
| LA QUÊTE D’UNE
TRADITION PRIMORDIALE
La Fable tenace de l’île entre deux continents. Cette théorie devait connaître un beau succès. En 1874, le Français Roisel tente de donner une interprétation métaphysique au mystère de l’Atlantide, par l’étude des symboles religieux sur les deux rives de l’océan Atlantique. Désormais l’idée était lancée et elle fera fortune. Qu’on compte deux ou trois millénaires de différence chronologique entre la civilisation égyptienne et amérindienne, ne semble pas préoccuper les défenseurs de cette thèse, qui recevra en 1882 le renfort l’homme politique américain Ignatius Donelly dans The Antediluvian World . Cet historien amateur soutient et accrédite la thèse d’un mystérieux continent situé en plein cœur de l’océan atlantique et hautement civilisé. L’ennui pour les partisans de cette thèse c’est la contre-attaque des océanographes. Le Suédois Hans Petterson, de Göteborg, a publié en 1948 : Atlantide et Atlantique. Pour lui il n’y a aucun doute « Un continent Atlantide dans l’océan Atlantique est un cadavre géophysique qu’aucun géologue ne peut rappeler à la vie. ». Cette fiévreuse recherche avait pourtant mobilisé nombre de savants et d’imposteurs. Comme le prétendu petit-fils d’Henry Schliemann, qui affirmait dans un article du New-York American, vers 1912, avoir trouvé la clef de l’énigme au Tibet, à l’aide d’un mystérieux manuscrit. En 1922, un savant germano-bohémien, du nom de K.G. Zschaetz, prétendra même dans son livre Atlantis, die Urheimat der Arier, que le continent disparu ne pouvait être que la patrie primitive de ces fameux Aryens dont parlait temps le comte de Gobineau. L’Atlantide s’identifiait à l’Asgard, la demeure des dieux nordique, et se situait en Asie, alors considéré comme le berceau des Indos-Européens. Ce Zschaetzch avait bien mis le doigt sur la liason évidente entre l’ Atlantide et l’Hyperbor ée, mais il se laissa emporter par une passion raciale, qui, a force de vouloir trop prouver, ne prouvait plus grand-chose. Pourtant, si l’Atlantide était mystérieuse, voir inexistante, pour certains spécialistes modernes. L’Hyperborée n’en demeurait pas moins une certitude. Hérodote, Diodore, Virgile, Pline, ou Ptolémée ne la prenait pas eux, pour un pays légendaire mais pour une réalité, assez bien localisée au Nord du monde qu’ils pouvaient appréhender. Ils y voyaient le pays de l’âge d’or, dont la nostalgie ne cessait de tourmenter les humains, toujours incliner à regretter « un bon vieux temps ». Les Anciens parlent de l’Atlantide avec des larmes dans la voix, comme certains folkloristes évoquent aujourd’hui les coiffes du temps de Louis-Philippe. Quand le récit mensonger représente la vérité… Cette immense nostalgie ne s’explique pas sans une réalité historique. Ces mythes de Thulé, de l’Hyperborée, de l’Atlantide possédaient, un étrange pouvoir de « mobilisation », ils incarnaient une force proprement religieuse. La résurgence de ces mythes paraît donc normal à une époque où l’Europe commence singulièrement à vaciller sous le coup des idées révolutionnaires et des découvertes scientifiques. Les Hommes ne peuvent se passer de mystère, au déclin du Christianisme va correspondre à une étrange montée des sectes, et autres forfanteries. Le phénomène semble s’accélérer de nos jours, où le chaos s’accroît dans l’Eglise et dans toutes les structures dites à tort « traditionnelles » dans notre morne société industrielle. Les piliers s’écroulent. Phénomène d’autant plus irrésistible que les contestés sont devenu contestables et qu’ils sont les premiers à perdre confiance en eux-mêmes. Les bonimenteurs et les magiciens triomphent. L’Atlantide tiendra sa place dans les hantises de tous les anciens croyants désorientés par cette mort inéluctable de Dieu que leur annonçait Nietzsche. Dans ce Chaos et cette décadence, les anciens dieux reviennent en force et les vieux mythes reprennent