IV / Les Bylines

Les bylines survivances du paganisme slave à l'époque chrétienne.

“Il vaut mieux se borner à considérer les bylines comme de simples documents humains. Elles renseignent d'abord admirativement sur la psychologie d'un peuple qui, à tant d époques et maintenant encore davantage, a surpris et inquiété l'homme de civilisation occidentale. Elles intéressent enfin comme œuvre d'art d'un caractère particulier, par leur spontanéité et leur naïveté, au moins autant que des œuvres plus raffinées, et comme témoignages clés ressources intellectuelles et artistiques, on peut dire admirables, du peuple russe...”
Louis Jousserandot


La mythologie païenne, vaincue par le christianisme, s'est incrustée profondément, et sur une très large étendue, dans les esprits des populations rustiques. Une sorte de symbiose, de coexistence du paganisme et du christianisme s'y est formée, surtout chez les slaves orthodoxes et, plus particulièrement en Russie, où le clergé rural se montrait lui-même bien disposé à tolérer cette symbiose religieuse : cette “  double croyance ”.
De nombreuses sources pour l'étude de ces curieuses survivances du paganisme chez les Slaves de l'époque chrétienne nous est offerte par les Byliny (pluriel bylina, dérivé du mot byl : " ce qui a été "), poèmes épique du peuple russe. Les bylines se divisent en deux " cycles ", l'un parle des " Bogatyri (les " preux ") aînés ", et l'autre, des " Bogatyri cadets ". Le premier " cycle " d'origine plus ancienne, est plein d'éléments mythiques.


Keltuiala, distinguent deux étapes dans la création des bylines: premièrement, les personnes accomplissant des podvigs composaient des chansons, puis les “ poètes-chantres ” apparaissent. Peu à peu se forme une classe professionnelle des chanteurs jouant du gusli qui se trouvaient au service des princes, boyards, des guerriers et des hôtes. Les chanteurs doués provenaient d’abord des classes supérieures, ensuite des représentants d’autres classes. Avec le temps, les chanteurs se rapprochent et se fondent avec la classe des skomorokhs venus en Russie de Byzance. Selon Keluiala, le passage des bylines par des lieux, des générations et des classes différentes a causé des changements de plus en plus considérables. Sous Alexej Mikhaïlovitch les skomorokhs quittent les villes et se réfugient dans les villages, où ils se fondent avec les paysans. Leurs descendants - les narrateurs, en pratiquant de divers métiers, chantent pour eux-mêmes et pour les autres, des chansons conservées.

Selon A. Mazon, les skomorokhs et les kaliki sont les propagateurs des bylines. Voilà comment il définit ces derniers:
“ C’étaient les kaliki, les pèlerins en Terre Sainte, gens de dévotion, assurément, mais tout autant gens d’aventures, de solides gaillards, errant par la terre russe de monastère en monastère coiffés de leur capuchon à la grecque, chaussés de leurs rudes sandales( kaligi), leur besaces de velours noir au côté et leur goudrion ) poignée d’ivoire à la main ”


Les bylines ne sont pas qu'une broderie sur des thèmes historiques. Elles dépeignent une époque où la Russie eut à subir l'invasion des mongols. Le paysan avait besoin, de la protection des gens de guerre, les bogatyrs. Ces bogatyrs, ils sont aux frontières aux "barrières" : Leur rôle est de partir pour la "rase campagne" afin de combattre l'ennemi qui menace : que ce soit des brigands redoutables, embusqués dans leurs repaires, des nomades vivant de rapines, ou encore des écumeurs des steppes mâles ou femelles, tenant le maquis.
Selon les bylines et d’après les études historiques la classe guerrière russe se recrute dans les couches sociales suivantes: Dobrynja Nikitich présenté dans plusieurs variantes comme le neveu du prince Vladimir descend des prêtres-princes( la première “fonction”). A cette époque-là les princes russes possèdent la souveraineté magique et juridique et remplissent toujours la fonction du chef militaire de leurs royaumes. Aliocha Popovitch est le fils du prêtre Leonty de la ville de Rostov. Ilia Muromec, d’après les interprétations tardives des XYII-e - XYIII-e siècles, vient des paysans. Néanmoins, les chercheurs contestent cette convention et se réfèrent au poème allemand du XIII-e siècle “La Chanson d”Ortnide”, où Ilia apparaît sous le nom Ilias von Riuzen( Ilia le Russe) et à la saga norvège de Tidrek du XIII-e siècle qui témoignent de la parenté d’Ilia avec le prince Vladimir: ils sont frères. A.N.Vecelovsky note que “ nous n’avons aucun droit de soupçonner la saga de l’altération ”. La transformation du personnage appartient, selon l’hypothèse de l’auteur, à l’époque nordique de l’épopée, quand les paysans ont vu dans le bogatyr leur héros. Cette information change notre perception des bylines et nous permet de les considérer non seulement comme des “contes héroïques”, mais aussi comme des légendes ou chroniques narrant le “faire” des prêtres-guerriers( cf. les titre des bylines transcrites aux XYII-e-XYIII-e siècles: “Légende de Ilia Muromec”, “Chronique de Ilia Muromec”, “Légende de Mixailo Potok”, “Chronique de Mixailo Potok”)
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La bylina sur le Bogatyr Sviatogor le représente tellement fort qu'il porte sa propre force comme " un lourd fardeau ". Dans son orgueil il déclare que s'il trouvait un endroit où toute la pesanteur terrestre serait concentrée, il soulèverait la Terre.
Il trouve dans la steppe une petite besace. Il la touche avec un bâton : elle ne bouge pas. Il la touche avec son doigt : elle ne se déplace pas. Sans descendre de son cheval, il saisit la besace avec sa main elle ne se soulève pas :

