IV / Les dieux et les sacerdoces publics

Généralités 

Les Romains choisissaient leurs dieux, tout comme dans le cadre familial le père décidait des divinités à adopter. Ainsi Tertullien écrivait dans son Apologétique : "Chez vous, les païens, c'est le bon plaisir de l'homme qui décide qui est dieu et qui ne l'est pas. Si un dieu n'a plu à l'homme, il ne sera point dieu ; voilà que l'homme devra être propice au dieu".

A l'image des rapports entre les magistrats et le sénat, les dieux représentaient une autorité tutrice qui ne manifestait son avis que lorsqu'on le lui demandait. Et encore fallait t'il que les hommes acceptent leur conseils, ce qui n’était pas forcément le cas, notamment lorsque les auspices s’avéraient contraignants.

Les Romains, peuple pratique, peu porté aux excès de dévotion, cherchaient un panthéon qui répondait à leurs besoins ; or s’ils éprouvaient celui d’être protégés dans leurs diverses activités, ils ne sentaient pas la nécessité mystique d’aimer et d’adorer des puissances surhumaines qui ne leur apportaient rien. On considérait que ce civisme relationnel était étranger aux méthodes des sorciers et des magiciens qui obtenaient par une attitude violente leurs pouvoirs surnaturels. Les cultes étrangers qui cherchaient à se prévaloir d'un ascendant sur leurs participants étaient aussi bannis. Ce fut probablement un des motifs du scandale des Bacchanales en 186 av. J.-C. La religion romaine privilégiait la raison et l'esprit juridique issu de la civilisation poliade.

Le polythéisme romain était donc à l'image du pragmatisme de ses adeptes. Il se basait sur un panthéon innombrable au sein duquel chaque divinité se voyait attribuée un contour précis. C’est pourquoi il répondait aux exigences d’une société hiérarchisée, aux groupes sociaux multiples. Aucun dieu, comme c'était le cas dans les religions hénothéistes, ne tendait à centraliser une multiplicité de prérogatives. De cet esprit de collaboration résultait de fréquentes associations (triades etc.). En outre, les prêtres étaient tenus de dresser les listes interminables de ces divinités (les indigitamenta). Celle-ci n’a rien de comparable d’un point de vue quantitatif et demeure largement exhaustive. 

 

1/ Le panthéon romain : les dieux et leurs fonctions 

Dans un souci d’organisation et de clarté, on distinguera ici les divinités indigètes (traditionnelles) des divinités dites « étrangères ». Précisons que cette classification, instaurée par Georg Wissowa, est en contradiction avec la nature évolutive de la religion romaine. Elle est aujourd’hui fortement contestée. 

Les dieux officiels de l’Etat

Jupiter passait pour être le dieu souverain et tout puissant auquel on attribuait l’épithète « Optimus Maximus » (« Très bon, Très grand »). Tinia, le Jupiter étrusque, ancêtre de son homologue romain, avait pour fonction d’avertir les hommes et de les punir lorsque l’occasion se présentait ; à cet effet, il possédait trois foudres qu’il ne pouvait utiliser qu’avec l’assentiment des autres dieux. Le Jupiter latin était d’abord le dieu de la lumière et des divers phénomènes célestes. Il était même associé dans sa forme archaïque à des fonctions rustiques. Avec le temps, il devint vite le protecteur de la cité et de l’Etat, assimilé au Zeus grec. Le capitole, grand temple dans lequel il partageait sa place avec Junon et Minerve (la fameuse triade capitoline) fut probablement construit sous les Tarquins.

La tradition rattachait symboliquement son inauguration à la date de 509 av. J.-C., celle de l’expulsion du dernier roi étrusque. Un sanctuaire plus anciens encore et consacré à la même triade existait sur le Quirinal.

Les Ludi Romani et les ludi Capitolini étaient célébrés en son honneur. Les attributs du dieu des dieux étaient le foudre, l’aigle et le sceptre - ceux de Zeus en réalité. 

