IV / Dieux de la citée et de la guerre
Dans les régions où les slaves entraient en contact avec d’autres peuples (scandinaves ou germaniques), leur mythologie perdait son caractère primitif et rustique. Elle trouvait de nouvelle inspirations et prenaient de nouvelles formes moins simplistes.
Certains savant russes sont même disposés à distinguer, chez les slaves “ païens ”, deux mythologies ( et presque deux religions) : une qui étaient commune aux grandes masses populaires composées d laboureurs, de chasseurs et pêcheurs, et une autre qui était celle des classes supérieures, des habitants des villes et des enceintes fortifiées.Il est sûr que les Slaves du littoral de la mer Baltique connaissait une mythologie plus développée. Ils adoraient une divinité, nommée Svantovit Sventovit .
Helmgolf, Saxon Grammaticus ont laissé des témoignages presque contemporain…
En 1857, on a découvert en Galicie (Ukraine de l’ouest) une statue de Svantovit qui n’était qu’une réplique grossière et simplifiée de celle qui se trouvait dans le temple d’Arkona.
La statue d’Arkona était placée dans un temple richement orné. Elle était de grande taille et avait quatre têtes tournées dans quatre directions opposés. Svantovit tenait dans la main droite une corne de taureau remplie de vin, à coté étaient suspendus un énorme glaive une selle et un harnais. Dans le temple se trouvait un cheval blanc.
Chaque année, le grand prêtre examinait solennellement le contenu de la corne de taureau que Svantovit tenait dans sa main : s’il restait beaucoup de vin, c’était un bon présage_ l’année s’annonçait abondante et heureuse. Mais si la quantité de vin dans la corne avait considérablement diminué, on n’avait qu’à se préparer à une année de disette et de malheurs.
Le cheval blanc, entretenu au frais du temple, servait aussi aux présages. Les prêtres fixaient sur le sol quelques rangs de lances et conduisaient, à travers elles, el cheval de Svantovit. S’il y passait sans accrocher aucune des lances, l’avenir s’annonçait heureux.
Un drapeau (étendard de guerre) était gardé dans le temple. Les prêtres le montrait lorsque le peuple partait en guerre.
Outre les prêtres, un détachement armé de 300 hommes était attaché au temple de Svantovit.
Selon certains scientifiques, Sventovit est considéré comme une divinité de caractère solaire : d’abord, il possédait quatre têtes qui symbolisent les quatre coins du monde ; ensuite il lui était accordé un cheval blanc qui personnifie la lumière ; finalement, la couleur rouge orange dominait dans son temple. Les chercheurs contemporains comme Evel Gasperini (Il matriarcato slavo, 1973) ou Vittore Pisani (Il paganismo balto-slavo, 1949), en analysant les témoignages de Saxo Grammaticus, voient plutôt dans les promenades nocturnes de Sventovit et de son cheval blanc, qui revient à l’aube tout en sueur, les preuves d’une divinité lunaire. Selon eux, Sventovit est un chevalier de la nuit, et ses multiples têtes symbolisent la transformation de la Lune. En comparant les rites agricoles slaves à ceux trouvés chez les Estoniens ou chez les Germains, Gasparini constate que les chevaux sont toujours associés aux dieux de la nuit et aux fêtes consacrées à la Lune.
En ce qui concerne le culte de Sventovit dans les Balkans, nous trouvons ses traces dans la fête de Noël où certaines coutumes rappellent les gestes magiques exercés par les prêtres de son temple à Arkona. Le nombre considérable des toponymes gardant le radical vit ou vid montre que ce personnage de la mythologie slave et son double chrétien sont profondément enracinés dans la mémoire culturelle des Slaves du Sud.
Les anciens chroniqueurs mentionnent d’autres divinités aux attributs guerriers, chez les peuples de la branche occidentale du monde slave.
_Rugievit , qui était arméde huit glaives, dont sept était attachés à sa ceinture et le huitième dans sa main droite.
_Iarovit, muni d’un grand bouclier d’or, vénéré comme un objet sacré, il avait aussi ses propre drapeaux, que ses adorateurs emmenait avec le bouclier sur les champs de batailles.
_Radigast, qui tenait dans sa main une hache à deux tranchants. Il portait sur la poitrine une tête de taureau, et sur sa tête bouclée un cygne aux ailes ouvertes. C’était un conseiller sûr, dieu de l’honneur et de la force.
PEROUN
Le frère du soleil, le dieu de l'Orage, de la Foudre "Peroun", était vénéré comme le protecteur du kniaz (le prince) et de ses troupes guerrières.
Le dieu du tonnerre, Perun, était l’une des divinités principales des Slaves de l’Est. D’après La Chronique dite de Nestor, son idole était en bois et possédait une tête en argent et une barbe en or. Le chroniqueur qui nous informe sur la conversion au christianisme du prince russe Vladimir raconte les difficultés causées par la statue du dieu suprême lors de son renversement dans le Dniepr. L’idole de Perun était la plus grande et la plus lourde. Pendant des jours, l’énorme statue en bois flotta sur l’eau. Le prince Vladimir interdit de la toucher ou de la sortir et ce sacrilège fut mal vécu par les habitants qui vénéraient le culte de Perun. Comparé souvent au dieu grec Zeus et au dieu germanique Thor, Perun, le dieu du tonnerre et de la foudre des Slaves du Sud, trouve également son double dans Saint Elie (Sveti Ilija). La tradition populaire transfère les attributs du dieu païen au prophète chrétien et préserve ainsi une partie de leur mémoire collective.