“ Beaucoup d'années je parcours le monde,
Mais jamais encore je n'ai rencontré un miracle pareil :
Une petite besace
Qui ne bouge pas, ne se déplace pas , ne se soulève pas ! ”

Sviatogor descend de son coursier ; il saisit la besace avec ses deux mains, il la soulève au-dessus de ses genoux, lui-même s’enfonce dans la terre jusqu’au genoux. Mais ce ne sont pas des larmes, mais du sang qui coule de son visage. Il ne peut plus se relever de l’endroit où il s’était enfoncé. Telle fut sa fin.
La puissance mystérieuse de la “ Mère-Terre-Humide ” est bien peinte dans ce poème.

Dans un autre Byline, nous voyons un laboureur miraculeux le Bogatyr Mikoula, dont la “ petite charrue ” de bois est tellement lourde que toute une troupe de Bogatyri ne peut la soulever, tandis que Mikoula la soulève d’une seule main. Le petit coursier de Mikoula est plus rapide que les meilleurs coursiers, “ car Mikoula est aimé par la “ Mère-Terre-Humide ”. ”

La byline sur le Bogatyr Volkh ou Volga le représente comme un être capable de se transformer en “ clair faucon ”, en “ loup gris ”, en “ blanc taureau au cornes d’or ” et en “ petite fourmi ”. Cette byline est remarquable par le nom de son héros : Volkh est certainement une déformation du Volkhv qui ignifiait, chez les slaves païens, sorcier ou prêtre.

Toutes ces images ont bien naturellement un caractère mythique, mais la mythologie païenne y est accompagné d’ingrédient chrétien
Sviatogor a bien trouvé la pesanteur de la Terre, mais elle l’a puni pour son orgueil conclut la Bylina.
Mikoula, la laboureur, dit lui-même qu’il “ a besoin de l’aide de Dieu pour labourer la Terre et faire son travail de paysan. ”
Volkh, quant à lui, qui à tout les trait du loup-garou et qui “ sait faire la sorcellerie ”, emploie ses dons mystérieux à défendre la vile de Kiev contre les entreprises perfides du “ Tsar indien ” qui veut “ transformer en fumée les églises de Dieu ”

Parmi les “ Bogatyrs cadets ”. il y en a un qui les domine tous, c'est le paysan du pays de Mourom, le vieux cosaque Ilia-Mourometz. Son courage, son désintéressement, sa bonne humeur, son sentiment de l'honneur, toutes ses vertus relèvent au-dessus des autres et en ont fait un Saint. Ilia est le paysan devenu, par nécessité, bogatyr. Les autres sont d'origine plus élevée, princière ou noble : Dobrynia, Diouk Stépanovitch, Tchourilo Plenkovitch ; Aliocha Popovitch, lui représente le clergé.


