le parti national-socialiste allemand de la Liberté, en se passant de lui. Uhomme de cette opération était, avant tout, Alfred Rosenberg. Adolf ne lui pardonnera jamais. Quand va paraître le Mythus, ce fameux Mythe du XXe siècle, il ne cessera de répéter que c'est fumeux, illisible et surtout « pas politique ». Car il n'avait que faire de créer une nouvelle religion et d'entrer en conflit avec les Églises. Il rêvait de prise du pouvoir, donc de Concordat. Le Mythus d'Alfred Rosenberg ne doit pas être considéré comme exprimant la doctrine officielle du parti. Pour commencer, son titre exprime une idée fausse. En effet, il ne saurait être question d'opposer un prétendu mythe du XXème siècle, c'est-à-dire quelque chose de mystique, aux conceptions du XIXè siècle. Un national socialiste doit affirmer qu’il oppose la foi et la science de notre temps au mythe du siècle précédent. Ce qui parait important et éclaire tous les rapports du Führer et de la Société Thulé, c'est l'opinion du maître de l'Allemagne sur la question, primordiale pour les Hyperboréens, de la liberté individuelle. À propos des idées de Rosenberg à ce sujet, il manifeste violemment son désaccord: « Ce n'est pas l'étendue de la liberté individuelle qui signifie un haut degré de civilisation. C'est plutôt dans le cadre d'une organisation qui rassemble la quasi-unanimité des hommes d'une même race, la limitation de cette liberté... Relâchez les brides du pouvoir, donnez plus de place à la liberté individuelle, et vous poussez un peuple dans la voie de la décadence ». Le Maître de Thulé resurgit puis disparaît à jamais Quand Adolf est sorti de la prison de Landsberg, pour fêter en liberté le solstice d'hiver de l'année 1924, c'est un homme changé. Il décide de tout recommencer à zéro. C'est la fameuse refondation du parti. Une purge sèche. Discrète. Sans aucun doute, efficace. Cette fois, on ne le reprendra plus à risquer des coups d'État militaires! Il ne parle que de prise de pouvoir politique, dans la légalité. Un langage nouveau pour les vieux lutteurs des années troubles de Munich. Le capitaine Röhm n'a plus qu'à partir en Amérique du Sud jouer les mercenaires. Les gens de la Société Thulé sont « sur la touche ». Toutes leurs théories , « para-politiques » sont incompréhensibles pour le nouveau parti. Ce qui compte, ce sont les élections. Donc, les réunions publiques, les distributions de tracts, les collages d'affiches, enfin tout le bazar électoral. Les SA perdent leur côté « corps francs » pour se transformer en colporteurs. Les équipées du style Baltikum sont terminées. Des gens comme Ernst von Salomon ne s'en remettront jamais. Seulement, Adolf a bien compris qu'il manque une dimension à son entreprise. Cette idée de fonder un Ordre, qui avait toujours été celle de Sebottendorff, le travaille. Alors, le 9 novembre 1925, deux ans après le putsch manqué, il décide de créer la SS. Il reprend toutes les idées qui traînaient à la Société Thulé et il les confisque à son profit. Extérieurement, la SS se veut une force de « protection ». En réalité, elle tend de plus en plus à devenir un véritable Ordre, avec ses rites, ses lois, ses rêves même. Mais on y dresse les hommes à être fidèles à Hitler et non pas à Thulé. Ce Führer que l'on présentait toujours comme une espèce de médium ou de sorcier montrait, au contraire, une rigoureuse logique dans sa route vers le pouvoir. Quand il y parvient enfin, le 30 janvier 1933, Rudolf von Sebottendorff surgit à nouveau. On le retrouve à Munich, dès le printemps. Il arrive sans doute de Turquie et peut-être même du Mexique. Le Baron est bien décidé à jouer le Saint Jean-Baptiste et à rappeler que la victoire d'Adolf est la sienne. Il organisera même une grande assemblée commémorative, à l'automne 1933, alors que les nationaux-socialistes victorieux s'apprêtent àdonner l'éclat au dixième anniversaire du putsch. Les anciens de la Société Thulé se réunissent. Dans les salons de l'hôtel des Quatre Saisons, bien entendu. Le Baron pérore et bombe le torse. Il avait encore