II / Le panthéon scythe 

Les Scythes semblaient adorer sept grands dieux dont la liste fut dressée par Hérodote (Histoires, IV) : 

"Les seuls dieux qu'ils adorent sont Hestia en premier lieu, puis Zeus et la Terre dont ils font l'épouse de Zeus ; viennent ensuite Apollon, l'Aphrodite céleste, Héraklès et Arès. Ces divinités sont adorées dans toute la Scythie, mais les Scythes royaux sacrifient aussi à Poséidon. Hestia s'appelle chez eux Tabiti ; Zeus : Papaîos ; la Terre : Apî ; Apollon : Oitosuros ; L'Aphrodite Céleste : Argrimpasa ; et Poséidon : Thamimasadas". 

Tabiti aurait été la "reine des Scythes". Son appellation dérive d'un verbe indo-iranien qui signifie "chauffer, brûler" ("tâpaiti" en avestique) et que l'on retrouve dans le mot latin tepidus (qui donna « tiède » en français). Cette signification semble clairement justifier l'assimilation de cette divinité de la chaleur à Hestia, la déesse du feu et du foyer. Dans la culture scythes, le feu du foyer, assimilé au feu du soleil, était presque sacré, ce qui fait de Tabiti une des rares déesses solaire et souveraine des religions indo-européennes. 

Papaîos, que l'on pourrait rapprocher du grec pappos, "aïeul", apparait comme l'ancêtre bienveillant des Sycthes, un dieu du chaos originel, comparable au Janus romain. La légende faisait donc de lui le roi du peuple des steppes. G. Dumézil pensait qu'en tant que divinité dominante, il s'agissait probablement d'un dieu céleste. L’épisode des trois attributs fonctionnels semble valider cette théorie, tout comme l’assimilation du dieu au Zeus grec.  

Son épouse était donc la Terre, Api. Etymologiquement parlant, cette divinité est à rapprocher de l’eau (âp : "eau" en iranien). Certains se sont donc demander pourquoi Hérodote en faisait un ingitation de la Terre. Or, chez les peuples d’origine indo-iranienne, on remarque souvent qu’est appelé « eau » l’humidité issue de la terre humide, porteuse de fertilité. Api passait donc sûrement pour être une divinité des eaux souterraines et de la terre féconde, humide. Toutefois, les mythes scythes expliquent qu'elle n’en fut pas pour autant la mère de l'humanité. Le premier homme, Targitaos était en réalité le fruit de l'union entre Papaîos et « une fille du fleuve Borysthène ». 

Oitosuros, assimilé à Apollon, était probablement une divinité solaire ou une divinité des arts ; surtout lorsque l’on sait à quel point le peuple scythe était un peuple artiste. Beaucoup d'auteurs le rapprochent actuellement du Mithra iranien, mais il s'avère toujours difficile de percer les mystères de sa fonction effective. On rapproche la dernière partie de son nom au terme avestique surâ, "fort", qualificatif que l'on retrouvait souvent associé au dieu invaincu. Mais il semble qu'on ne puisse guère en affirmer davantage. 

Georges Dumézil pensait que le nom de la déesse Artimpasa était à rapprocher de l'ossète art ("feu"), et qu’Hérodote aurait interverti par inadvertance ses caractéristiques avec celles de Tabiti. En effet, Artimpasa aurait été le réel homologue d’Hestia alors que Tabiti, fille du soleil, serait en fait l'Aphrodite-Céleste évoquée plus haut. Cette théorie reste indémontrable. Quoiqu'il en soi, l'Aphrodite scythe était souvent représentée sous les trait d'une femme assise tenant un miroir. 

Deux dieux relevés par Hérodote n'ont pas de nom scythe. Comme ce fut le cas plus tard avec l'interpaetatio romana de Tacite, l’historien grec leur rattache seulement les appellations grecques d'Héraklès et d'Arès. Il faut donc croire qu'il s'agissait de dieux guerriers. Ceux-ci avaient une large prééminence dans la société scythe. Du moins, Arès passait pour une divinité très importante, en l'honneur de laquelle on érigeait des autels spéciaux et spectaculaires. Alors qu'il était associé au dieu iranien des guerriers et de l'orage, Verethraghna, Héraklès correspondait plutôt au dieu Vayu, lié au vent et à la force brutale. 

Quand à Thagimasadas, assimilé à Poséidon, il était la divinité marine qui "apportait les poissons" (de matsya-dâ). Hérodote écrit qu’il ne fut adoré que par la tribu des Scythes royaux. 

L'archéologie nous rapporte l'existence d'autres divinités qu'Hérodote de cite pas, et dont la place dans le panthéon scythe reste à définir.

On vénérait notamment une déesse "anguipède" (à jambes en forme de tentacules) représentée sur de nombreuses pièces d'orfèvrerie. Il faut probablement voir ici la créature "mi-femme, mi-serpent" à laquelle s'unit Héraklès dans les mythes scythes. On la voit parfois tenir une tête tranchée dans sa main.

Skoll 

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