Les nombreuses Bylines qui lui sont consacrées le pourvoient des traits qui lui donnent une ressemblance avec le dieu de la Foudre Péroun.
Le cheval d’Ilia Mourometz ne court pas sur la terre, mais vole dans les airs “ au-dessus de la forêt immobile et un peu au dessous du nuage en course par le ciel ”. La flèche qu’Ilia lance grâce à son arc magique ressemble à celle de l’arc divin de Péroun : elle abîme les coupoles des églises et scinde les robustes chênes en minces planches.
L’origine de la force d’Ilia est mythique. Il était né infirme, et pendant trente-trois ans “ était resté assis ” sans pouvoir se lever. Un jour deux passants( “ des chanteurs vagabonds ” )lui ont donné à boire de “ la boisson de miel ” et il a ressenti en lui “ une grande force ”.
Mais le Bogatyr Ilia est un bon chrétien. Il n’accomplit ses exploit de preux qu’après avoir prit bénédiction de ses vieux parents. Il défend la foi du christ contre les infidèles. Et lorsque le temps de mourir, vient pour lui, il construit à Kiev une église cathédrale. Après ce dernier exploit, Ilia meurt “ pétrifié ” et son corps “ reste jusqu’ici intact ”.

Extrait de la Byline sur Ilia Mourometz :
“ Qui nous parlera, du vieux temps,
Du vieux temps, du temps passé,
D’Ilia Mouromets,
Ilia Mouromets, fils d'Ivan,
Resta cul-de-jatte trente-trois ans;
Vinrent le trouver des frères mendiants,
Jésus-Christ lui-même, deux apôtres:
“Dis donc, Ilia, apporte-nous à boire !
- Frères mendiants, je suis sans bras, sans jambes.
Lève-toi, Ilia, ne te moque pas de nous ! ”
Ilia se mit debout, comme si de rien n'était;
Il alla, apporta une tasse d'un védro et demi,
La présenta aux frères mendiants;
Les mendiants la lui rendent;
Les frères mendiants interrogent Ilia :
“Te sens-tu, Ilia, beaucoup de force?
S'il y avait une colonne de la terre jusqu'au ciel,
Si à la colonne il y avait un anneau d'or,
Je tirerais sur l'anneau et renverserais la Sainte- Russie !
Dis donc, Ilia, apporte une deuxième tasse !”
Ilia la leur présenta ; ils la lui rendent.
Ilia but sans reprendre haleine
Une grande tasse d'un védro et demi.
Ils demandent à Ilia :
“Te sens-tu, Ilia, beaucoup de force?
- J'ai la moitié de ma force”
Les mendiants voyageurs disent :
“Tu seras, Ilia, un grand bogatyr
Et ta mort au combat n'est pas inscrite:
Bats-toi, combats avec tous les bogatyrs
Et avec toutes les hardies cavalières.
Seulement ne va pas te mesurer
Avec Sviatogor le bogatyr :
La terre le porte sur soi avec peine;
Ne va pas lutter avec Samson le bogatyr :
Il a sur la tête les sept cheveux de l'ange;
Ne te bats pas aussi avec la race de Mikoula:
La terre humide notre mère l'aime ;
N'affronte pas non plus Volga Vseslavitch :
Il ne te prendra pas par la force,
Mais par la ruse, la finesse.
Procure-toi, Ilia, un cheval de bogatyr,
Sors dans l'étendue de la rase campagne :
Achète le premier étalon venu,
Mets-le dans un hangar pendant trois mois,
Pendant trois nuits conduis ton étalon au jardin,
Et dans trois rosées roule l'étalon,
conduis-le vers la haute clôture :
Quand l'étalon sautera par-dessus la clôture
Et d'un côté et de l'autre côté,
Va-t’en avec lui où tu veux : il te portera”
Alors les mendiants disparurent.
Ilia s'en alla trouver son père
À son travail de paysan :
Il faut nettoyer la forêt incendiée des souches de chêne ;
Il enlève à la hache toutes les souches de chêne,
Les met en tas dans la rivière profonde,
Puis s'en retourne chez lui.. ”

Pour aller de Mourom à Kiev, il y a deux chemins : un plus long, un plus court; mais le plus court est infesté par Solovei le brigand. Ilia trouve honteux de faire un détour, et au bout de 500 verstes il se trouve en présence de l'ennemi.