une vigueur exceptionnelle. Ce qui peut effectivement nous réjouir, puisque le passé n’est jamais que la jeunesse. Les traces du royaume originel disparu, étaient visibles derrière tous les grands événements historiques de la très grande antiquité européenne. Et non pas comme le prétendait la Société Théosophique de Mme Blavatsky et de Rudolf Steiner retrouvable par l’occultisme. Les cavaliers doriens n’avaient pas surgit du néant pour apparaître soudain sur les rivages ensoleillés de la mer Egée. Ils venaient du Nord et des côtes de l’ambre. Ils appartenaient au monde de l’Hyperborée. L’Atlantide avait été pour les anciens ce que devait devenir le Graal pour tout le Moyen-Age. La tradition atlanto-boréenne nous apprend quel est le véritable nom de notre patrie. Elle brille de tous les feux du soleil. Et pourtant elle se situait dans le Nord. Cette unee religion qui possède aussi ces mystères. Mais Thulé est depuis la plus haute Antiquité, une terre du soleil invaincu : Thulé ultima a sole nomen habens. « L’intervention » de Julius Evola, le maudit. On pourrait présenter son œuvre comme une « Kabbale fasciste ». Mais l’action politique avant et pendant la dernière guerre, importe peu, au regard de sa contribution à l’analyse de notre temps et à la connaissance de notre passé. Que ce grand souffrant solitaire, paralysé sur son lit depuis sa blessure de 1945 jusqu’à sa mort en 1974, fut un maudit et, comme le dit l’Encyclopédie de l’Inexpliqué, « un apôtre de la contre-culture » importe assez peu. De la lecture de Révolte contre le monde moderne, on ne doit pas sortir évolien. Mais on peut utiliser le code civil sans être Bonapartiste. Ce livre semble assez bien éclairer la route de l’Hyperborée. Pour le grand chercheur italien de la Tradition, il ne paraissait pas impossible que ce « paradis perdu » dont rêvaient les anciens, en le nommant Atlantide ou Thulé, se trouvât au pôle Nord. Evola n’était pas le premier à l’affirmer et rejoignait l’intuition de Jean-Sylvain Bailly : « La localisation du centre ou siège originel de la civilisation « olympienne », dans une région boréale ou nordico-boréale devenue inhabitable correspond à un enseignement traditionnel fondamental que nous avons exposé ailleurs, avec des données justificatives a l’appui. Une tradition Hyperboréenne, dans sa forme originelle «olympienne » ou dans ses résurgences de type « héroïque », se trouve à la base d’actions civilisatrices accomplies par des races qui, durant la période s’étendant entre la fin de l’ère glaciaire et le néolithique, se propagèrent dans le continent euro-asiatique. » Guillaume Postel, originaire de Barenton, qui vécut au XVIè siècle et mourut dans les prisons de l’Inquisition, a écrit dans son Compendieum Cosmographicum : « Le paradis se trouve sous le pôle Arctique ». Et qu’était le paradis pour le clerc d’origine nordique, si ce n’est la transposition mystico-théologique du souvenir de la patrie primordiale ? L’explication du « polaire » en valait une autre. Le Nord devenait ainsi le centre suprême du monde et l’archétype de toute « domination » au sens supérieur du terme. Dans toutes les traditions indo-européennes, des souvenirs concordants parlent de cette terre, devenue mythique par la suite, en rapport avec une congélation ou un déluge L’origine polaire des Hyperboréens.
