II / Adoration de la Nature et des Dieux rustiques
Quand les slaves adressaient une prière au ciel, ils disaient : “ Ciel ! tu me vois, Ciel ! tu m’entends. ” Ils considéraient le ciel comme un être suprême, comme un dieu. Plus tard ils ont personnifié le ciel, c’était le “ Père de tout ce qui existe ” chez les Rous', il s'appelait Svarog. Ce nom pourrait signifier "quelque chose du ciel" , "brillante" et "splendide". . La racine du nom (svar= brillant, clair) est apparenté au sanscrit.
D'autres scientifiques pensent que le nom de ce dieu est "Stribog". En traduisant ce nom en russe actuel, nous remarquons que la signification n'est autre que : "Père-Dieu". C'est lui qui a donné aux premiers slaves les pinces de forgeron grâce auxquelles ils ont fabriqué le bronze, le cuivre et le fer. Le même dieu a donné aux Rous' ce que nous appellerons aujourd'hui "des lois". Ces lois sont liées au comportement sexuel : ils interdisent la polygamie dans la pro-société russe. Nous pouvons trouver l'écho de cette divinité archaïque dans les récits russes du XIIe et XIIIe siècle.
Svarog (le Ciel ) a donné naissance à deux enfants : le Soleil, dénommé Dajbog, et le Feu appelé Svarogitch, ce qui veut dire “ fils de Svarog ”.
Afanassief parle de Dajbog en ces termes :
“ Svarog, personnification du ciel, tantôt éclairé par les rayons du soleil, tantôt couvert par les nuages et brillants d’éclairs, étaient considéré comme père du Soleil et du Feu. Dans les ténèbres des nuages, il allumait la flamme des foudres, et ainsi apparaissait comme le créateur du feu celeste ; quant au feu terrestre, il était un don divin apporté sur la terre sous forme de foudre. On comprend donc pourquoi le Slave adorait le Feu comme fils de Savrog. Ensuite, en brisant les nuages avec des flèches de foudre, Svarog en faisait sortir le clair soleil, ou, en langage métaphorique antique, allumait le flambeau du soleil, éteint par les démons des ténèbres. Cette conception poétique s’appliquait aussi au soleil du matin sortant des voiles de la nuit. Au lever du soleil et à la reprise de sa flamme, était liée l’idée de sa renaissance. Svarog était donc une divinité qui donnait la vie au Soleil et à la naissance de Dajbog. ”Le nom Dajbog vient d'une expression très populaire, même en Occident : "Donne-nous, mon Dieu ", à quelques mots près il ressemble au Notre Père chrétien . Il faisait fonction de Dieu du Soleil, mais aussi, selon certaines sources, de Dieu des Moissons et des Récoltes. Les slaves croyaient qu'il parcourait le ciel dans un quadrige, avec quatre chevaux blancs, portant chacun une crinière d'or. Les Russes eux-mêmes s'identifiaient aux enfants de Dajdbog, portant autour de leur cou ou sur la ceinture des talismans en forme de canards à tête de cheval. Pourquoi les canards ? Parce qu'ils pensaient que leur dieu traverse l'Océan deux fois par jour dans une barque, tirés par des canards, des cygnes, des oies.
Dajbog est la divinité du jour, de la lumière, vainqueur des ténèbres du froid et de la misère, il est devenu synonyme du bonheur. Les destinés humaines dépendent de lui. Il est juste, il punit les méchants et récompenses les bons.
Quelques expressions comme “ Que le soleil te fasse périr ” ou “ Que le Soleil me venge de toi ! ” sont parfois encore usité. Certains chercheurs pensent que le signe de Dajdbog est la croix russe actuelle.Le Soleil habite en Orient, dans un pays de l’éternel été et de l’abondance. C’est là que s’élève son palais d’or d’où le soleil part le matin, sur son char lumineux, attelés de chevaux blancs à l’haleine de feu, pour faire le tour de la voûte céleste.
Dans un conte populaire polonais, le Soleil se promène sur un char de diamants, à deux roues, attelés de douze chevaux blancs aux crinières d’or.
Dans un autre conte, il fait sa route sur un char attelé de trois chevaux, un d’or, un d’argent et un de diamant.
Chez les Serbes, le Soleil est un roi jeune et beau. Il habite dans un royaume de lumière, est assis sur un trône d’or et de pourpre. A ses côtés deux belles vierges, Aurore du matin, et Aurore du soir, sept juges (planètes) et sept “ messagers ” qui volent à travers l’univers, sous l’aspect des “ étoiles à queue ” (comètes). Est présent aussi “ l’oncle chauve ” du Soleil ( la lune ) dénommé vieux Messiatz.Dans les légendes populaires russes, le Soleil possède douze royaumes (les douze mois de l’année). Il habite à l’intérieur de l’astre solaire, et ses enfants sur les étoiles. Ils sont servis par des “ filles solaires ” qui les baignent, les soignent et leur chantent de belles chansons.