Junon, sœur et épouse de Jupiter, était une grande déesse italique que l’on retrouvait anciennement sous le nom de Lucetia ou Lucina. Principe féminin de la lumière céleste (comme l’indique son appellation primitive), elle apparut vite comme une déesse des femmes, symbole des matrones romaines, patronnant le mariage sous le surnom de Iuno Pronuba. Ses compétences s’étendaient à tous les grands événements, tous les grands problèmes de la vie féminine. L’épouse de Jupiter était aussi  invoquée sous plusieurs épiclèses telles que Junon Moneta – quand son rôle était d’avertir le peuple romain d’un danger  - et Junon Sospita - la libératrice ; ce qui indique son implication dans le domaine public, du fait de son alliance avec le protecteur de Rome.

Junon Lucina reçut un temple sur l’Esquilin en 735 av. J.-C., quelques années après la fondation de Rome. Dans le sanctuaire de la triade capitoline, on la vénérait son le nom de Junon Regina : elle y portait le sceptre d’or, la patère et le foudre. Ici, son rôle était de protéger le peuple romain. On la trouvait aussi souvent accompagnée d’un paon.

En outre, la citadelle de l’Arx lui était consacrée et on la célébrait lors des Matronalia, le 1er Mars.

Minerve était à l’origine une déesse étrusque que l’on rencontrait sous le nom de Menrva, Menrfa, Meneruva ou Menarva. Très vite associée à l’Athéna grecque, on la retrouvait à Rome dans la triade capitoline, accompagnée de ses attributs : la chouette et l’olivier. Déesse patronnant les activités intellectuelles, artistiques et artisanales, elle disposait aussi d’un temple sur l’Aventin et d’un autre sanctuaire au pied du Caelius, construit après la prise de Faléries.

Minerve était fêtée aux Quiquatries avec Mars.

 

 

 

 

 

Mars était selon la légende le père des jumeaux Romulus et Remus et le fils de Junon, qui lui donna la vie par une sorte d’union mystique avec une fleur merveilleuse. Nous avons déjà vu que ses attributions furent d’abord rustiques : Mars protégeait les troupeaux et les champs comme il protégea plus tard le peuple romain de ses ennemis.  

Sa fonction fondamentale était de « défendre ». Il était aussi le dieu des printemps et de la jeunesse. Les animaux qui lui étaient le plus souvent associés étaient le pic, le cheval et le loup.

Ces attributions guerrières ne triomphèrent qu’à l’occasion de son assimilation à l’Arès grec. Il devint alors le dieu des batailles, représenté avec son casque et ses armes dans les sanctuaires. Mars avait à Rome un sacrarium sur le Palatin, où se trouvaient les fameux Ancilia. Onze de ces douze boucliers sacrés étaient en réalité des copies de celui que Jupiter offrit au roi Numa.

Beaucoup d’autres lieux de culte lui étaient destinés. Après sa victoire à Phillipes, Octave-Auguste éleva un temple, sur son forum impérial, en l’honneur de Mars Ultor, Mars « Vengeur » (des assassins de César).

En guise de sacrifice, on offrait à Mars un suovétaurile, immolation d’un porc, d’un bélier et d’un taureau.

Les fêtes de la purification des chevaux le 15 mars, les Equirria, lui étaient consacrées. 

Vesta était la divinité du foyer dont le symbole était la flamme. Son nom, comme celui d’Hestia –son homologue grecque -, dériverait d’un radical sanscrit, vas, qui exprime l’idée de briller.

Vesta tenait une place prépondérante, aussi bien dans le culte domestique que dans la religion officielle qui lui attribua un temple circulaire sur le Forum (L’Aedes Vestae où se trouvait le foyer de l’Etat).

Ses principales fêtes étaient les Vestalia qui se célébraient le 7 juin. Ce jour-là, son sanctuaire était accessible aux mères de familles. 