Les glaces du Pôle satisfont bien davantage que tous les sables du désert. Ce passage rejoint ce qui est dit dans la religion nordique primitive, du moins telle qu’elle est dévoilée en partie par les textes de l’Edda et d’innombrables témoignages archéologiques : « Nous ne reviendrons pas sur cette manifestation de la loi de solidarité entre causes physiques et causes spirituelles, dans un domaine où l’on peut pressentir le lien intime unissant ce qui, au sens le plus large, peut s’appeler « chute »_ à savoir la déviation d’une race absolument primordiale_ et la déclinaison physique de l’axe de la Terre, facteur de changements climatiques et de catastrophes périodiques pour les continents. Nous observerons seulement que c’est depuis que la région polaire est devenue déserte, que l’on peut constater cette altération et cette disparition progressive de la tradition originelle qui devait aboutir à l’âge du fer ou âge obscur, Kali-Yuga, ou « âge du loup » (Edda), et, à la limite, aux temps modernes proprement dits. » A partir de l’hypothèse boréale qu’avait proposé Julius Evola, on arrive tant bien que mal à reconstituer une chronologie acceptable. Cette race boréale primitive s’était donc mise en mouvement. « Porteurs du même esprit, du même sang, du même système de symboles, de signes de vocables, des groupes d’Hyperboréens ( venus du Pôle) atteignirent d’abord l’Amérique du Nord et les régions septentrionales du continent européen. » Puis une seconde vague d’Hyperboréens se serraient avancés, quelques milliers d’années plus tard, vers l’Amérique centrale et surtout vers ce continent mystérieux qui devrait être un jour englouti. Ce sont ces Hyperboréens « atlantes », constituant un centre de civilisation à l’image du berceau polaire originel, qui auraient peuplé l’Atlantide de Platon…. Cette « race » nordico-atlantique aurait ensuite essaimé en Amérique méridionale et en Europe occidentale. Cela se passait à la fin de l’époque glaciaire . Quant à la race purement nordique, directement issue du Pôle hyperboréen, et établie en Europe septentrionale, elle aurait alors accompli une immense migration de la Scandinavie en Asie, où l’on situe à tort le « berceau » des Indo-européens. Dans leur long voyage, les Hyperboréens devaient même atteindre la Chine et l’Afrique ainsi que l’attestent des mégalithes isolés. L’Atlantide nous conduit ainsi à la civilisation mégalithique des menhirs, des cromlechs et des dolmens. On découvrait ainsi les peuples « à la hache de combat ». Les Hyperboréens sont donc passés de l’âge d’or à l ‘âge d’argent. Et ainsi on arrive tout naturellement à la troisième ère, à l’âge du bronze. Evola le nomme l’âge titanique, sans cesser de le relier à l’Atlantide. D’après cette migration reconstituée, on peut peut-être enfin mieux appréhender, pourquoi les Héllènes croyaient que les dieux étaient nés de la mer. Ils avaient surgit du monde nord-atlantique. Le Pôle, le Soleil et la Mer : voilà une Trinité qui vaut tous les monothéismes. Cela peut-être tenu pour une chronologie, ou plutôt un enchaînement historique : il y’a le Pôle - ce qui paraissait possible ; l’Atlantide ce qui paraissait probable ; Thulé - ce qui paraissait certain. L’aventure des « Hyperboréens », ce peuple que les anciens croyaient supérieur et d’origine divine, courait sur des dizaines de millénaires. Mais il devait désormais s’incarner en une époque préhistorique précise, celle de l’âge du bronze. De l’Atlantide à l’âge du bronze Paul Le Cour à travers les numéros de sa revue Atlantis, s’attachait à une tradition qu’il nommait à juste titre, « atlanto-boréenne ». Il établissait une totale identification entre les Atlantes et les Hyperboréens. Il à écrit : « Il est probable que la civilisation la plus anciennement connue date de la découverte du bronze, que l’on attribue précisément aux Atlantes ». La Quête de Thulé conduit alors sur le peuple de l’âge du bronze, après une escale dans l’Atlantide. Une Atlantide qui paraît ainsi de moins en moins mythique. L’alliance du cuivre et de l’étain a permis la fabrication d’un métal vite devenu légendaire. Pour l’histoire de notre monde, le bronze a plus de valeur que l’or. Et il porte encore aujourd’hui le nom mystique d’airain. Les hommes du Nord ne devenaient –ils pas des dieux en devenant forgerons ? Ainsi, les Nibelungen apparaissaient singulièrement évocateurs d’une réalité originelle. On retrouve aussi Pythéas. Il était partit à la recherche d’une voie