pas mal engraissé dans ses exils. Il se gonfle d'importance. Mais c'est la dernière chose à faire, d'attirer ainsi l'attention sur lui. Les bonzes du parti tiennent à proclamer qu’ils ont été les premiers et que ce sont eux, et eux seuls, ceux de la vieille garde munichoise, qui ont permis l'arrivée de leur Führer au pouvoir. Personne d'autre. Le Maître de Thulé rédige alors ses Mémoires. Bevor Hitler kam (Avant que Hitler ne vienne), est publié dans les derniers jours de l'année 1934, à Munich, chez Hans Georg Grassinger. Il est né le 23 mars 1887 à ElttingMallensdorf, en Bavière, et, passait pour un des fidèles, si ce n’est un des intimes du Baron. je ne détonnais pas de le retrouver à ses côtés. - La première édition, succès d'abord de curiosité avec un titre pareil, part très bien. Avec la deuxième tout se gâte. Beaucoup de gens ont lu cette histoire et s'en irritent. Certes, Sebottendorff multiplie les hommages au Führer. Mais il se donne le beau rôle et oublie de citer tous les « Vieux combattants » du parti - parti auquel il n'a, d'ailleurs, adhéré, comme bien des Allemands, qu'après la prise du pouvoir! Ses ennemis font barrage. Ils l'empêchent de rencontrer Hitler et, surtout, ils finissent par obtenir la saisie officieuse du livre et sa destruction. Les exemplaires sont retirés des librairies et même des bibliothèques. Sebottendorff et Grassinger connaissent quelques tracasseries policières. Quelques fidèles de Thulé au coeur du Ille Reich L’histoire de Rudolf Sebottendorff et d'Adolf Hitler me semblait s'arrêter là. Apparemment, il n'y a qu'un seul homme qui ait vraiment connu toute l'affaire. Et c'est un moine catholique, le père Bernhard Stempfle. Il est assassiné « par erreur», lors de la fameuse Nuit des Longs Couteaux du 30 juin 1934. Cet ecclésiastique de l'ordre barnabite, était aussi un militant raciste fanatique, si curieux que cela vous paraisse aujourd'hui. Il éditait le MiesbacherAnzeiger et a pas mal navigué entre Hitler et Thulé, dès 1921. Il semble que le nouveau pouvoir ait voulu effacer certaines traces. Sebottendorff, en tout cas, a compris la leçon. Ce n'est pas lui qui jouerait les Rauschning et publierait un quelconque Hitler m'a dit. Il comprend, à son tour, qu'il a été roulé. Il a des ennemis trop puissants. D'abord Martin Bormann, l'homme de l'appareil, l'athée, l'ennemi farouche de tout ce qui peut ressembler à une secte. Et puis Heinrich Himmler, un ancien du groupe des Artamen, qui a compris mieux que nul autre toutes ces histoires de paganisme nordique, mais les récupère pour son Ordre noir. Le grand Inquisiteur confisque tous les mythes au profit de sa SS. D'où cette confusion qui devait tout brouiller dans un nuage de fumée et de sang. Cela n'empêchera pas pourtant des hommes, animés par l'esprit de Thulé, de constituer ce qu on a appelé l'opposition intérieure au sein de la SS. Il y’a Otto Rahn et son histoire rocambolesque de Quête du Graal. Mais il n'était pas le seul. Wolfgang Sievers, qui sera pendu avant d'avoir parlé, et tous les gens de l'Ahnenerbe sont souvent des nationaux-socialistes fort hérétiques. Un qui en sait encore long là-dessus, mais qui se tait, c'est Gunther d'Alquen, l'ancien rédacteur en chef du Schwarze Korp. Ou encore Friedrich Hielscher, chef d'un mouvement de résistance au nazisme et d'une secte néopaïenne, mais collaborateur occasionnel de l’ahnenerbe, pourtant contrôlée par la SS. Toute cette histoire secrète du IIIè Reich est moins simple qu'il n'y paraît. Le véritable homme de Thulé au sein du IIIe Reich, c'est Rudolf Hess. Coincé comme je vous l'ai dit entre ses deux fidélités. De plus en plus incapable de concilier le grand rêve de réunir tous les héritiers de la lointaine Hyperborée et les nécessités du pangermanisme belliqueux. Mais il n'est pas isolé. Même vol au sein de la SS. Son meilleur ami, celui qu’il rencontre juste avant le vol historique qui devait l'emmener en Angleterre, C'est Walter Darré. Comme lui, Allemand de l'étranger. Né à Merano en Argentine. Études à Heidelberg et à