Diane, comme nous l’avons vu, fut importée d’Aricie après la victoire du Lac Régille. Elle ne conserva que peu de temps sa personnalité primitive de déesse de la lumière du jour et fut rapidement hellénisée. Munie de son arc et accompagnée d’une biche, elle présidait à la chasse et apparaissait comme étant une divinité lunaire. Trois temples lui étaient dédié à Rome, sur l’Aventin, le Quirinal et l’Esquilin. 

Vénus était à l’origine une déesse du printemps et de la fécondité, au même titre que Feronia et Flore. Elle avait donc sa place dans les Floralia et les Vinalia rustica. Assimilée à Aphrodite, on reconnaissait aussi en elle une déesse de l’amour et de la beauté, symbolisée par la colombe. A Rome, elle apportait aussi la victoire sous le nom de Vénus Victrix.

Les Iulii, la lignée de César, par une habile manœuvre de propagande politique, courante à l’époque dans les cercles aristocratiques, faisait remonter les origines de sa gens à cette déesse que les légendes reconnaissaient comme la femme d’Anchise et la mère d’Enée, l’ancêtre de Romulus, qui parvint en Italie après la chute de Troie. L’imperator lui fit construire un temple sur son propre forum, le temple de Vénus Genitrix, celle qui patronnait la gens Iulia

Mercure n’apparut que vers le Ve siècle. Son nom se rattache à la racine merx (marchandise) et marcari (trafiquer).

Ainsi, Mercure était exclusivement le dieu des commerçants et le messager de Jupiter. De la même manière qu’Hermès, on le représentait munie du caducée et de sandales ailées.

Son sanctuaire se trouvait sur l’Aventin. 

Vulcain était l’un des plus anciens dieux des latins, antérieur même à Jupiter qu’il précéda sous le nom de Volcanus aux côtés de Junon. Il passait pour être le père de Cacus et du roi Servius Tullius. Initialement dieu de la foudre et du soleil, il devint ensuite une divinité du feu domestiqué, de la chaleur fécondante et créatrice. Ses attributs étaient le marteau, la tenaille et l’enclume. Du fait de son associant à la déesse Maïa, mère des sources, il fut aussi considéré comme le premier dieu du Tibre.

Vulcain était célébré le 23 août, lors des Volcania, et le 27 août, lors des Volturnalia, en sa qualité de dieu du Tibre. Son autel sur le Forum s’appelait le Volcanal. 

Janus présentait ce trait particulier d’être un dieu essentiellement italique qui ne figurait dans aucune autre mythologie. Il fut à l’origine une divinité solaire, mais l’histoire de Rome le chargea d’attributions. On reconnaissait en lui le dieu de tous les commencements, de toutes le portes. Ses deux visages (bifrons) lui permettaient de surveiller le dehors et l’intérieur d’une limite. Sous le nom de Portunus, il patronnait les ports et devenait le dieu des départs et des retours.

Les Romains lui attribuèrent un rôle essentiel dans la création du monde. Ovide raconte que Janus s’appelait Chaos à l’époque où l’air, le feu, l’eau et la terre ne formaient qu’une seule et même masse. D’autres légendes encore font de lui un roi de l’âge d’or du Latium, qui aurait accueilli Saturne lorsque celui-ci fut chassé du ciel par Jupiter.

Janus était honoré le premier jour de chaque mois, ainsi que le premier mois de l’année qui portait son nom (Januarius). Sur le Forum, son temple était fermé en temps de paix et ouvert en temps de guerre. 

Saturne était une ancienne divinité agricole du Latium. Son nom peut être rattaché à satur (« rassasié, gorgé ») ou à sator (« semeur »). Lié à l’abondance et aux travaux des champs, il était fréquemment associé à Ops, une personnification des richesses de la terre. Son règne en Italie précédait celui de Jupiter et correspondait à l’âge d’or.