maritime pour rapporter l’étain. Le plus grand gisement se trouve aux îles Cassitérides, qui sont sans doute, Les Sorlingues ou Scilly, à l’extrémité occidentale de la Cornouailles britannique. Quant au cuivre , il n’est pas rare en Europe et l’île sacrée de Héligoland reste une véritable « mine de cuivre » à ciel ouvert. L’île de Thulé n’était pas l’Atlantide, mais une « colonie » une étape, une « marche » des Hyperboréens. Une autre « colonie »se trouvait à Héligoland. Cela accrédite les découvertes du pasteur Jürgen Spanuth et sa théorie de l’Atlantide retrouvée. Le monde avait connu plusieurs vagues de conquérants hyperboréens. Le récit de Platon « télescopait » l’aventure de la grande race des hommes blonds aux yeux clairs. Ceux que les Egyptiens appelaient « les peuples de la mer » ne venaient pas de l’Atlantide « atlantique », mais de l’Atlantide « scandinave », ou plus exactement jutlandaise. Les preuves existaient. Tout autant que Pythéas , c’est désormais Spanuth qui montrait le chemin de Thulé. Heligoland, haut lieu atlante Quand le pasteur archéologue Jürgen Spanuth prétendit, peu après la dernière guerre, avoir enfin localisé d’une manière certaine l’Atlantide, il fut accueilli avec un scepticisme qui frisait le mépris et même la haine. Il prétendait situer l’île des atlantes en mer du Nord, il justifiait ainsi toutes les théories septentrionales, plus ou moins discréditées pour avoir été utilisé à tort et à travers par les nazis. Le pasteur Jürgen Spanuth était né en 1907, d’origine montagnarde autrichienne, il avait étudié à Vienne, Berlin , Kiel, avant de professer la théologie, l’histoire ancienne et l’archéologie à Wiener Neustadt. Pasteur de la petite ville de Bordelum, en Frise du Nord, non loin de la frontière danoise, il devait utiliser ses loisirs pour rechercher les traces de l’Atlantide. Mais faute de moyens financier, il n’avait jamais réussi, à poursuivre, les fouilles sous-marines, au large d’Héligoland. Ces fouilles sous-marines auraient, selon lui, totalement confirmé ses thèses. Le problème de Spanuth, vient peut-être du fait qu’il n’est jamais parvenu à organiser l’indispensable battage publicitaire autour de ces découvertes. Pourtant, sa démonstration restait d’une glaciale objectivité. La réalité atlante à medinet habou Jürgen Spanuth s’est livré à une critique minutieuse du texte de Platon. Il a surtout eu l’idée de remonter à la source et de se rendre en Egypte, là même ou Solon avait entendu, de la bouche des prêtres-historiens, le récit de l’invasion des Atlantes. Le pasteur va alors découvrir, dans les gravures et sur les tablettes du temple de Médinet Habou la clé de l’énigme atlantéenne. Le temple de Médinet Habou a été construit par Ramsès III, qui régna dans les années 1200 à 1168 avant notre ère, ce temple fut appelé autrefois « le temple du grand No-Amun de Thèbes ». Grâce aux documents qu’il a découverts, le pasteur Spanuth commence par dater la terrible catastrophe dont parlait Platon dans le Timée. Il date le formidable événement vers : – 1220 . L’éruption du volcan de l’île Théra dite aussi Santorin, située à une centaine de kilomètres au nord de la Crête dans la mer Egée, provoquera des dégâts fantastiques dans toute le monde méditerranéen. « Les fouilles faites en Grèce, en Crète et à Chypre, en Asie Mineure, en Mésopotamie, en Syrie et en Egypte ont montré que toutes les villes, colonies, palais, temples avaient bien effectivement été détruit vers 1220 av. J.C par des tremblements de terre violent suivis de terribles incendies. » Cette éruption volcanique a été la plus puissante depuis l’ère glaciaire. Les recherches archéologiques ont confirmé le récit, que l’on croyait légendaire, de Platon. Le pasteur Spanuth, s’il attache une importance capitale à l’éruption volcanique de Thêra se refuse, certes, à confondre cette île avec l’Atlantide. Toutes les précisions du récit de Platon