III / Divinités rustiques
Le christianisme s’est attaqué, comme partout où il est passé d’ailleurs, à la mythologie païenne et slave avant sa complète éclosion. Il l’a presque tuée dans l’œuf pour ainsi dire.
Il a ainsi contribué à faire disparaître les grandes divinités. Mais les dii minores, les petites divinités, ont pu échapper au massacre. Aussi, Les slaves ont conservé beaucoup de croyances païennes, qui peuplent leur univers matériel et spirituel d’une innombrable foule de petits dieux et déesses.Leurs origine s’explique comme suit :
“ Quand le Dieu suprême créa le monde, terrestre et céleste, une partie des esprits dont il s’était entouré se révoltèrent contre lui. Il chassa ses esprits rebelles du ciel et les projeta sur la terre. Certains d’entre eux tombèrent sur les toits des maisons et dans les cours des habitations, et ,au contact des humains, devinrent bienveillants, ceux qui tombèrent dans les forêts et dans les eaux restèrent méchants. ”Domovoï.
Le “ Domovoï ”, dérivé du mot dom (maison), est l’esprit de la maison. Par superstition les paysans évitait de l’appeler par son nom officiel : les uns le désignent par “ grand-Père ”, d’autres par “ Lui ” ou encore “ Le maître de la maison ”. Son aspect est assez imprécis, c’est un être a forme humaine, velu, il est couvert d’un poil soyeux. Il est parfois munis de cornes et d’une queue. Il apparaît quelquefois sous la forme d’un animal domestique ou d’une botte de foin. Il est difficile et dangereux pour un être humain de voir le Domovoï.
Cependant on entend sa voix, ses gémissement et sanglots étouffés ; son peut être parler doux et caressant, ou assombri et saccadé.Le Domovoï se familiarise avec la maison qu’il occupe jusqu’à ne plus vouloir s’en séparer. Lorsque le paysan se construisait une nouvelle “ izba ”, sa femme avant de s’y installer, coupait une tranche de pain et la plaçait sous le poêle, ou sous le seuil de la porte d’entrée, pour “ attirer ” le Domovoï dans sa nouvelle maison. Il aime vivre près du poêle ou sous le seuil de la porte. L’épouse du Domovoï, appelée “ Domania ” ou “ Domovikha ”, préfère habiter le sous sol.
Il existe un lien entre le chat et le Domovoï : d'abord parce que le Domovoï peut lui-même prendre l'apparence d'un chat ; ensuite parce que, lorsqu'on lâchait un chat dans la maison pour voir le lendemain matin s'il avait survécu, on lui donnait la forme d'un sacrifice propitiatoire en disant au Domovoï : Voila pour toi, maître, une bête velue pour une maison prospère. Le chat comme le Domovoï passaient ainsi pour les protecteurs du foyer.
Il prévient les habitants de la maison des malheurs qui la menacent. Il pleure avant la mort de quelqu’un de la famille. Il tire la femme par les cheveux pour la prévenir que son mari la battra.
Autres divinités domestiques.
Dvorovoï
Dans le voisinage du Domovoï se trouvent d’autres esprits, qui peuvent être considérés comme ses “ proches ” parents. Ils sont un peu plus éloignés de l’homme et sont moins bienveillants que lui…
Le “ Dvorovoï ” ( dérivé du mot dvor = cour ”) ; le “ Bannik ” ( “ bannia ” = bain ) l’esprit des bains, dont le domicile est la petite maisonnette situé à coté de l’izba, où les paysans prennent leurs bains ; “ l’Ovinnik ” (ovin = grange) ou esprit des granges.Le Dvorovoï déteste particulièrement tous les animaux ( chiens, chats, chevaux etc…) à poil blanc. Seules les poules blanches ne le craignent pas, car elles sont protégés par une divinité spéciale, à savoir le dieu des poules ( NDE : c’est assez étrange mais bon ! !), celui-ci est représenté par une pierre ronde et trouée que l’on trouve parfois dans les champs.
Pour apaiser un Dvorovoï, on peut mettre dans l’étable un peu de laine de brebis, quelques menus objets étincelants et une tranche de pain ; en faisant cette offrande, on doit dire : “ Tzar, Dvorovoï, maître petit voisin bienveillant, je t’offre ce don en signe de reconnaissance ; sois accueillant pour le bétail, soigne et nourris le bien. ”
Quand le Dvorovoï se montre trop méchant, on peut le punir en piquant avec une fourche le bois de la clôture de la cour, ou en flagellant le démon avec un fouet dans lequel on doit tresser un fil tiré d’un linceul. Le Dvorovoï craint également le cadavre d’une pie suspendu dans la cour.
