
LES VISITEURS DE L’AUBE
Tout ce que l’on devait raconter, on ne l’avais pas appris sur les bancs de l’école ni de l’université ; On nous avais volé notre passé. La route vers nous-mêmes. Dans la grisaille des études, Babylone avait été naguère plus familière que Thulé. Nos enfants allaient grandir dans un monde qui avait volontairement coupé tout lien avec son propre passé. Notre aventure en ce siècle resterait indéchiffrable à qui ne savait ni où ni quand tout avait commencé. La révolution néolithique, triomphe de la volonté Il n’existe même pas un petit manuel expliquant clairement l’émergence des Hyperboréens et la grande migration qui devait les emporter, au bel âge du bronze à la conquête de ce continent européen, que nous prétendons aujourd’hui unir. Alors que nous avons oublié ce qui a fait, voici des millénaires, son unité profonde. Tous les économistes jonglant avec le charbon et l’acier ignorent que le bronze avait été jadis le plus indestructible des alliages et le symbole même de notre antique alliance. Toute notre aventure avait la même origine, tous nos peuples avaient le même sang, toutes nos nations divisées n’étaient que les débris d’un immense empire qui n’avait d’autre loi que de savoir chaque homme maître de lui-même. La nostalgie de l’Atlantide n’étaient que le souvenir d’une cité harmonieuse et organique. Cette cité n’était pas une quelconque capitale, fût-elle située sur une île mystérieuse, mais une forteresse invisible, que chaque peuple hyperboréen portait en lui-même, comme une image radieuse. Thulé se trouvait partout où des hommes restaient fidèles à la loi indicible que personne ne pouvait transgresser. Pour raconter la chevauchée des Hyperboréens. Il fallait d’abord établir une chronologie. Qu’ils viennent de ce Pôle originel, dont avait parlé naguère Julius Evola, ou qu’ils surgissent du néant de l’inconnu, quelque six mille ans avant notre ère, n’empêchait pas de situer leur origine dans la grande plaine nord européenne, entre la presqu’île du Jutland, à l’ouest, et le golfe de Finlande, à l’est. Une telle localisation pouvait sembler arbitraire. Mais sa logique interne apparaissait absolue. Faire venir les Hyperboréens du Proche-Orient allait à l’encontre de toutes les découvertes archéologiques qui devaient être volontairement occulté par tous ceux qu’anime la hantise morbide du reniement. L’Homo Nordicus semblait se tenir droit sur ses jambes sans avoir besoin de son tuteur méridional. L’aventure nordique commençait voici huit mille ans. La volonté y tenait la première place. Passer de la cueillette et de la chasse à l’agriculture et à l’élevage représente un prodigieux bond en avant. En un sens, dans cette plaine nordique si cruelle aux paysans aux prises avec un climat impitoyable, c’était un défi qui rejoignait la légende hellène de Prométhée dérobant le feu aux dieux. Joseph Déchellette, qui devait trouver la mort sur le front à cinquante deux ans, dès les premières semaines de la Grande Guerre, laissait une datation qui n’a jamais été réfutée. Cet érudit date de deux millénaires et demi avant notre ère les débuts de l’âge de bronze européen. Des centaines de milliers d’objets témoignent d’une activité prodigieuse et méconnue. Ces objets n’avaient pas été fabriqués par n’importe quels hommes. Les archéologues accourraient en renfort et constataient l’identité entre une culture et une ethnie que l’on nomme hyperboréenne. Un débris de poterie ou un fragment de hache ressuscitait ainsi l’artisan ou le guerrier qui avait naguère émergé dans l’histoire, pour modeler le monde selon son goût et selon sa force. Ces crânes trouvés dans la terre d’Occident n’étaient pas, le signe de la mort, mais au contraire le signe de la vie éternelle. Ces hyperboréens n’étaient pas anéantis puisqu’ils nous avaient fait ce que nous sommes. Ces cimetières épars restaient de prodigieux témoins de la grande création. La longue Marche des Hyperboréens vers le Soleil Les hommes de Thulé restaient des Visiteurs de l’aube, et il est préférable de les nommer « hyperboréens », plutôt que « aryens » ou « Indo-européens ». Le premier terme garde des relents de propagande belliqueuse et le second évoque la classification ardue des philologues. Vers – 2500, la souche originelle hyperboréenne se fractionne et tout ces peuples se mettent, les uns après les autres, en mouvement. A l’origine de la révolution blanche, ils avaient accompli une longue Marche. La steppe et l’océan les attendaient. Ils avaient mis au point des