excluent la possibilité de situer l’Atlantide en Méditerranée ou même en mer Egée. L’île engloutie se trouve à l’extérieur des colonnes d’Hercule. Après sa disparition, nous dit d’ailleurs Platon, la mer comporte de nombreux hauts-fonds qui rendent la navigation impossible, ce qui n’est pas le cas au large de la Grèce où le relief montagneux provoque des reliefs marins accentués. Quant au cône volcanique de Thêra, il ne peut pas être assimilé à la plaine fertile dont parle le Critias … Les deux grands courants des « peuples de la mer » en mediteranee Peu après cet immense cataclysme, les « peuples de la mer », dont parlent les Egyptiens et que Spanuth identifie aux Atlantes, venu du Nord, se sont heurtés aux Athéniens. « De nouvelles populations envahirent la Grèce entre 1220 et 1200, après les catastrophes naturelles, au cours de la Grande Migration, appelée autrefois migration « dorienne »ou « égéenne ». Elle occupèrent tous les états grecs, les îles égéennes, la Crête et Chypre ; Seules Athènes et l’Attique ne purent être prises car les Athéniens se défendirent victorieusement derrière « l’enceinte de Pelasgia » et sauvèrent leur liberté. » Les Atlantes vont alors attaquer l’Egypte. Cela se passe sans conteste vers l’an 1200. Les textes sur papyrus et les représentations murales permettent de restituer les grands événement de cette époque : Il existe à Médinet Habou environ dix mille mètre carrés de textes et de dessins muraux encore lisibles. L’égyptologue américain Breasted écrit : « On y voit les hordes des peuples du Nord et de la mer combattant contre les mercenaires de Ramsès III. Le grand mérite de Spanuth sera de comparer les gravures du temple de Médinet Habou avec les découvertes archéologiques de l’âge du bronze en Europe septentrionale. La parenté paraît évidente. Epées » à langue de carpes », casques à cornes, bateaux à proue et poupe « à tête de cygne », boucliers ronds, chars de combat à roue pleine, coiffure du style « couronne à rayons. » Les peuples de la mer qui attaquent l’Egypte et vont subir une effroyable défaite navale sont incontestablement les Atlantes dont parle Platon. Comment les Atlantes sont-ils venus jusqu’en Egypte, sur les rives méridionales de la mer Méditerranée, dont veulent tant exclure certains « chercheurs » aveuglés par une exclusive passion antinordique ? Pour Jürgen Spanuth, il ne s’agit pas d’une simple expédition militaire, mais d’une véritable migration de population. Les Atlantes ont émigré du Nord originel par la mer, avec leurs bateaux à tête de cygne, et par terre, avec leurs chariots à roue pleine. En descendant vers les pays du Sud, ils se divisent en deux grands courants. L’un par la Grèce, subit un grave échec devant l’Acropole d’Athènes, mais réussit à occuper la Crête et à s’en servir comme « base militaire », d’où les Atlantes vont rayonner dans toute la Méditerranée orientale. Ils occupent Rodhes puis Chypre, mais ne cherchent pas à s’emparer des îles du nord et du centre de la mer Egée. Un autre courant des peuples venus du Nord descend toute l’Italie, après être passé par le col du Brener. On trouve indiscutablement les traces de ces Atlantes dans la vallée de Val Camonica, où plus de sept mille dessins rupestres s’apparentent étroitement, par la technique de gravure et les motifs, à ceux retrouvés dans la province de Bohuslan en Suède. Les Atlantes continuent leur longue marche vers le sud. Ils arrivent en Sicile. Désormais, l’Egypte se trouve encerclée par les Nordiques qui l’attaquent à la fois par la Lybie et par la Syrie. La démonstration de Spanuth, montre que les Atlantes, dont parlent les prêtres égyptiens à Solon et les peuples de la mer, que décrit Ramsès III, se confondent. Ils sont « les peuples septentrionaux qui ont leur patrie dans la mer du Monde, au nord, où règnent sur beaucoup d’îles et partie du continent. » A la recherche de la patrie primitive