LE MYTHE DE THULE

I - LE SOLEIL D'AMBRE

CHAPITRE 1 - Vers la mystérieuse terre du nord

Le pouvoir que contiennent ces deux syllabes Thulé est emplit de mystère. Il suffit de les prononcer, devant le feu qui brûle devant la cheminée, et aussitôt les yeux s’emplissent de quelques rêves surgit du fond des âges. Cinq mille ans d’errance héroïque se réduisent en un seul instant fugitif. Pour comprendre ce mythe il faut s’embarquer, s’encalminer dans les bancs de brume, ne pas pouvoir franchir ce mur gris, opaque, impénétrable, où le ciel et la mer se confond en un même instant palpable et glacial, qui barre la route et défend à jamais les mystères de Thulé.

En suivant le vol des mouettes, on part jusque sur l’île sacrée des hommes du Nord, à Héligoland, et dans les rues brumeuses de Munich, pour revenir au point de départ du découvreur antique de Thulé, la patrie de Pythéas. 

Dans toute légende, on cherche une étymologie qui satisfasse au mythe. Au départ, les érudits allemand ont pensé a une origine germanique, mais sans pouvoir donné une explication digne de ce nom. On a pensé a des mots grecs tels que Tholos, brouillard, ou Tele, loin. Finalement une acceptation valable du point de vue étymologique, serait celle de Samivel voyageur et alpiniste chevronné, dans son livre l’Or de l’Islande il propose une origine celtique : Thual, ce qui veut dire la Terre du Nord.

( De plus le mot Tulà, en sanscrit, signifie «  balance ». Selon René Guénon, dans le Roi du monde, la balance au-delà du signe zodiacal évoque une constellation polaire : La Grande Ourse et la Petite Ourse ont été assimilées aux deux plateaux d’une balance. Et c’est du pôle que repose effectivement l’équilibre de ce monde. On retrouve donc le symbole nordique primordiale. )

Thulé est donc bien le Nord, ce Nord dont nous vient toute lumière. Ce mot celtique prouvait l’étroite parenté de tous les Hyperboréens depuis la grande dispersion.

Thulé ce n’est pas seulement l’île mystérieuse découverte par Pythéas le Massaliote. C’est aussi un symbole qui recouvre toute la réalité disparue de l’antique Hyperborée et en appréhende la  force tellurique.

Le premier grand historien grec connu, Hérodote, parlait déjà de Thulé, et en termes combien étranges :  « C’est une île de glace, située dans le grand Nord, où vécurent des hommes transparents. »

Ce que les bibliothèques ont réussit à sauver du raz de marée chrétien nous renseigne assez bien sur le voyage de Pythéas, mais laisse encore subsister de larges bancs de brumes.

Massalia , le départ de Pythéas. 

La raison « officielle » du périple entrepris par le Massaliote vers – 330 est de trouver une route maritime directe pour rapporter dans sa patrie l’étain de Cornouailles et l’ambre de la Baltique. Ceux qui dirigeaient la Cité trouvaient que les transports par terre, à travers le continent celtique, obéraient vraiment par trop leur négoce. En ce IVème siècle avant notre ère, la puissance de Massalia s’étend de Monaco à Péniscola en Catalogne. L’ambition lucrative rongeait Massalia et la grande cité gardait l’ambition de régler un jour ses comptes avec Carthage, sa rivale.

Mais l’esprit de négoce n’explique pas tout. Les Archontes qui gouvernent aristocratiquement la ville, se demandent s’il n’existe pas , vers la mer libre et Le Nord, quelque continent mystérieux, dont le contrôle leur donnera la puissance matérielle et aussi spirituelle .

Rêves transmis par la seule tradition d’une terre mystérieuse et sacrée, où serait né le peuple source. Les hyperboréens sont bien davantage imaginés comme des ancêtres que comme des contemporains.  

A voir revivre les Massaliotes, de ce siècle de splendeur, on commence à comprendre que l’ Orient n’était pas perçu par eux comme le berceau de leur race, mais au contraire, comme l’ennemi. La séculaire rivalité avec les Carthaginois actualisait le choc de deux mondes antagonistes. Grâce à Pythéas et à ses compatriotes, on peut comprendre que dans l’Antiquité, voici deux millénaires et demi, entre le déclin d’Athènes et le règne de Rome ce que nous appelons aujourd’hui le Nord et le Sud délimitaient les extrêmes d’une même aventure humaine. On peut alors supputer que cavaliers Doriens et marins Massaliotes, devenaient alors, les descendants direct des Hyperboréens.  

La navigation de Pythéas s’inscrit ainsi, à qui connaît l’origine commune des peuples d’Europe, dans le cycle de l’Eternel retour. Comme Alexandre qui a renoué le lien solaire unissant autrefois les montagnes de Macédoine aux plaines de l’Indus. Massalia veut, à son tour, apporter le poids de son génie maritime à cette redécouverte des liens du sang et de la foi. 