Un monstre bien étrange que ce Solovei ! Son nom signifie le Rossignol; mais il rappelle plutôt les gigantesques oiseaux du lac Stymphale, les ignobles harpies. Il s'était bâti un nid sur sept chênes, étendait ses griffes à sept verstes autour de lui et depuis trente années infestait la contrée. Il rugissait à la manière des bêtes fauves, hurlait à la manière des chiens, “sifflait comme un rossignol.” Seulement, quand il sifflait, les grands arbres des forêts se courbaient jusqu'à terre. A ce sifflement', le bon cheval d'Ilia tomba sur ses genoux. De sa cravache de soie le héros le cingla entre les deux oreilles et sur ses flancs rebondis : “Gibier de loup, sac à foin, lui dit-il, n'as-tu jamais entendu le rugissement des bêtes, n'as-tu jamais entendu le hurlement des chiens, n'as-tu jamais entendu le sifflement du rossignol?” Mais il vit que le péril était grand ; oubliant son vœu téméraire, il banda son arc, et de sa flèche d'acier atteignit le brigand à l'œil droit.
Solovei dégringole de son nid : Ilia l'attache h son étrier et se met en devoir de l'emmener. La femme et les enfants du monstre saisissent des épieux pour assaillir le héros, puis s'efforcent de négocier la rançon du brigand. On apporte à Ilia une coupe pleine d'or, une coupe pleine d'argent, une coupe pleine de perles. “C'est pour ma peine ! Dit-il en les prenant; mais je ne vous rendrai pas votre père, il recommencerait ses brigandages.” Ilia refuse l'argent. Il conserve ce caractère de héros désintéressé qui contraste avec les données de l'épopée germanique, où l'on s'égorge pour l'or rouge de la bruyère ou le trésor des Nibelungen. De même, quand les moujiks de Tchernigov viennent le remercier d'avoir délivré le pays et lui offrir de l'or et le gouvernement de leur cité, il refuse la fortune comme le pouvoir. Il a hâte d'arriver auprès de Vladimir pour les fêtes de Pâques.
Il est arrivé; il a franchi la grande porte du palais, est entré dans la salle d'honneur du Beau-Soleil. “II fait le signe de la croix comme il est ordonné, salue comme il est prescrit, s'incline vers les quatre côtés, principalement devant le gracieux prince Vladimir et devant la princesse Apraxie.”
“Salut, lui dit Vladimir; salut, brave et bon compagnon. J'ignore ton nom et ton pays. Es-tu tsar ou fils de tsar? Es-tu roi ou fils de roi ?”
Le fils de paysan décline son nom, annonce sa capture. Tout le monde s'empresse pour voir le brigand. Vladimir l'invite à rugir comme une bête fauve, à siffler comme un rossignol.
Solovei refuse - “Je ne mange pas ton pain, dit-il au prince de Kiev, je ne suis pas ton serviteur, ce n'est pas à toi que j'obéirai.” Mais il obéira au Mouromets, qui lui renouvelle l'ordre de siffler. Pour le mettre en verve. Le gracieux prince lui verse une coupe de vin de la contenance de quinze pintes. Solovei l'empoigne d'une seule main, la vide d'un seul trait, à la manière héroïque. Ilia lui avait enjoint de ne rugir, de ne siffler qu'à demi pour épargner le prince et ses gens ; mais le monstre, par malice, rugit et siffle à pleine gorge.
A ce sifflement s'écroulent les toits du palais; tous les convives tombent demi-morts. Mais Ilia a protégé le prince et la princesse : il a pris Vladimir sous un de ses bras, la princesse sous l'autre bras, comme une poule ferait de ses petits. Dans certaines chansons, Vladimir, d'effroi, marche à quatre pattes. En punition de sa désobéissance, le héros saisit le brigand et le coupe en menus morceaux qu'il répand dans la campagne.
Voilà donc Ilia de Mourom entré au service du prince, ou plutôt au service de la terre russe, assaillie par tant d'ennemis. Il devient le chef des bogatyrs de Kiev, leur voïévode. Avec eux, il monte la garde aux barrières de la capitale, pour empêcher que “nul piéton ne les dépasse, que nul cavalier ne les franchisse, que nulle bête fauve ne les escalade, que nul oiseau de mauvais augure ne vole au-dessus.”