des Atlantes Les Anciens ont donné différents noms aux peuples que nous appelons aujourd’hui « Aryens » ou mieux « Indo-Européens ». Ils sont nommés ainsi, tour à tour : « Peuples du Nord », « Atlantes », « Peuples de la Mer », « Hyperboréens ». Ils semblerait même possible d’identifier, avec plus de précision ces « Nordiques ». Les textes égyptiens parlent des « Phrs » que les Hébreux appellent « Phelestim » ou Philistins, et que certains spécialistes identifient aux Frisons, des « Sakar » qui sont sans doute les Saxons, et des « Denen » que l’on peut identifier aux Danois. Ces guerriers venus du Nord pour attaquer les Egyptiens sont donc des « pré-vicking ». Ce qui paraissait frappant chez les Atlantes dont les papyrus égyptiens nous restituent les plans et les batailles, c’est leur confiance en eux. Les Egyptiens croient qu’ils révèrent un dieu de la jeunesse, de la Force et du Soleil, qui n’est autre que le futur « Apollon Hyperboréens » des Hellènes, et le Balder de la mythologie Nordique. Mais leur lointaine patrie ne survivrait pas non plus à une catastrophe naturelle. Ramsès III rapporte « leurs villes furent englouties dans la mer » et le récit de l’Atlantide dit : « l’île Basileia sombra dans la mer et disparut. » L’identification des Atlantes et des peuples de la mer, en ce Xè siecle avant notre ère, ne constituait que la préface de la démonstration du pasteur Spanuth. Son véritable but restait de localiser l’Atlantide et sa capitale Basileia. Selon lui ce que les Anciens désignent par « en dehors des colonnes d’Héraclès » veut dire aussi bien au nord qu’à l’ouest du détroit de Gibraltar. « Les peuples de l’Antiquité avaient une image géographique du monde très différente de celle que nous connaissons aujourd’hui, ils pensaient que la Terre était un disque autour duquel coulait le Grand Cercle de l’eau (en égyptien : « sin wur »). Ce cercle terrestre, divisé en deux demi-cercles, nord et sud, se trouve partagé en neufs arcs, dont le neuvième se trouve tout à fait au nord. Là se situe l’île des Atlantes, ce que les Grecs nomment la colonne du Nord « stele boreiros », ou colonne d’Atlas, le porteur du monde. On a retrouvé, selon Spanuth, une représentation de cette colonne nordique du ciel sur une cassette en ivoire du tombeau de Toutankhamon. Elle ressemble étrangement à l’arbre de Vie des anciens Saxons, la colonne d’Irminsul, qui figure, gravé dans la pierre, sur le temple païen de plein air des Externsteine près de Detmold. L’ océan Atlantique tire son nom du dieu Atlas qui se confond avec le roi Atlas, le fils de Posséidon et de Clito. On doit donc chercher la mer Atlantique non pas à l’emplacement de l’actuel océan mais là où les Anciens plaçaient Atlas, le porteur du ciel. Toute la tradition antique, aussi bien hellénique qu’égyptienne, s’accorde à situer la colonne du ciel sous l’étoile polaire. Homère situe, sans hésiter, Atlas au pays des Hyperboréens et le décrit au nord du monde. Selon le poète de l’Odyssée, le jour et la nuit se rencontrent à l’extrême nord. Pythéas racontera à son retour de Thulé, ce qu’il avait vu : « Les Barbares m’ont montré où le soleil se couche pour dormir. » Cette phrase est une des rares que Strabon a réussi à sauver du récit original du grand voyageur massaliote. L’île de l’ambre jaune, capitale du continent englouti Le pays où, selon la légende de Prométhée enchaîné, séjournent Atlas et les vierges hyperboréennes, apparaît, avant tout, comme le pays de l’ambre. Pour Jürgen Spanuth, l’ambre hyperboréen n’est autre que l’orichalque atlante. C’est la matière qui après l’or « représente la plus haute valeur pour les hommes de l’époque ». L’ambre jaune, que les Grecs nomment « elektron », se trouve sur les côtes de la Baltique et de la mer du Nord, surtout sur la côte occidentale du Jutland au foyer d’origine des peuples hyperboréens. Pythéas avait naguère découvert l’île de