Godesberg. Puis en Angleterre, au Kings collège de Wimbledon - à l'époque où Hess se trouvait sur les bancs du lycée francais du Caire. Il veut ensuite devenir agriculteur. Il voyage en Finlande et il séjourne aux pays baltes. Comme par hasard. Il habite Riga, la ville natale de Rosenberg. On en reparlera. Il adhère sur le tard au national-socialisme, en 1930. Il a publié, l'année précédente, Das Bauerntum als Lebensquell der nordischen Rasse. C'est-à-dire «la Paysannerie comme "source de vie" de la race nordique». Étrange livre. Dans la ligne de Thulé, bien plus que dans celle d'Adolf. Il prêche l'enracinement et refuse de faire des Germains des «guerriers nomades ». Pour Darré, les héritiers de l'Hyperborée sont des paysans pacifiques. Il invente le slogan Blut und Boden, Sang et Sol, mais bien que haut dignitaire SS, chargé des questions biologiques, s'oppose à la politique de guerre. il est, certes, raciste nordique, mais pas tellement nationaliste allemand. Il devient même l'âme du clan anglophile. Ministre de l'Agriculture et chef des paysans du Reich, il restera toujours «en marge». Il sera mis à la porte en 1942 et assigné en résidence surveillée dans son pavillon de chasse de Schorfheide. La véritable raison de la mission-suicide de Rudolf Hess Walter Darréa été arrêté en 1945. Condamné à sept ans de prison, mais libéré dès 1950. Il est mort ici, à Munich, le 5 septembre 1953. Il a, sans doute, été l'inspirateur, direct ou indirect, de la fameuse « mission-suicide » de Rudolf Hess vers l'Écosse. Plus que nul autre, il savait ce qui se préparait. Hess connaissait le projet d'attaque contre la Russie. Il a voulu avertir les Anglais. On a dit qu'il rêvait renversement des alliances. je crois que c'était encore plus compliqué. Il voulait la paix, tout simplement. Il espérait désamorcer cette bombe plus fatale que la bombe atomique. Il connaissait assez les ressorts internes du régime pour savoir que non seulement le Führer allait attaquer à l'Est, mais qu'il ne pouvait qu'y mener la plus stupide des politiques. Il avait compris que ce n'était, certes, pas l'esprit de Thulé qui régnait en Allemagne, mais le pangermanisme le plus étroit. Tous ces Gauleiters originaires du sud et de l'ouest de l'Allemagne ne comprenaient rien au monde slave. Quand, après le putsch de Munich, Hitler a dit, en parlant de ses seize compagnons tués devant la Feldherrnhalle: «Un seul était vraiment irremplaçable, c'était Schneuber-Richter», il avait sans doute plus raison qu'il ne le pensait alors. Erwin Schneuber-Richter, originaire d'une famille saxonne émigrée en Livonie, avait étudié la chimie à Riga, à Dresde et à Munich. Pendant la guerre de 14-18, il sert comme officier allemand dans l'armée ottomane, ce qui croise étrangement la route de votre Sebottendorff. Puis, comme tant d'autres, il quitte la Baltique pour la Bavière après la défaite. Il connaissait admirablement le monde slave. Il avait vu de près la première révolution de 1905, cette répétition générale. Ce n'est pas lui qui aurait confondu le peuple russe, largement nordique et sub-nordique pour parler comme les anthropologues, avec les meneurs révolutionnaires, tous des «marginaux ». Il ne faut quand même pas oublier qu'entre l'Est et l'Ouest les idées et les hommes ont toujours circulé. Au XVIIè siècle, un quart de la noblesse russe est germanique. Dans l'Empire des tsars, on trouve des Allemands partout, professeurs, négociants, officiers, ingénieurs. Des Scandinaves aussi. La Baltique était une véritable Méditerranée du Nord. C'est d'autant plus important que ses rives ont vu naître les premiers Hyperboréens et mourir les derniers païens fidèles à Thulé. Dans les pays baltes, dans l'ancien monde de l'ambre, se rencontrent deux univers plus proches qu'on ne l'imagine. Les Grands Russes sont quand même aussi nordiques que les Celtes ! Le refus hitlérien de mener une politique « nordique » Alfred Rosenberg, qui était un ami de Schneuber-Richter, savait tout cela. Mais il ne pouvait pas grand-chose. L’ancien disciple de