III / Les rites et les célébrants 

Sacrifices 

Le rite sacrificiel était au coeur du culte et de nombreux autels en terres on été mis au grand jour par les fouilles archéologiques.

On sacrifiait toutes sortes de bétail, principalement des chevaux. Mais les pourceaux étaient écartés de ce type de rituel.

Selon l'usage scythe, la victime se tenait debout, les pattes avant attachées ensembles à l'aide d'une corde. Le sacrificateur était placé derrière l'animal qu'il faisait tomber en tirant sur la corde. Dès lors, la victime était étranglée à l'aide d'un lacet entourant son coup que l'on serrer avec un bâton. Il n'y avait ni prémices, ni feu, ni sang pendant la mise à mort ; et le rite s'accompagnait de prières et d'invocations. Après avoir été étranglée, la viande et les os de la bête étaient cuits, soit dans un chaudron, s'il y en avait un à disposition, soit dans la panse de l'animal lui-même qui était alors remplie d'eau ! Le sacrificateur jetait enfin les chairs sur le sol, en face de lui. 

L'Arès scythes faisait l'objet d'un culte particulier : 

"Dans chaque district de leurs royaumes, ils ont un sanctuaire d'Arès établi de la façon suivante : des fagots de menu bois sont entassés jusqu'à concurrence de trois stades en long et en large, moins en élévation ; sur ce tas est aménagée une plate-forme carrée ; trois des côtés sont à pic, on peut y monter par un seul. Chaque année, on y met une surcharge de cent cinquante chariots de branchages ; car le monceau s'affaisse constamment par l'effet des intempéries. Sur ce monceau, dans chaque district, est planté un antique sabre de fer ; et c'est là la représentation d'Arès. A ce sabre, ils offrent des sacrifices annuels de bétail et de chevaux ; et, outre ce qu'ils offrent aux autres dieux, ils lui font encore ce genre d'offrandes : de tous les ennemis qu'il capturent vivants, ils sacrifient un sur cent, non pas de la même façon qu'ils sacrifient le bétail, mais différemment. Après qu'on a versé des libations de vin sur la tête des victimes humaines, on les égorges au-dessus d'un vase ; on monte ensuite ce vase en haut du tas de branchages, et on répand le sang sur le sabre. Tandis qu'on porte le sang en haut, en bas près du monceau sanctuaire il se passe ceci : à tous les hommes immolés on coupe l'épaule droite et le bras, et on les lance en l'air (sic !) ; puis, quand on en a fini avec les autres victimes, on s'en va ; le bras reste gisant là où il est tombé, et le corps de son côté." 

L'idée première de la mutilation précitée était sans doute de rendre la victime incapable d'une vengeance posthume. On retrouve d'ailleurs cette pratique dans les légendes ossètes.

La quantité de bois utilisée (sûrement exagérée) traduit l'importance du dieu dans cette contrée où les forêts étaient presque inexistantes.

En outre, il convient de noter que le culte des épées sacrées était très répandu chez les peuples issus des terres altaïques. On le retrouve aussi bien chez les Alains que chez les Huns, sous une forme quasi identique. 

La religion scythe comportait aussi des banquets sacrificiels ou funéraires que l’on entraperçoit facilement dans les comptes rendus de fouilles de kourganes. 

Le problème du clergé : la divination 

De même que dans la société romaine, il n'y avait pas dans la société scythe de caste sacerdotale. L’organisation de type féodal empêchait toute survivance fonctionnelle indo-européenne. Seuls les détenteurs d'autorité, du père au roi, en passant par le nomarque, présidaient les rites ; à l'exception notable du peuple sarmate qui accordait une grande importance aux sacerdoces féminins.

Il semble ne pas y avoir eu non plus de clergé organisé. En cela les Scythes se séparaient nettement de leurs cousins de l’Iran, et plus généralement des Indo-Européens. 