Saturne était honoré lors des Saturnalia, fêtes de fin d’année (27 décembre) qui duraient pendant sept jours. En souvenir de l’âge d’or, ces fêtes donnaient lieu à de copieux repas et les esclaves pouvaient s’y exprimer en toute liberté.

Le temple de Saturne, à l’entrée du Forum, était le plus ancien de Rome, après le capitole. On y conservait le trésor de l’Etat ainsi que les enseignes des légions qui n’étaient pas en campagne. 

L’Apollon grec n’a ni changé de nom, ni changé de fonction en entrant dans le panthéon romain. Dieu du soleil et des arts, on reconnaissait à Rome ses capacités médicinales en l’honorant sous le nom d’Apollon Medicus. Auguste donna une nouvelle impulsion à son culte qui entama une lente décadence à la suite de l’introduction du dieu Esculape.

Ses fêtes, les Ludi Apollinares, avaient lieu en juillet. 

Cérès venait de la région de Campanie et possédait un temple à Rome. Déesse des produits agricoles et de la fécondité, on la représentait, de la même manière que son homologue grecque Déméter, munie d’une gerbe et d’une faucille. Elle était particulièrement honorée par la plèbe aux côtés de Liber et Libera : les trois divinités formaient la triade agricole de l’Aventin, la colline des humbles.

Les fêtes de Cérès, les Ludi Ceriales, avaient lieu en avril, lors de la croissance des céréales et des produits des champs. 

Les divinités « étrangères »

Divinité

Fonction

Origine

Astarte

Amour, fécondité

Syrie  Phénicie                  

Atargatis ou Dea Syria

-

Syrie

Cybèle

Soutien

Phrygie

Esculape

Guérison

Grèce

Isis et Serapis

Salut

Egypte

Jupiter Dolichenus

Baal

Turquie

Mithra

Soutien, victoire

Iran

Simios

Voyage

Syrie

 Les abstractions divinisées

Divinité

Abstraction

Fatum

Destin

Fides

Bonne foi

Fortuna

Hasard, chance

Honos

Valeur, honneur

Pax

Paix

Pietas

Piété

Salus

Santé

Victoria

Victoire

Virtus

Courage masculin

 2/ Les divinités du culte domestique

Le père de famille était le ministre du culte domestique. Il présidait aux sacerdoces et fixait le calendrier religieux familial. Le principal lieu cultuel était le laraire, situé dans l'atrium. Les statues des divinités s’y trouvaient. Des autels ou d'autres pièces spécifiques pouvaient aussi être destinés au culte privé, mais les maisons les plus pauvres, ne comportant pas d'atrium, se contentaient généralement de statues de terre cuite exposées dans des armoires et de sacrifices exécutés à même le sol. L’autel était généralement placé devant le lararium ; on y faisait brûler un foyer sacré, le focus patrius. Chez les plus illustres familles, on pratiquait des cultes gentilices qui rendaient hommage à l’ancêtre héroïsé de la gens. D’ailleurs ce type de rituel était à l’origine du culte domestique, pratiqué initialement par les patriciens uniquement.

 

Lares, Génies et Pénates 

-Les Lares : A l'origine, les Lares étaient des divinités agricoles protégeant les récoltes. Ces entités proprement italiques finirent petit à petit par représenter l'ensemble des divinités tutélaires chargées de veiller sur divers lieux (carrefour, rue), sur diverses communautés (marins, familles) ou sur diverses institutions (Etat, Sénat). On les représentait souvent par deux, sous les traits des jumeaux fondateurs de Rome ou des Dioscures.

Le culte des Lares était une coutume commune à toutes les familles de la Ville, des plus riches aux plus humbles. Chacune d'entre elles honorait son Lare familial, qui veillait sur le foyer domestique, lors des calendes, des nones et des ides du mois. On leur faisait en outre des offrandes à l’occasion des banquets et des fêtes, et on les saluait avant chaque départ. Ainsi, l’expression « ad larem suum reuerti » signifiait « revenir chez soi ». La plupart des maisons possédaient des chapelles domestiques (laraires) contenant une statue de leur dieu Lare.  