Dietrich Eckart, et un des rares dignitaires du parti national-socialiste à avoir fréquenté la Société Thulé, était tenu très à l'écart. On ne voulait même pas de lui à la SS. On se gaussait de ses origines « douteuses ». Sa mère était d'ascendance française, née Elfriede Siré, et son père Waldemar Rosenberg, avait un nom qui pouvait porter à confusion. Il n’était pas juif, mais cela amusait parfois certaines officines de police de le laisser croire. Toute l'histoire de l'occupation de la Russie reste dominée par la rivalité Himmler-Rosenberg. Dans cette affaire, c'est quand même le « fidèle Heinrich », qui représente l'ordre, la discipline, le sectarisme, enfin le monde romain et méridional, contre l'auteur du Mythus. Rosenberg pressentait que c'était une guerre de races, mais au sens large. Il a essayé, entre autres, de jouer la carte ukrainienne, comme avant la guerre il avait cultivé l'amitié scandinave avec sa revue Norden. Mais son fameux Commissariat des territoires de l'Est est saboté par les généraux réactionnaires et même miné de l'intérieur par les plus obtus des Gaulciters. On ne comprend rien à sa politique des minorités. Il faudra l'approche de la déroute pour que la SS se décide à jouer, bien trop tard, la carte des armées volontaires de l'Est. La grande défaite de la Société Thulé ce n'est pas tant l'échec de la mission du kamikaze Hess en Angleterre que le sabotage de la politique du Balte Rosenberg en Russie. Et puis l'auteur du Mythus s'obstine dans son idée qu'il s'agit d'une guerre de religion. Adolf était bien décidé à entretenir une autre image de marque de sa «croisade la civilisation européenne et chrétienne contre le bolchevisme asiatique et athée ». Il obtient la neutralité plutôt bienveillante du pape Pie XII, qui ne pardonnait jamais aux communistes d'avoir violé sa résidence, quand il était Mg. Pacelli, nonce apostolique à Munich, au temps troublé de la dictature des Conseils. Adolf a préféré s'allier tout ce que l'Europe comptait de chefs d'État réactionnaires et catholiques: Pétain, Franco, Horthy, sans compter Ante Pavélitch et Mgr Tiso. Il a même respecté la grotesque monarchie italienne de Victor-Emmanuel III. On ne pouvait mieux trahir l'esprit de Thulé. Le problème du Fürhrer c’est cette incapacité à mener une politique vraiment mondiale, c'est-à-dire maritime. Il avait trop vécu à Vienne, dans cette Europe centrale, dans ce cirque baroque de montagnes et d'églises aux dorures tourmentées. Dans toute cette affaire, il s'était montré finalement, comme tous les hommes, fidèle àson adolescence. Il appartenait, corps et âme, au mouvement pangermaniste autrichien, dont il était sorti. Au fond, il voulait reconstituer le Saint Empire Romain Germanique. Il ne s'évadait pas de notre petit continent. Il devait révérer Charlemagne et prenait Mussolini pour Napoléon. L’alliance italienne l'a perdu, depuis la dérobade du Duce en septembre 1939 jusqu'à la stupide campagne hellénique de 1941 et tous les ensablements africains. Au coeur de l'Europe, Hitler réglait de vieux comptes datant du siècle dernier dans les Balkans. Il s'était laissé entraîner dans la guerre avec les Français et les Anglo-Saxons et il déclenchait, avec les Slaves, un conflit déjà dépassé devant la montée d'autres périls. Sebottendorff s'était voulu un Porte-Torche et Adolf Hitler un Porte-Glaive. Il avait rêvé d'établir sur cette terre le règne de la Grande Allemagne. Mais un monde qui eût réuni tous les fils dispersés de l'antique Hyperborée lui semblait un songe fumeux. Son Reich restait étroitement teutonique et ne s'identifiait pas avec l'Europe. Encore moins avec Thulé. Pourtant, certains avaient compris, et pas seulement Hess, Darré ou Rosenberg. Mais ceux-là, ils n'étaient pas dans les bureaux, ils étaient sur le front. La plupart sont morts aujourd'hui. Les survivants restent maudits. Et pourtant, ils voulaient rassembler un jour tous les fils de Thulé, dans une même fidélité, à leurs ancêtres, à leurs enfants et à leurs dieux. Pour fonder une religion. NILFHEIM |