l’ambre. Aba-Alo, Electris, Héligoland et Basileia pouvaient-elles se confondre ? C’est une île dans la mer, avec des bancs de sables… Selon Spanuth, il s’agirait bien de la capitale des Atlantes, qui fut engloutie vers le XIIIè siècle avant notre ère, pour ressurgir vers le VIIIè ; « phénomène souvent observé pour des îles englouties sur la côte occidentale du Schleswig-Holstein ». Le géographe grec Marcellus écrit, d’ailleurs : « Les habitants des îles dans l’océan du Nord avaient conservé le souvenir de l’Atlantide transmis par leur ancêtres ; une grande île qui avait existé autrefois dans cette région et avait dominé pendant de nombreux siècles toutes les autres îles de la mer extérieure ; cette île avait été consacrée à Poséidon ; elle avait été un jour envahie par la mer et détruite. » Cette île sacrée de l’ambre jaune et du cuivre ne peut se situer que dans la baie sud-est de la mer du Nord, à un jour de navigation de l’embouchure du fleuve Eridan, qui n’est autre que l’ Eider. Comme dans le récit de l’Atlantide de Platon, la navigation y est rendue très difficile par la présence des hauts-fonds. Ce qui paraissait fantastique dans cette localisation, c’était l’existence d’une liaison mer du Nord et mer Baltique, par l’Eider, la Treene en amont et la Schlei en aval. Ainsi, coupé a sa base par un véritable bras de mer, le Jutland tout entier était naguère une île. Après la disparition de Basileia, capitale des Atlantes, surgit le « mur de brisants » de Lunden, qui devait contraindre l’Eider à se jeter à près de cent kilomètre plus au nord et modifier profondément la carte hydrographique du pays de l’ambre. Après la catastrophe de 1200, tout le paysage va être changé. Vert, Blanc, et Rouge les couleurs d’Héligoland Le texte de Ramsès l’Egyptien parle d’un pays saint : « neteraa », et Platon utilise un terme similaire : « chora hiera ». Le terme égyptien et le terme hellénique ont la même signification, celle de terre sacrée. Adam de Breme, qui vécut au XIè siècle de notre ère, appelle, lui aussi, l’île de Héligoland « terra sancta ». On ne peut, cependant, pas croire à l’identification de l’île actuelle et de la capitale des Atlante, si minutieusement décrite dans le Critias, avec ses enceintes concentriques. Mais Héligoland pouvait fort bien se confondre avec ce rocher dont parle Platon et qui « se dresse très haut et à l’air d’être découpé au couteau ». Constitué de « roche rouge, blanche et noire », nous dit le texte du philosophe grec, il domine la plaine ou s’étend la capitale des Atlantes, avec le palais des dix rois et le temple dédié à leur père Poséidon. Dans le vieux symbolisme héraldique, le noir s’apparente souvent au vert et au bleu. On retrouve alors, dans la description de Platon, ces couleurs mêmes dont parle un vieux proverbe de la Frise du Nord : Grün ist das Land Weiss ist der Strand Rot ist die Kant Das sind die Farben von Helgoland. « Verte est cette terre, blanche est cette plage, rouge est cette falaise. Ce sont les couleurs d’Héligoland. » La sagesse populaire des Frisons retrouvait, pour évoquer le rocher sacré, les termes mêmes dont s’était naguère servi Platon ! Héligoland se trouvait, au temps de Pythéas à une journée de voile de la côte de l’ambre et de l’embouchure des fleuves. Il ne faut plus aujourd’hui que trois heures aux paquebots blancs chargés de touristes pour naviguer de Cuxhaven à l’île sacrée des peuples de la mer du Nord. Cette une mer peu profonde, où d’invisibles chenaux serpentent entre les bancs de sables. On retrouve le paysage décrit par Platon dans le Timée : « cette mer est encore de nos jours inexplorable et infranchissable, en raison de couches de limon très gênantes que laissa l’île disparue » et dans Critias : « Il s’est formé des hauts-fonds impraticables, au point d’empêcher les navigateurs qui veulent se rendre de la mer de l’autre côté, de poursuivre leur route. » |