Parfois le Dvorovoï tombe amoureux d’une humain. L’un d’eux, s’étant épris d’une jeune fille, vécut plusieurs années avec elle : il lui avait tressé les cheveux en lui défendant de défaire la tresse ; à l’âge de 35 ans elle voulu se marier et, à la veille du mariage, défit ses cheveux ; le lendemain matin on la trouva morte étranglée dans son lit par le Dvorovoï.Bannik
Le Bannik habite la maisonnette des bains. Il y laisse entrer trois séries de baigneurs ; le quatrième tour lui est réservé. Il y invite des diables, des esprits de la forêt, etc…Si on vient le déranger pendant son bain, il verse de l’eau bouillante sur le corps de l’importun, et même parfois l’étrangle. Quand on quitte le bain, il faut laisser un peu d’eau pour le Bannik.
On peut interroger le Bannik sur l’avenir, pour cela, on doit passer son dos nu par la porte entrebâillé de la maisonnette des bains et attendre patiemment : si le Bannik, le frappe avec es griffes, c’est un mauvais présage ; s’il le caresse tendrement d’une paume douce, un bon avenir est réservé…Ovinnik
L’Ovinnik (esprit des granges) réside habituellement dans un recoin de la grange. Il a généralement l’aspect d’un gros chat noir ébouriffé. Il sait aboyer comme un chien et rire à gorge déployée. Ses yeux brillent comme des braises ardentes. Il est tellement méchant qu’il peut mettre le feu à la grange.Kikimora
La Kikimora est du sexe féminin, dans certaines régions elle est considéré comme l’épouse du Domovoï. Les nombreuses légendes et mythes n’en donnent pourtant pas une image précise. Tantôt elle a pour mission exclusive de s’occuper de la volaille, tantôt elle participe à tous les travaux du ménage, mais seulement lorsque la maîtresse de maison est laborieuse et diligente ; si elle est “ paresseuse ”, la Kikimora lui donne beaucoup de peine en chatouillant ses enfants la nuit. Le seul remède pour se remettre dans ses bonnes grâces, est d’aller dans la forêt, y cueillir des fougères, et préparer une tisane avec laquelle il faut nettoyer tous les pots et toutes les tasses de la cuisine.La croyance en ces esprits domestiques n’est que la survivance du culte que les slaves primitifs rendaient à de nombreuses divinités protectrices du foyer.
Citons encore : Pesseias et Krukis, qui protégeaient les animaux domestiques ( krukis était aussi le patron des forgerons) ; Ratainitza qui veillait sur les écuries ; Prigirstitis, qui, ayant une ouiïe très fine, percevait les moindres murmures et supportaient mal les cris ; Giwoitis, que l’on croyait reconnaître sous la figure des lézards, et que l’on nourrissait de lait ; et, parmi les divinités féminines : Matergabia, qui dirigeait la tenue de la maison, et a qui l’on consacrait le premier pain sorti du pétrin ; Dugnai, qui empêchait la pâte du pain de se gâter ; Krimba, une déesse de la maison, adorée principalement en bohême.
Lechy.
Le pays des anciens slaves était très boisé. Ils devaient se frayer un chemin à travers les forêts, pleine d’imprévus et de dangers. Il était tout naturel d’y rencontrer alors le Lechy ( dérivé du mot “ less ”= forêt), l’esprit de la forêt.Les légendes slaves attribuent au Lechy un aspect humain, mais ses joues sont de couleur bleuâtre, parce que son sang est bleu. Il a souvent les yeux exorbités de couleur verte, les sourcils touffus et une longue barbe verte ; ses cheveux sont ceux d’un pope. Parfois on le décrit comme portant un costume spécial : il porte une ceinture rouge et chausse son pied droit dans son soulier gauche ; il boutonne également son “ kaftan ” en sens inverse. Le Lechy n’a pas d’ombre, il n’a même pas de taille stable : lorsqu’il marche en pleine forêt sa tête atteint la cimes des arbres ; quand il marche sur la lisière, à travers les petits arbustes et les herbes, il se transforme en petit nain qui peut se cacher sous une feuille.
Le Lechy garde jalousement son “ royaume ”. Lorsqu’un passant solitaire traverse la forêt, qu’une paysanne vienne cueillir des champignons et des fruits, ou qu’un chasseur s’aventure trop loin, le Lechy ne manque pas de les égarer, de les faire errer à travers les broussailles.