Voilà ce que A. Siniavski écrit sur cette divinité :
"On sait que, peu de temps avant le baptême de la Russie, en 980, le Prince de Kiev, Vladimir, éleva sur une colline à côté de son palais quelques idoles, notamment une idole en bois de Peroun dont la tête était en argent et les moustaches en or. Lors du baptême de la Russie ces idoles furent renversées et abreuvées d'insultes. La statue de Peroun fut attachée à la queue d'un cheval, traînée par terre, rouée de coups et jetée dans le Dniepr. La statue tantôt s'enfonçait et tantôt surnageait. Les habitants couraient sur la berge en pleurant, accompagnant Peroun et le suppliant de revenir à la surface et de sortir de la rivière, ce qui aurait été une preuve de son authenticité et de sa force. Mais Peroun ne revint pas à la surface, signe décisif de la victoire du christianisme sur les dieux païens" Plus tard, dans la culture populaire christianisée, les fonctions positives de Peroun, dieu du tonnerre et des éclairs, furent transférées au prophète Élie. Ce sont des fonctions terrifiantes : exprimant le juste courroux de Dieu, et bienfaisantes : la pluie. D'après les dictons populaires : "Il y a toujours de l'orage le jour de la fête du prophète Elie".
Lorsque l’idole de Peroun a été renversée et jetée dans la Dniepr, l’histoire n’a même gardé aucune trace d’une lutte quelconque des fidèles de Peroun pour leur dieu. On peut supposer que cette mythologie et cette divinité guerrière n’étaient pas une croyance populaire, mais celle des milieux guerriers dominants. Lorsque ces milieux renoncèrent à leur foi, personne ne la défendit.Nous trouvons également dans les Balkans les traces de la dévotion au dieu Perun. Selon Veselin Cajkanovic [Studije iz srpske religije i folklora, Etudes du folklore et de la religion serbes, Beograd, Prosveta, 1994, tomes 1 et 2.], l’ethnologue serbe, Perun est un dieu céleste des Slaves du Sud qui, ancêtre de tous les dieux, se retire au ciel en laissant aux dieux inférieurs le soin de gouverner le monde. D’après ce schéma, typique pour les systèmes mythiques d’Eurasie, il y a une différence nette entre les dieux célestes et les dieux donateurs : aux premiers, aucune cérémonie n’est attribuée tandis qu’aux dieux donateurs, on accorde les rites sacrificiels. Cela contredit l’hypothèse de Cajkanovic : Perun ne peut pas être le deus otiosus des Slaves du Sud car on lui sacrifiait non seulement des chênes, mais aussi des bovins.
Dans quelques cas où la population rurale gardait un vague souvenir de la mythologie citadine guerrière, elle la retouchait à son goût : les “ russes-blancs ” ont laissé à Peroun son arme (arc), mais au lieu d’un char de combat, il lui ont laissé une simple meule sur laquelle il se déplace dans le ciel…
VELES
Veles, ou Volos, est la deuxième divinité mentionnée dans la Chronique dite de Nestor. Il était le dieu des troupeaux et de la richesse, et son culte était répandu non seulement chez les Slaves de l’Est mais également chez les autres peuples slaves. Dans la région de Kiev, son idole, à la différence de celle de Perun située dans les hauteurs, était placée dans la vallée. A l’époque chrétienne, cette divinité fut remplacée par Saint Blaise, considéré lui aussi comme le protecteur des animaux domestiques. Dans l’épopée Le dit de la bataille d’Igor, le dieu Veles est aussi lié à la tradition des chants rituels. En effet, la divinité slave se manifeste comme protectrice des chants liturgiques et de la poésie épique.Le dieu Veles est connu dans les Balkans en tant que protecteur des troupeaux, de la musique et de la poésie. La plupart des toponymes portant le radical du nom de cette divinité concernent les noms des villes et des vallées, ce qui permet de conclure que la géographie mythique constatée pour la région de Kiev se répétait dans les autres pays slaves. Les hauteurs sont réservées à Perun, dieu du tonnerre et de la foudre, tandis que les plaines sont attribuées à Veles, protecteur de l’élevage.
Lorsqu’il a “ quitté ” Kiev , occupé par le christianisme triomphant, il est “ retourné ” parmi les ruraux, dépourvu de ses fonctions et attributs guerriers.
Au XIXè siècle, les paysannes russes gardaient encore la coutume de “ friser les cheveux de Veles ”. En faisant, la moisson elle laissaient sur le champ une botte de blé dont elles “ frisaient ” les épis. C’est incontestablement, un reste de paganisme…
Dans la mythologie slave le "Dieu du Bétail" soit "Veles" ou "Volos" est une antithèse de Peroun. Son nom indique déjà son appartenance au monde des bêtes, car "volos" veut dire "poil", donc "fourrure". En même temps, ce mot désignait jadis un ver de terre, un serpent. De cette étymologie mi-scientifique, mi-populaire les chercheurs ont construit le concept du Serpent dans les contes russes, en identifiant "Veles" au Serpent. D'autres spécialistes associent Veles au culte primitif de l'ours qui était vénéré comme maître des forets et de tous les animaux sauvages, et se situait à la frontière des natures humaine et animale. Nous trouvons aussi bien de points fondamentaux de cette théorie dans les contes populaires.L'ours dans les contes peut se marier avec une humaine et avoir un fils humain. Selon une tradition, l'ours aurait été autrefois humain.
Cette attitude favorable et respectueuse vis-à-vis de l'ours se manifeste aussi dans la langue qui désigne l'ours par toutes sortes de noms et diminutifs affectueux : Micha, Mikhaïl Ivanovitch, Mikhaïlo Potapovitch ; quant à l'ours, on l'appelait Matriona, Aksinia. L'ours était censé avoir la capacité de se transformer en homme notamment... Par la suite, à l'époque chrétienne, saint Vlassy, Saint blaise , protecteur du bétail, se substitua à Veles.
Nilfheim