Certains aspects du culte étaient rendus par des devins professionnels qui n'appartenaient à aucun clergé officiel. Ceux-ci pratiquaient leur art à l'aide de baguettes de saule qu'ils assemblaient en faisceaux et disposaient sur le sol : la rhabdomancie. Ce procédé divinatoire est attesté chez d'autres peuples.

L’on raconte que lorsque le roi était malade, on envoyait chercher trois devins qui étaient parmi les plus réputés du royaume. Si le jugement qu'ils portaient s'avérait faux, on les brûlait vifs sur un chariot tiré par des boeufs ! 

« Si l'accusé nie le crime et s'indigne qu'on ait pu le lui imputer, le roi fait venir le double d'autres devins. Si ceux-ci le convainquent aussi de parjure par les règles de la divination, on lui tranche sur-le-champ la tête, et ses biens sont confisqués au profit des premiers devins. Si les devins que le roi a mandés en second lieu le déclarent innocent, on en fait venir d'autres, et puis d'autres encore ; et, s'il est déchargé de l'accusation par le plus grand nombre, la sentence qui l'absout est l'arrêt de mort des premiers devins.           
Voici comment on les fait mourir : on remplit de menu bois un chariot, auquel on attelle des boeufs ; on place les devins au milieu de ces fagots, les pieds attachés, les mains liées derrière le dos, et un bâillon à la bouche. On met ensuite le feu aux fagots, et l'on chasse les boeufs en les épouvantant. Plusieurs de ces animaux sont brûlés avec les devins ; d'autres se sauvent à demi brûlés, lorsque la flamme a consumé le timon. C'est ainsi qu'on brûle les devins, non seulement pour ce crime, mais encore pour d'autres causes ; et on les appelle faux devins. »
(Hérodote, Histoires, IV). 

Les Enarées constituaient une catégorie de sorciers que l'on qualifiait "d'hommes-femmes" à cause des rapports qu'ils entretenaient avec des divinités féminines. Le don divinatoire leur aurait été donné par Aphrodite, déesse dont leurs ancêtres avaient violé le sanctuaire à Ascalon. Celle-ci les aurait pourvu de pouvoirs magiques en contrepartie de leur malédiction corporelle. Les Enarées pratiquaient la divination en utilisant des écorces de tilleuls qu’ils fendaient en trois bandes, puis entrelaçaient autour de leurs doigts. Ces bandes étaient désassemblées et révélaient ce faisant l’oracle réclamé.

La présence de ce genre de sorciers efféminés, de certaine pratiques divinatoires ainsi que l'omniprésence de la figure animale dans l'art peuvent nous amener à penser qu'il existait dans le monde scythes un chamanisme local. D’autre élément soutiennent cette théorie. Par exemple, des objets appelés "surmonts" avaient une grande place dans le culte. Il s'agissait de représentations métalliques d'animaux, fixées au bout d'une hampe, qui servaient notamment à délimiter symboliquement les espaces sacrés. Les archéologues en trouvent toujours sur certains sites funéraires. Ils étaient parfois pourvus de grelots, ce qui ne laisse planer aucun doute sur la nature de leur usage.

Le fait que la musique ait probablement eu une place importante dans les rituels et que l’on retrouve des musiciens représentés sur certains supports (le diadème de Sakhnivka) semble aussi attester l’existence de bardes chez les Scythes, comme chez les peuples qui leurs sont apparentés.

D’autre part, les récits mythifiés rapportés par Hérodote révèlent chez leurs auteurs une grande propension au discours épique. On peut donc se demander si le rôle des bardes n’était pas de conter ces légendes. 

En outre, Hérodote écrit que les Scythes faisaient preuve d'une forte intolérance envers les cultes étrangers. Le philosophe Anacharsis qui avait essayé d'introduire le culte de Cybèle chez les siens fut immédiatement tué par le roi Saulios lui-même. Le roi Skylès fut quant à lui renversé par son peuple et décapité pour avoir été initié aux mystères dionysiaques. En effet, les Scythes semblaient être indignés par les excès de dévotions suscités par les religions à mystères. On ne badinait pas avec la tradition dans le royaume de Skythès. 

Skoll 

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