Cependant, il finit presque toujours par relâcher sa victime, surtout si elle sait se soustraire à son envoûtement. Pour cela l’égaré doit s’asseoir sur un tronc d’arbre, enlever ses vêtements et les remettre à l’envers ; il ne faut pas oublier de mettre le soulier du pied gauche sur le pied droit.Les Lechys doivent chaque année, au début d’octobre, mourir ou disparaître temporairement jusqu’au printemps suivant. Pendant cette période, ils sont particulièrement enragés et dangereux. C’est, sans doute, dû à la pensée de leur disparition prochaine. Pleins d’angoisse et de colère, il parcourent la forêt, ils sifflent, crient, imitent le rire strident d’une femme excitée, des sanglots humains, les cris des rapaces et autres bêtes sauvages.
Certaines légendes attribuent des instinct familiaux au Lechy. Elles montrent a ses côtés sa femme la Lechatchikha, et ses enfants les Lechonki. Ils commettent en commun leurs méfaits dans les profondeurs des bois et des forêts.
Polevik.
Si chaque forêt est habitée par un Lechy, chaque champ est dominé par un Polévik ( “ polé ”=champ).
L’extérieur du Polévik varie selon les régions. Tantôt c’est un quelqu’un “ de blanc vêtu ” ; tantôt le Polévik possède un corps noir comme la terre et deux yeux de couleur différente ; de longue herbes vertes poussent sur sa tête à la place des cheveux. Parfois il prends l’apparence d’un nain difforme qui parle le langage des humains.
Le Polévik aime aussi égarer les passants qui s’attarde dans son champ. Il lui arrive aussi d’étranglé un ivrogne qui s’endort sur son champ au lieu d le labourer. Lorsque le champ est labourer, les enfants du Polévik courent dans les sillons et capturent des oiseaux dont se nourrissent leur parents.
Pour se concilier les bonnes grâces du Polévik, on peut lui faire une offrande en déposant dans une fosse deux œufs, et un vieux coq qui ne sait plus chanter. Mais il faut le faire de façon a ce que personne n’assiste au sacrifice…Dans le nord de la Russie, l’image du Polévik est remplacé par celle de la Poloudnitza. La Poloudnitza (“ poulouden ” ou “ polden ”= midi )est une belle fille de haute stature toute vêtue de blanc. En été, à l’époque des moissons, elle se promène dans les champs, et si elle trouve un homme ou une femme travaillant à midi, elle saisit sa tête et la torture sans pitié. Elle attire aussi les petits enfants dans les champs et les y égare.
D’autres divinités rustiques n’ont pas survécu au christianisme. En voici quelques uns :
Chez les polonais, la prospérité des champs était le fait des dieux Datan, Tawals, Lawkapatim qui présidait spécialement au labourage, et de la déesse Maranna, qui favorisait la pousse des fruits. Modeina, Silinietz étaient des dieux de la forêt.
Le bétail était placé sous la protection de Walgino, de Kurwaitchin qui s’occupait des agneaux, de Kremara qui s’intéressait particulièrement aux porcs, et à qui on offrait de la bière répandue dans le feu du foyer ; de Priparchis, qui déshabituait les jeunes cochons du lait de leur mère.
Chez les autres Slaves, on honorait des divinités telles que Kricco, protecteur des fruits et des champs ; Kirnis, qui favorisait la réussite des cerises ; Mokoch, dieu des petits animaux domestiques, qui avait à Kiev un autel ; Zosim, dieu tutélaire des abeilles ; Zuttibur, dieu de la forêt ; Sicksa, esprit de la forêt, sorte de génie polymorphe.
Esprits des Eaux :
Vodianoï.
Le Vodianoï est l’esprit des eaux. C’est une divinité malveillante, qui habite les lacs les étangs, les fleuves et les rivières. Sa résidence préféré est le voisinage des écluses et des moulins. Sous la grande roue des moulins, plusieurs Vodianoï se donnent rendez-vous. L’aspect des Vodianoï est très varié.
Certains possèdent un visage humain, mais sont munis d’orteils démesurément long, de pattes à la place de mains, de longues cornes, d’une queue, et des yeux pareils à des charbons ardent.
D’autres ont l’apparence d’hommes d’une stature démesurée et sont couvert de mousse. Ils peuvent être tout noirs avec d’énormes yeux rouges, un nez très long. Souvent le Vodianoï prend l’aspect d’un vieillard qui à la barbe et les cheveux verts, mais la couleur de la barbe change et devient blanche quand la lune est en décroissance.
Le Vodianoï peut aussi parfois apparaître sous les très d’une femme nue ; assise dans l’eau sur la racine d’u n arbre, elle peigne ses cheveux tout ruisselants d’eau.