Dans la Byline sur le Bogatyr Potok-Mikhaïlo-Ivanovitch, nous trouvons des vestiges de funérailles païennes : d’après certains témoignages, chez les slaves païens la femme suivait volontairement son mari défunt. La byline raconte que lorsque le Bogatyr Potok-Mikhaïlo-Ivanovitch se maria, lui et sa fiancée prêtèrent le serment, que celui des époux qui survivrait à l’autre se donnerait volontairement la mort. La jeune femme de Potok est morte une année et demi après le mariage. Potok a fait creusé un tombeau “ profond et grand ”, a appelé des “ popes avec des diacres ”et, ayant enterré sa femme, est descendu lui-même dans la tombe avec son cheval et son armure. “ On a mis dessus un plafond en chêne et du sable jaune ; on n’a laissé de place que pour un cordon, qui était attaché à la cloche de la cathédrale. ”
Au-dessus, on a fixé une croix de bois. Le bogatyr Potok est resté dans le tombeau, avec son brave coursier, de midi, jusqu’à minuit et, “ pour se donner du courage, allumait des cierges de cires ”. A minuit, “ se sont réunis autour de lui tous les monstres reptiles ”, et “ ensuite est venu le grand Serpent ”, qui brûle avec une flamme de feu ”. Avec “ son sabre aigu ”, Potok à tué le Serpent, lui à coupé la tête et “ avec cette tête de serpent à enduit le corps de sa femme ”, qui est ressuscitée immédiatement. Alors Potok à tiré le cordon et a fait sonner la cloche de la cathédrale. On les a libérés, lui et sa femme ; les popes les ont aspergés avec de l’eau bénite et leur ont ordonné de vivre “ comme auparavant ”. Arrivé à une grande vieillesse, Potok est mort avant sa femme, qu’on à enterré vivante avec lui dans la “ Mère–Terre-Humide ”.

Les Bylines que nous venons d’aborder parlent des Bogatyr de Kiev. Celles qui sont consacrées aux bogatyri de Novgorod contiennent, elles aussi, beaucoup d’éléments païens mythologiques, mêlés aux idées chrétienne, telles les bylines sur le Bogatyr Sadko.

Sadko est un riche marchand de Novgorod. ll ne se mêle pas aux luttes civiles; il n'a jamais exercé le brigandage ; mais ses voyages sont aussi hasardeux que des combats. Il a parcouru toutes les routes que parcourait alors le commerce “ novgorodien ”.

“Sadko a suivi la Volkhov,
De la Volkhov il arrivait au lac Ladoga,
Du lac Ladoga dans la Neva:
Par la Neva dans la mer bleue”

Ces quatre vers sont d'une extrême précision. Qu'on jette les yeux sur une carte, on verra que, le lac Ilmen n'ayant pas de débouché direct dans la Baltique, c'était seulement par la Volkhov, le Ladoga et la Neva que les navires novgorodiens pouvaient entrer en relations avec les pays scandinaves et allemands, avec les villes de la Hanse et les ports de l'Occident. “Puis il revenait et allait à la Horde d'or vendre les marchandises novgorodienes.”


Dans la byline qui lui est consacrée Sadko, avec ses bateaux, navigue sur “ la mer bleue ”.Soudain, le bateau de Sadko “ s’arrête au milieu de la mer ” sans pouvoir avancer. Il se souvient qu’ayant navigué par la mer bleue pendant douze ans, “ il n’a jamais payé de tribut au Tsar de la Mer ”. Il remplit une grande tasse avec de “ l’argent pur ” une autre avec de “ l’or rouge ”, une troisième avec “ des perles rares ” ; il met les tasses sur une petite planche et jette la planche dans la mer bleue. Mais “ la petite planche ne coule pas et flotte comme un garrot ”. Sadko l’interprète dans ce sens que le Tsar de la Mer ne veut pas d’argent, mais demande “ une tête d’homme ”. On tire au sort et c’est Sadko qui doit descendre chez le Tsar de la Mer. Il prend avec lui une icône de saint Nicolas et son “ gousli ”(instrument à cordes), descend de son bateau, s’assoit sur la petite planche et s’endort pour se réveiller dans “ le palais de pierres blanches ”. Il joue de son “ gousli ” devant le Tsar de la Mer et ce dernier se met à danser : sa danse furieuse produit une tempête, et “ des têtes innocentes en périssent sur la mer ”. Pour arrêter la danse et la tempête, Sadko casse les cordes de son instrument.


Après son retour heureux et miraculeux sur la terre, Sadko navigue encore douze ans sur le fleuve Volga. Quand il veut rentrer à Novgorod, il “ coupe un grand morceau de pain, y met du sel et le dépose dans les flots de la Volga ” ; pour le remercier de ses bienfaits, Volga lui parle en langage humain et lui d’aller saluer de sa part “ son frère “ le lac Ilmène ”. En récompense le lac d’Ilmène dit à Sadko de mettre dans ses eaux trois grands filets qui se remplissent de poisson ; transporté dans les dépôts de Sadko, ce poisson miraculeux se transforme en argent.

Mystique et mythique est aussi la fin des Bogatyri. Elle est racontée dans une Bylina intitulée : “ Pourquoi il n’y a plus de Bogatyri dans la sainte Russie ”.