-On appelait Genius la puissance d'action perpétuel d'un être, transmise lors de la procréation. Une sorte de force créatrice qui engendrait l’individu. Il s'agissait d'une entité immanente, d'origine surnaturelle, que l'on attachait à chaque personne, à chaque lieu, à chaque institution et à chaque représentation morale. Un Génie accompagnait un homme de sa naissance à sa mort, présidait au mariage et au lit nuptial. On l’honorait le jour de la naissance par une offrande de vin et de fleurs, à laquelle succédaient des danses.

Les genii étaient représentés dans les laraires sous la forme d'un serpent ou d'un homme vêtu d'une toge et portant éventuellement une corne d'abondance. Dans le contexte domestique, le Génie du pater familias était honoré par des offrandes lors de l'anniversaire du maître de maison. Le gardien bienfaisant des femmes était appelé Iuno (d'où "Junon"). 

-On honorait encore les Pénates, dont le nom dérivait de penus, garde-manger de la maison. Leur première fonction fut de veiller sur la nourriture conservée dans cette salle. Associés à Vesta, ils protégeaient aussi le foyer familial, situé dans la partie la plus reculée de la maison. Une part du repas était couramment jetée au feu qui passait pour être leur autel. Ces divinités furent transférées dès le IIIe siècle av. J.-C. au domaine du culte public. 

Les divinités liées à la mort 

-Les Dieux Mânes étaient les âmes des morts auxquels l’on avait rendu les honneurs funèbres de façon réglementaire (cf. annexe I). Le terme lui-même dérive de l’adjectif archaïque manus (« bon »). On les honorait de la même manière que les divinités précédemment citées, devant le laraire. En outre, trois fêtes leurs étaient consacrées : les Rosaria, lors desquelles on fleurit les tombes avec des roses ; les Parentalia ; et les Feralia.  

-Les lémures : Les esprits des morts qui n'avaient pas été enterrés (et donc, qui n'avaient pas rejoint la communautés des Mânes) erraient à travers le monde et hantaient les vivants. On les appelait larvae ou lémures.

Pour les apaiser, des fêtes leur étaient consacrées au mois de mai, les Lemuria, lors desquelles le père de famille leur offrait un banquet très modeste, puis les chassait à minuit en jetant par dessus son épaule des fèves noires, tout en frappant sur un bassin en bronze. 

 

3/ Les sacerdoces publics 

Il n'existait pas de caste de prêtres à Rome. Tous les détenteurs d'autorité, allant du père de famille au magistrat de l’Etat, avaient des responsabilités religieuses. Ces responsabilités participait du même ordre d’importance qu’un quelconque devoir civique : il en allait de l’intérêt de la communauté entière, qui recueillait elle-même les bénéfices de la pax deorum. Ainsi, tout citoyen romain était un prêtre potentiel.

 

 

Le prêtre public, appelés sacerdos, n'effectuait en réalité qu'une infime partie du service religieux : il célébrait les cultes spécifiques qu'un banal citoyen ne pouvait effectuer. Les sacerdoces du culte public s'inscrivaient dans la carrière des honneurs des aristocrates et les desservants ne bénéficiaient pas de formation religieuse (sauf rares exceptions). Il n'existait pas non plus de livre religieux contenant un exposé du protocole liturgique ou de la doctrine. L'essentiel du culte était réalisé par les hommes, les femmes se contentant bien souvent d’un rôle de simple spectatrice ou d'assistante.

Le clergé officiel de l'Etat était divisé en collèges dits majeurs, en sodalités et en prêtrises spécifiques. Les prêtres les plus importants bénéficiaient de nombreux privilèges juridiques et sociaux, notamment de l'immunité des charges et des taxes publiques. Ils se distinguaient la plupart du temps des citoyens ordinaires par le port la toge prétexte. 