On a vu aussi le Vodianoï sous l’aspect d’un énorme poisson revêtu de mousse, et sous celui d’un simple tronc d’arbre muni de petites ailes et volant à fleur d’eau. Les Vodianoïs sont immortels mais ils rajeunissent et vieillissent avec les phases de la lune.
Il n’aime pas les êtres humains, et guette les imprudents pour les attirer dans l’eau, les noyés qui tombent dans son profond et humide oyaume deviennent ses esclaves. Il vit dans un palais de cristal, ornés de l’or et de l’argent provenant des bateaux coulés, et éclairés d’une pierre magique qui a un éclat plus grand que le soleil.
Pendant la journée le Vodianoï reste dans les profondeurs de son palais. Le soir il en sort et s’amuse a frapper l’eau avec ses pattes en faisant grand bruit. Si un homme ou une femme se baignent après le coucher du soleil, il s’en empare.
Quand il s’approche de la digue d’un moulin, il tache de la briser pour redonner son libre cours à l’eau. C’est pour cela que les meuniers, dans leur désir de se concilier la bienveillance du Vodianoï, allaient jusqu’à pousser dans l’eau un passant attardé.
On raconte que dans un lac dans la région d’Olonetz (Russie du nord) vivait un Vodianoï qui avait une famille nombreuse. Pour nourrir ses parents, il avait besoin de cadavres d’animaux et d’hommes, mais les habitants qui vivaient autour du lac étaient trop prudents et ne voulaient ni aller y chercher de l’eau ni s’y baigner. Le Vodianoï finit par s’enfuir dans un autre lac par une rivière, mais dans sa précipitation il accrocha son pied avec une petite île qui tomba ensuite dans la rivière, où on la montre encore aujourd’hui.
Rousalka.
Quand une jeune fille se noie – accidentellement ou volontairement – elle devient Rousalka. Cette croyance est commune à tous les peuples slaves. Mais l’image de cette divinité n’est pas la même partout. Cette image varie globalement selon le climat , la couleur du ciel et des eaux.
Chez les Slaves du “ bleu Danube ”,au sud, la Rusalka que l’on appelle plutôt Vila, est un être gracieux, qui garde certains traits charmants de la jeune fille. Elles ont le visage pâle comme la lune, et apparaissent en légère robe de Brume. Leurs chants ensorcellent les passants par leur beauté et leur douces voix. La mort dans les bras d’une Vila est presque agréable, c’est une sorte d’euthanasie.
Chez les Slaves du nord, la Rusalka est une fille méchante, d’un aspect peu attrayant aux cheveux ébourrifés et mal peignés. Contrairement aux Roussalka des contrées méridionales qui ont le visage pâle comme la lune, celles du nord ont un visage blême comme les cadavres des noyées…
Et elles sont toujours grossièrement dénudées. Elles ne pensent qu’a s’emparer brutalement d’un imprudent qui se promène sur la berge, à une heure tardive, pour les pousser dans l’eau et les noyer. Elles font subir à leur victimes des tortures cruelles et raffinées.
Les légendes slaves attribuent aux Roussalki une existence double, aquatique et forestière. Jusqu’au début de l’été, précisément jusqu’à “ la semaine des Roussalki ”, elles habitent le royaume des eaux. Dans “ la semaine des Roussalki ”, elles migrent vers les forêts. Elles choisissent un saule pleureur ou un bouleau aux branches fines et longues inclinées sur l’eau et y grimpent. Dans la nuit, au clair de lune, elles se balancent sur les branches s’interpellent, descendent des arbres sur les clairières et dansent. Les Slaves des pays méridionaux croient que la où les Roussalki posent leur pieds en dansant, l’herbe pousse mieux et le blé est plus abondant.Mais leurs actions peuvent être aussi malfaisantes. Lorsqu’elles s’abandonnent à leurs ébats dans l’eau, elles montent sur les roues des moulins, et les arrêtent elles casent les meules, détériorent les digues, déchirent les filets des pécheurs. Elles peuvent aussi envoyer des pluies torrentielles sur les champs, volent les fils des toiles aux femmes endormies. Pour contrecarrer la méchanceté des Roussalki, il faut seulement tenir dans les mains une feuille d’absinthe, “ l’herbe maudite ”.
Les mythes relatifs aux Roussalki reflètent les croyances des Slaves au sujet des mort et de la Mort. Les arbres verts, servent de demeurent au mort. Tant que le soleil n’est pas “ entré sur le chemin de l’été ”, les Roussalki, âmes des mortes, peuvent rester dans les eaux sombres. Mais lorsque les eaux sont ensoleillées et réchaufées par les rayons de l’astre de la vie, les Roussalki ne peuvent plus y demeurer. Et elles retournent sur les arbres demeurent des morts.
Nilfheim