Après un heureux combat, un des bogatyri à eu l’impudence de dire dans son orgueil : “ Si nous avons devant nous “ une force d’au-delà ”, nous la battrons elle aussi ! ” Immédiatement sont apparus deux guerriers inconnus qui ont provoqué les Bogatyri au combat. Un Bogatyri les a frappé avec son glaive et les a coupé en deux, immédiatement quatre nouveaux sont apparus, “ tous vivants ” ; les quatre guerriers sont à nouveau frappé et coupé en deux, mais à la place de ces quatre, huit nouveaux guerriers “ tous vivants ” ; et ainsi de suite sans fin, sans nombre. “ Trois jours, trois heures, trois petites minutes ” se sont battus les bogatyri contre la “ force de l’eau delà ” qui se multipliait toujours. Les bogatyri puissants ont eu peur. Ils “ ont couru dans les montagnes de pierre, dans les cavernes sombres ”.mais chaque bogatyr qui y accourait était pétrifié.
“ Depuis ce temps-là, il n’y a plus de bogatyri dans la sainte Russie ”.

Beaucoup de saints chrétiens ont pris les traits des anciens Dieux païens.

Par exemple beaucoup de traits de Péroun, le dieu de la foudre, ont été transféré sur le bogatyr Ilia Mourometz. Mais c’est surtout Saint Elie le prophète qui à hérité des attributs de Péroun chez les Slaves orthodoxes. Lorsqu’un paysan slave entend le tonnerre, il dit que c’est le prophète Elie qui roule dans le ciel sur son char de feu.
Quand à Veles, dieu des bêtes, il a transmis ses fonctions et ses attributs à saint Vlas (ou Vlassy : “ Blaise ”). Le jour de la saint Vlass, le 11 mars, “ la vache commence à se réchauffer les flancs ” sous le soleil. On adresse à Saint Vlass une prière qui ressemble à un vieil exorcisme : “ Saint Vlass, donne nous de la chance, pour que nos génisses aient un poil lisse et que nos bœufs soient gras. ”
En Russie pendant les épizooties, on prend une icône de saint Vlass, sans le prêtre, on la porte vers les bêtes malades. On lie par la queue une brebis, un mouton, un cheval et une vache qu’on pousse ensuite ensemble dans un ravinet, là, on les assomme avec des pierres (“ en souvenir des rites païens ”, dit un auteur, Maximoff, dans “ Puissances occultes et impures. Travaux du bureau ethnographique du Prince Tenicheff ”, Moscou, 1903). Au cours de ce “ sacrifice ”, on chante : “ Nous t’assommerons avec des pierres, nous t’enfouiront dans la terre, nous t’enfouirons dans la terre, nous te pousserons dans les profondeurs ; tu ne reviendras plus dans notre village ! ”. Ensuite on couvre les cadavres des bêtes sacrifiées avec de la paille et du bois pour les brûler complètement.
Il est intéressant de noter que les églises dédié à saint Vlas se trouvent toujours au bord des anciens pâturages.

Beaucoup de coutumes païennes sont entrées, comme une partie essentielle, dans les cérémonies religieuses des Slaves chrétiens. Par exemple, après l’enterrement, les amis du défunt sont invités à un repas funèbre où ils se rendent au cimetière pour manger et boire copieusement : c’est un vestige de l’ancienne “ trizna ”, festin consacré à l’esprit du mort.


Dans la semaine de Pâques, dans beaucoup de contrées slaves, les familles orthodoxes se rendent au cimetière pour manger et boire sur les tombes de leurs proches et de leurs aïeux ; le reste des boissons est versé sur la tombe.
Souvent aussi, les superstitions païennes gardent leur vigueur jusqu’à l’intérieur de l ‘église même. Par exemple, l’exorcisme que doit réciter l’heureux possesseur de “ l’herbe des larmes ”, cueillie le jour de Koupala, doit être récité à l’intérieur de l’église devant les icônes.  

Il existe de nombreux exemples semblables. La fête de Koupala est caractéristique, car elle est conservée avec la plupart des détails païens. Elle a été, après l’introduction du christianisme transportée du solstice d’été (21 juin)au jour de la saint jean baptiste. Jean, dans beaucoup de langue slave se prononce Ivan, et très naturellement, la fête du dieu koupala est devenue celle d’Ivan koupala. Cette association du nom mythique d’une divinité païenne et de celui d’un grand saint chrétien montre avec quelle simplicité se réalisait la coexistence entre les deux religions dans le monde slave.


Nilfheim