 

Les collèges majeurs 

Les collèges dits « majeurs » furent au nombre de quatre depuis l'année 196 av. J.-C., date à laquelle fut crée celui des épulons. 

-Le collège des pontifes était présidé par le pontifex maximus et officiait dans la Regia, sur le Forum. Son rôle était central : les pontifes conseillaient sur demande les magistrats ou les sénateurs sur les traditions cultuelles et sur le droit sacré. Ils établissaient le calendrier public et furent même dépositaires du droit civil jusqu'en 304 av. J.-C. Responsables de la science sacrée de Rome, ils l'actualisaient aussi en permanence par les décrets qu'ils rendaient. A la base, tous étaient patriciens, mais le pontificat fut ouvert aux plébéiens en 300 av J.-C. Outre les pontifes, ce collège comprenait le rex sacrorum, qui célébrait avec l'aide de son épouse (regina sacrorum) les fonctions sacerdotales des anciens rois et vivait dans la Regia ; sans oublier les flamines et les Vestales.

Les flamines majeurs étaient au nombre de trois. Patriciens, on les qualifiait ainsi du fait de l’importance des divinités qu’ils honoraient, à savoir, celles l'ancienne triade capitoline (Jupiter, Mars, Quirinus). Les règles de vie auxquelles ils étaient astreints passaient pour très contraignantes.

Les douze flamines mineurs étaient responsables du culte des autres divinités publiques. A partir de l'époque impériale, d'autres flamines attachés aux empereurs divinisés, les diui, firent leur apparition.

Quant au six vierges Vestales, elles étaient présidées par une grande Vestale et entretenaient le foyer public conservé dans le sanctuaire de Vesta (aedes Vestae). En outre, les talismans de l'Empire, les imperii pignora, gages de la puissance romaine, était placés sous leur responsabilité. Choisies entre l'âge de 6 et 10 ans par le grand pontife, les Vestales accomplissaient leur service pendant trente années : les dix première était consacré à l'apprentissage, les dix suivante à la célébration du culte et les dix dernières à l'enseignement des novices. Malheur à celles d'entre elles qui perdaient leur statut virginal : elles étaient enterrées vivantes dans le campus sceleratus. Aux temps anciens, on raconte même qu’on les faisait périr sous le fouet. Lorsque les Vestales avaient terminé leurs trente années d’engagement, elles pouvaient alors se marier. Quand l’une d’entre elles rencontrait au hasard un condamné à mort, celui-ci recevaient sa grâce immédiatement. 

-Le deuxième collège est celui des augures. Comme il l'a été écrit plus haut, les augures étaient responsables de la jurisprudence auspiciale et des inaugurations. Les augures définissaient  et traçaient les espaces sacrés à l'aide de leur bâton recourbé, le lituus. Ils pouvaient en outre interrompre toute discussion, réunion ou décision par la formule alio die ("à un autre jour"). 

-Le collège des décemvirs sacris faciundis (quindécemvirs sous Sylla) était chargé de la conservation et de l'exégèse des Livres sibyllins, du culte d'Apollon, et de la surveillance des cultes étrangers établis à Rome. 

-Les triumvirs puis septemvirs épulons s'occupaient quant à eux des banquets sacrés de la triade capitoline et des Jeux. 

Les sodalités 

Les sodalités étaient des collèges mineurs dont l'influence était moindre et les tâches rituelles plus précise. Le recrutement s'effectuait par cooptation, entre les membres du collège, sans intervention du peuple. Elles disparurent presque toutes pendant les deux derniers siècles de la République et furent finalement réactivées sous Auguste.  

