LE MYTHE DE THULE

I - LE SOLEIL D'AMBRE

LE PRODIGIEUX TEMPLE DU SOLEIL NORDIQUE

Le site de Stonehenge se trouve dans la plaine de Salisbury, sur cette vieille terre du Wessex. Cette cathédrale païenne nous écrase de toute sa puissance muette. Bien sûr il fallait traduire ce langage du silence, au début du XXè siècle, il n’existait pas moins de neuf cent quarante-sept théories pour expliquer le mystère de Stonehenge. 

Vers 1100, Geoffroy de Monmouth, prélat gallois, dans son Histoire des rois de Bretagne, qui devait donner naissance à tout le légendaire arthurien, relate que les mégalithes de Stonehenge, les fameuses « pierres bleues », furent apportées d’Irlande et transportées par Merlin l’Enchanteur. La légende n’était, certes, pas plus fausse que l’explication « historique » de l’architecte Inigo Jones, qui affirma, en 1620, que ce temple avait été, sans nul doute, édifié par les Romains. Le Dr Walter Charleton ne tarda pas a soutenir qu’il s’agissait d’une construction des Vikings danois, un millénaire plus tard, et que ce temple servait à leur élection. John Aubrey, au XVIIè siècle, fit enfin intervenir les inévitables druides. Les archéologues, depuis lors, n’ont cessé de remonter dans le temps pour dater Stonehenge. 

Le cercle sacré délimite une enceinte d’un demi-hectare

Aujourd’hui, enfin, on commence à se rendre à l’évidence : Stonehenge n’a pas été bâti en un jour, ni même en un siècle. Commencé à l’époque néolithique, ce temple solaire a été modifié a plusieurs reprises jusqu’à l’âge du bronze.

Tout commence sans doute vers 2800 avant notre ère. L’aire circulaire sacrée se trouve isolée par un gigantesque fossé doublé d’un talus. Le diamètre de cette enceinte est d’environ quatre-vingt-dix mètres et ne changera plus désormais. 

Pour se rendre au centre du sanctuaire de Stonehenge, il faut suivre la longue avenue d’herbe rase, bordée de fossés et de levées de terre. Etrange voie triomphale qui a survécu à l’épreuve du temps et paraît encore plus grandiose dans son dépouillement. Dans ce haut lieu de plein vent, plus aucun obstacle ne se dressait entre les hommes et le ciel où s’étiraient les dernières lueurs d’un interminable crépuscule. 

A l’extérieur de l’enceinte sacrée, à quatre mètres du milieu de l’avenue, se dresse le bloc solitaire de pierre brute. En élevant ce mégalithe de plus de trente-cinq tonnes, les hommes des anciens âges nordiques n’ont voulu ni le polir ni même le tailler. Il apparaît dans toute sa rigueur élémentaire, tel qu’il fut extrait de la lointaine carrière d’au-delà de la mer. Car les énormes pierres bleues viennent de Prescelly Mountains, a plus de deux cents kilomètres de ce haut lieu, du comté gallois de Prembrokeshire ! 

La première pierre du temple solaire, la plus élémentaire et la plus rituelle porte le nom de Heel Stone et reste dans son isolement tragique, celle qui possède, depuis des millénaires, le « pouvoir » qui émane de cet extraordinaire ensemble. Au-delà de cette gigantesque borne, se dressent dans son alignement, deux autres pierres, à plusieurs mètres l’une devant l’autre. La « porte du temple » : deux énormes blocs, de près de cinq mètres de haut, qui ne sont séparés que par une cinquantaine de centimètres. Une fois ce porche symbolique franchi, on avance dans la grande enceinte sacrée, strictement inscrite dans une circonférence parfaite, délimitée par un fossé et une levée de terre. Enorme rempart de sept mètres de large et de deux mètres de haut, qui entoure un champ véritablement « magique » d’environ un demi hectare. 

Cette levée de terre se trouve jalonnée par cinquante-six trous circulaires, distants entre eux de cinq mètres. Ils sont aujourd’hui peu visible et Aubrey, l’archéologue britannique qui les a, le premier, découverts, pense qu’il servaient à quelque culte de la Terre. Emplis de calcaire blanc, après la première période de l’histoire de Stonehenge, ils ont été à nouveau creusés pour servir de sépultures. Là reposaient des ossements humains, avec des débris d’outils et de poteries. Quatre pierres levées, les Station Stones, entourées chacune d’un fossé circulaire, se trouvent disposées symétriquement, non loin de la levée de terre extérieure. Elles délimitent, à l’intérieur de l’enceinte circulaire, les quatre angles d’une seconde enceinte rectangulaire. 

Mais ces vestiges, qui remontent à la plus haute époque de Stonehenge, ne sont que des points de repère. Ils me conduisaient tous au cœur même du temple solaire ; vers ces pierres centrales qui, malgré les injures du temps et des hommes, constituent l’ultime enceinte sacrée de Stonehenge. 

Au cœur même du gigantesque temple solaire

Le monument central a été réalisé plus tardivement, sans doute, cette fois par les hommes de l’âge du bronze. Plus de quatre-vingts grands blocs de pierre sont ainsi érigés en trois monuments concentriques. 

Le cercle extérieur se trouve formé de trente pierres levées laissant entre elles un étroit passage, de moins d’un mètre. Chacun de ces gigantesques piliers pèse environ vingt-cinq tonnes. A six mètre au-dessus du sol, ils supportent l’enceinte circulaire, formée de pierres échancrées et rivées bout à bout. Plusieurs de ces mégalithes, pesant plus de six tonnes, sont tombés et gisent maintenant dans l’herbe rase, au pieds des piliers. Mais l’ensemble de cette enceinte garde encore une impressionnante majesté. 

Le centre du temple solaire évoque un gigantesque fer à cheval de cinq portique, encore plus haut que l’enceinte circulaire qui les protège. Les deux piliers centraux, lourds de cinquante tonnes, projettent vers le ciel un linteau de pierre à plus de sept mètre de haut. 

Tout entier placé sous le signe du soleil triomphant, Stonehenge reste à la fois un observatoire et un temple. Il témoigne à jamais des connaissances astronomiques de ses constructeurs, mais il demeure aussi un prodigieux lieu de culte. Là se sont déroulées, dans ce passé lointain, les cérémonies de fidélité au rythme des saisons. 

Quand se lève l’astre de feu au solstice d’été

Enigme de l’Histoire, sans cesse interrogée par les archéologues et les astronomes, ce haut lieu n’a cessé d’intriguer et de passionner ceux qui se veulent fidèles à leurs à leur ancêtres et à leur destin. Dans ce temple à ciel ouvert, qui n’avait pas connu d’autre dieu que le soleil, on retrouve encore quelques personnes, venus des vertes collines du Pays de Galle et des rochers roux de la presqu’île de Cornouailles, qui célèbrent le grand mariage de la terre et du feu, le grand culte tellurique de la seule force qui ne mente pas et de la seule vie qui soit éternelle.

La vie semble mourir au solstice d’hiver, mais elle renaît au solstice d’été. Stonehenge, n’est pas le témoignage d’un culte disparu, mais le point précis où pouvaient désormais s’ancrer la certitude et l’espérance, pour tous ceux qui recherchent l’esprit inaccessible de Thulé. 

NILFHEIM