« Autour de l’océan » un journal de bord mutilé. 

Le récit intégral du voyage de Pythéas et la carte qui l’illustrait ont été brûlés lors de l’incendie criminel de la bibliothèque d’Alexandrie par les chrétiens, sous la direction de l’évêque Théophile. Celui-ci voulait réduire par le feu les païens réfugiés à l’intérieur du « serapeum », ce qui nous prive de deux des documents les plus précieux.  

Du journal de bord de Phythéas, on ne connaît que le titre : « Autour de l’océan ». Quelques fragments ont été conservé par Strabon. Mais le commentaires de cet érudit, qui vivait au début de notre ère en Cappadoce et qui n’a jamais franchi les limites de sa cité. Apparaissent aussi suspects que les volumineux ouvrages de tous ces polygraphes qui écrivent toujours les mêmes fables venimeuses sur cette « mystérieuse et inquiétante » Société de Thulé de 1919. Car déjà dans l’Antiquité, le goût du sensationnel et de l’équivoque faussait l’information. 

D’autres témoignages - mêmes indirects – peuvent cependant servir de guide. Dans son Journal de bord de Pythéas de Marseille, un écrivain, Ferdinand Lallemand, s’est livré à une véritable enquête littéraire et archéologique : il a pu alors restituer ce qu’il nomme, avec un bel élan « Un merveilleux Pont du Vent posé sur la route des Baleines. » Il fait appel aux textes de Cosmas Indicopleustês, de Denys le Périégète et de Pline l’Ancien. Il a lu le livre publié par le Suédois Arvedson en 1824 et conservé à la bibliothèque d’Upsal ; il a connu le Marseillais Gaston Broche, professeur à l’université de Gênes et auteur d’une thèse capitale sur Pythéas. 

Pythéas veut un navire solide et rapide. Quilles de chêne, bordés recouvert de plomb, éperon de bronze. Sa pentécontore ( navires habituels des expéditions guerrières et des traversées hauturières des marins grecs) peut naviguer à la rame et à la voile. Comme le feront dans un millénaires les « drakkars » des Vikings , que l’on doit, d’ailleurs, appeler « snekkars » ou « Knorrs ». La pentécontore est conçue pour naviguer dans les mers du Nord, affronter les glaces, brumes et les brusques rafales de vent furieux, qui creusent soudain des précipices dans la mer. Le Massaliote place son expédition sous le patronage d’Apollon, le dieu du soleil qui apparaît bien, comme un frère méridionale de Balder. 
 

L’extraordinaire voyage de Pythéas 

Commence alors le long voyage vers Thulé. Le navire de Pythéas franchit les colonnes d’Hercule et affronte la mer libre. Il croise au large des côtes d’Ibérie, fait voile d’une seule volée de Galice en Armorique. Il arrive à l’île d’Ouessant et met le cap plein Nord sur la Cornouailles britannique. Il cingle ensuite vers les îles Cassitérides, qui sont sans aucun doute les Scilly. Pythéas est arrivé au cœur du pays de l’étain. Puis il décide de longer les côtes de la (grande) Bretagne. Au bout de deux mois de navigation, il se trouvent  au cap Orcas, aujourd’hui Duncansby Head. Ainsi arrivés au pays des Pictes l’équipage croit qu’il a enfin atteint le but de leur voyage. Pythéas demande alors a ces barbares s’ils sont à la fin du monde. Les guerriers aux bracelets de bronzes et aux torses peints lui répondent que au delà, de l’océan qui se prolonge a perte de vue vers le Nord, s’étend une île étrange où seul peuvent aborder ceux qui ont le cœur pur.

Pythéas poursuit donc sa route plein Nord, il longe les îles Orcades qu’il laisse à tribord. Puis il dépasse le îles Shetland, il les situe « au larges des terres germaniques », alors que l’île d’Unst, la plus septentrionale des Shetlands, se trouvent à mi-chemin de l’Ecosse et de la Norvège. Pythéas navigue ensuite vers les îles Féroé, la pentécontore les dépasse et les laisse lentement disparaître derrière elle.

Cela fait donc six jours, que Pythéas et ses compagnons ont quitté le cap Orcas, à l’extrémité septentrionale de l’Ecosse. Et enfin ils aperçoivent à nouveau la terre.

Aucun marin n’est jamais revenu pour dire ce qui se trouvait sous une telle latitude. Si les hommes veulent un jour retrouver le monde des hyperboréen et devenir semblables aux dieux, c’est vers le Nord qu’ils doivent border les voiles.

A la rencontre du Septentrion et de l’Occident, ne meurt plus le soleil.