-Les fétiaux concluaient et communiquaient par annonces solennelles les décisions diplomatiques du Sénat (déclarations de guerre, traités de paix, etc.). Lors de missions diplomatiques à l'étranger, ils agissaient toujours par deux, l'un étant appelé pater patratus, l'autre uerbenarius. En cas de déclaration de guerre, le pater patratus se rendait sur la frontière ennemie et ouvrait le iustum piumque bellum par un acte magique : le jet sur le sol ennemie d'une lance sacrée.

Au fur et à mesure des conquêtes, les fétiaux perdirent leur rôle formel au profit des diplomates et des ambassadeurs qui absorbèrent leurs fonctions. 

-Le collège des saliens remonte à l'époque archaïque. Seuls les patriciens qui avaient encore leur père et leur mère vivants y étaient admis.

Vêtus en guerrier de la Rome ancienne, on les voyait défiler dans la Ville, équipés des boucliers sacrés de Mars (les ancilia forgés par Mamurius Veturius), à l'occasion de l'ouverture et de la fermeture de la saison guerrière (19 mars - 19 octobre), en chantant un hymne en vers saturniens qui comprenait le nom des personnes qu'on voulait honorer.

Les saliens étaient divisés en deux équipes de douze membres et comprenaient un chef de danse (praesul) ainsi qu'un chef de choeur (uates). 

-Les luperques - littéralement "hommes-loups" - étaient responsables des rites des Lupercalia (15 février) marquant la sortie de l'hiver et l'arrivée du printemps - selon l'ancien comput romain. Lors de cette célébration, ils couraient autour du Palatin vêtus d'une peau de bouc, en l'honneur du dieu Faunus, et frappaient à l'aide de lanières en peau de bouc les femmes qui s'offraient à leur coup pour obtenir la fécondité.

Les luperques se répartissaient en deux groupes : Quinctiales et les Fabiani, que l'on rattachait respectivement à Romulus et Remus. C'était en général des chevaliers. 

-Les frères arvales célébraient tous les ans, au mois de mai, dans un bois sacré qu'il devait entretenir, une fête en l'honneur de Dea Dia, une ancienne ingitation de la Terre mère. Leur chant, écrit dans un latin archaïque, nous a été conservé. Les prêtres, sous l'Empire, ne le comprenaient certainement plus. 

-On ignore tout des sodales Titienses, sinon qu'ils étaient au nombre de 20. 

-Depuis la mort d'Auguste furent aussi créées des sodalités vouées au culte des membres divinisés de la famille impériale. 

Chaque collège disposait d'un siège et de moyens financiers propre. Les prêtres étaient accompagnés d'un appariteur et certains d'entre eux étaient « inaugurés ». La plupart des grands sacerdoces étaient sénatoriaux, les autres furent attribués aux chevaliers (flamines mineurs, luperques...). 

Les autres prêtrises publiques 

La prêtresse de Cérès était une étrangère qui obtenait la citoyenneté romaine après avoir accompli sa charge. Le culte de Cybèle et d'Attis était célébré par des prêtres eunuques, les galles, sous l'autorité d'un archigalle. Les collèges des dendrophores et des cannophores y participaient aussi. Le culte d'Isis, devenu public sous Caligula, était quant à lui célébré par les collèges des pastophores et des bubastophores, ainsi que par d'autres prêtre présidés par un "prophète". 

Les prêtrises des quartiers de Rome étaient attribuées à des uicomagistri et des uicoministri qui honoraient les Lares compitales associées à l'empereur.

On consultait fréquemment haruspices, astrologues chaldéens, sorciers, guérisseurs et mages. La plupart du temps, ces charlatans effectuaient des rituels exagérés pour impressionner leurs clients. On critiquait leurs pratiques magiques considérées comme une manière violente et offensante de s'adresser aux dieux. 

Chaque province possédait un collège de prêtres chargé de célébrer chaque année, dans un sanctuaire fédéral (Lyon en Gaule), un grand sacrifice adressé à Rome et à Auguste. C’était là un moyen de contrôler la fidélité des contrées reculées.

Skoll

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