armes de bronze qu’ils devaient lancer dans les balances de l’histoire. Ils savaient dompter des chevaux et construire des navires . L’épée, l’étalon et le bateau : le monde appartenait désormais à leur volonté. Quand ils se mettent en marche vers des contrées moins rudes, les Hyperboréens sont peu nombreux. Dix à douze millions d’hommes, tout au plus. La population des Pays-Bas actuels. Le Midi, le Grand Midi, soudain les attire comme un aimant. Soif de terres et de batailles . Besoin irésistible de découvrir et de dominer. Désir instinctif que rend bien l’expression populaire : « se tailler une place au soleil. » Partis d’un foyer originel que les spécialistes moderne situaient, sans hésiter, du côté de la Lituanie, les Hyperboréens vont déferler en vagues successives. Ces vagues conquérantes venues du Nord, « matrice des nations » comme disaient les Anciens, devait s’échelonner sur plusieurs siècles. Certaines vont disparaître en route ou rejoindre d’autres rameaux, certaines vont marcher sans trêve jusqu’au bout et atteindre la Chine et l’Afrique, certaines vont séjourner longtemps dans les sites intermédiaires avant de reprendre la Longue Marche. Les Hyperboréens ont imposés irrésistiblement la loi de leur armes à ces populations subjuguées que les érudits appellent parfois en Europe les Asianniques, sans pouvoir dissiper la brume qui les entoure. Les anthropologues s’accordent pour classer les Hyperboréens comme « Nordiques » et les Asianiques comme « Alpins », « Dinarique » ou « Méditéranéens ». N’importe quel manuel sur la population de notre continent situe ces peuples conquis sur une carte et leurs noms sont restés familiers : Basques, Ligures, Ibères, Sicules, Etrusques, Pélasges ou Crétois. Ils n’appartiennent pas au Septentrion, mais ce sont aussi des occidentaux. Le monde « barbare » et le monde « classique « ne font qu’un Quand ils vont arriver en Inde et imposer leur loi, ils ne sont plus qu’une poignée, vouée à disparaître, après avoir marqué leur conquête d’une empreinte spirituelle et sociale indélébile. Mais tandis qu’ils s’évanouissent au cœur de l’Asie profonde, dans le décor grandiose des plaines que parcourent les fleuves immenses, quelques-uns parviennent à gagner les hautes vallées et vont terminer leur aventure sur le Toit du Monde. Ils ont voulut mourir plus près du soleil, retournant à la glace originelle, où leurs âmes peuvent retrouver leur plénitude. Pourtant ceux qui ont préféré la route du Sud à la route de l’Est, vont faire retentir toute l’Europe du piaffement des sabots et du hennissement des chevaux. La chevalerie médiévale apparaissait, alors comme la dernière charge de la cavalerie hyperboréenne. A trois millénaires de distance, on retrouvais les centaures qui devaient un jour mourir à Balaklava et à Reichshoffen, dans nos guerres fratricides du dernier siècle. Nos ancêtres avaient été les plus grands « reîtres » de l’Histoire et nous restions les héritiers de ce gigantesque Cadre Noir qui avait naguère conquis la moitié du monde. L’aventure des lointains Hyperboréens avaient été méconnue et occultée. Sur les bancs des écoles, on n’a jamais appris ce qui unissait les peuples dont les enfants d’Europe n’apprennent que les noms qu’en bâillants : « Les Thokariens, les Thraces et les Phrygiens, les Scythes, les Cimmériens, les Hittites, les Hyksos dont Jürgen Spanuth compare au Philistins… L’histoire entre la Grèce et Rome est plus connue, mais nombreux sont victimes de cette opposition cardinale Nord contre Sud. Les hautes falaises de Héligoland appartenaient au même monde que les pentes escarpées du mont Olympe. Il n’existait plus d’opposition profonde entre le monde « classique » et le monde « barbare ». Tous deux avaient été fécondés par le même génie audacieux des Hyperboréens. Ce que illustre bien cette phrase de Dieu la Rochelle : « Un peu d’Histoire divise les Européens, mais beaucoup d’Histoire les unit. » On retrouvait au pays des Saxons, des Jutes et des Frisons, les noms de ces peuples frères qui avaient naguère fondé la grandeur hellénique : les Ionens, les Achéens, et les Doriens, qui venaient selon Hérodote, des « terres au–delà des neiges ». Le courage spartiate et la
sagesse athénienne, sont deux vertus essentielles des Hyperboréens
étroitement complémentaires, qui traverseront les siècles.
On les retrouve d’ailleurs inscrites en laine rutilante sur la toile
bise de la Broderie de Bayeux, célébrant la victoire des
Normands à Hastings en 1066 : viriliter et sapienter. |