Le mouvement diurne du Soleil sur la sphère céleste est représenté dans certains mythe slaves, comme le changement de ses âges : le Soleil naît chaque matin, fait son apparition en bel enfant, atteint sa maturité à midi et meurt le soir, en vieillard. Le mouvement annuel du Soleil est expliqué d’une manière analogue.
Bien que le nom de la Lune en slave soit masculin : Messiatz, beaucoup de légendes représente la Lune comme un belle jeune fille, que le Soleil épouse au début de l’été, pour s’en séparer l’hiver jusqu’au retour du printemps.
Une chanson Ukrainienne raconte au contraire, que le “ clair Messiatz ” est l’époux et le “ clair Soleil ” son épouse, ils vivent dans le grand palais ( la voûte céleste) et leurs enfants sont les “ Claires étoiles ”.L’autre fils de Svarog le Feu ( en slave ogom, à rapprocher du sanscrit agni), est mentionné dans un vieil ouvrage qui dit : “ Ils font aussi des prières au feu en l’appelant Svarogitch. ” Comme dans beaucoup de pays ruraux, les slaves gardaient encore un respect mystique pour le feu, qui à toujours un caractère sacré : les vieux défendaient aux jeunes de jurer et de parler à haute voix au moment où on allumait le feu dans la maison. Les légendes et contes populaires gardent encore les traces poétiques des anciens mythes, lorsqu’ils parlent du “ Serpent de Feu ”.
L’aurore ( en slave zoria) à été aussi considéré comme divinité l’Aurore du matin ( Zoria Outrenniaia ; outro= matin ) ouvre les portes du palais céleste lorsque le Soleil commence sa course sur la voûte céléste. L’Aurore du soir ( Zoria vetcherniaia ; vetcher = soir ) les referme lorsque le soleil rentre chez lui.
Un mythe attribue aux Zoria une mission spéciale.
“ Il y’a dans le ciel, trois sœurettes, trois petites Zoria ; celle du Soir, celle de Minuit et celle du Matin. Elles sont chargées de garder un chien qui est attaché, par une chaîne de fer, à la constellation de la Petite Ourse. Quand la chaîne sera rompue, la fin du monde arrivera. ”
Les trois petites Zoria sont donc les grandes protectrices de l’univers tout entier.A cotés des deux sœurs Zoria ( Aurores), on trouve deux sœurs étoiles ; celle du Matin Zvezda Dennitza, et celle du Soir Vetcherniaia Zvezda. Elles partagent le travail des Zoria et les aides à soigner les chevaux blancs du Soleil.
Il existe aussi une trace d’une croyance en des dieux du vent, voici une curieuse “ prière ”t :
“ Sur la Mer, l’Océan, sur l’île de Bouyan résident trois frères, trois Vents, l’un du Nord, le second de l’Est et le troisième de L’Ouest. Soufflez, Vents, soufflez une tristesse insupportable à … (une telle), pour qu’elle ne puisse pas passer un seul jour, une seule heure sans penser à moi. ”
Le Dieu des Vents est couramment appelé Stribog. Le vent d’ouest, vent doux et caressant, se nommait Dagoda. Dans certaines légendes les vents sont au nombre de sept. On parle aussi du dieu Warpulis, qui faisait partie de la suite du dieu Peroun, et provoquait le bruit de l’orage. Erisvorch était le dieu de la tempête sacrée. Mais ces derniers sont plutôt de consonances lituanienne voir scandinave.
MATR-SVA-ZEMLA ( Mère-terre-Humide).
Divinité supérieure des croyances Slaves. La Terre est la divinité la plus aimée et la plus importants dans la mythologie slave supérieur, encore aujourd'hui. Malheureusement la partie supérieure de cette mythologie a été pratiquement perdue à l'arrivé des Chrétiens. Les Slaves anciens l'imaginaient vivante. Aujourd’hui encore, pour beaucoup, les herbes, les fleurs, les buissons et les arbres leur apparaissaient comme ses somptueux cheveux, les rochers sont ses os, les racines des arbres sont ses veines, et l'eau sortant des profondeurs de la terre est son sang. Elle s'endormait en hiver et se réveillait à l'équinoxe au printemps.
Dans certaines régions , au mois d’août, les paysans allaient dans les champs à l’aube, avec des vases plein d’huile de chanvre.
Se tournant vers l’Orient, ils disent : “ Mère-Terre-Humide ”, maîtrise tout être mauvais et impur, pour qu’il ne nous envoûte pas ni ne nous fasse aucun mal. ” En prononçant cette prière, ils versent de l’huile sur la terre. Ensuite se tournant vers l’Occident : “ Mère-Terre-Humide ”, engloutis la force impure dans tes gouffres bouillonants, dans ton feu ardent. ” En se tournant vers le Midi, on prononce ces mots : “ Mère-Terre-Humide ”, calme les vents venants du Midi et les intempéries ! Calme les sables mouvants et les tourbillons. ” Enfin en se tournant vers le Nord, on dit : “ Mère-Terre-Humide ”, calme les vents boréaux et les nuées, maîtrise les froids et les tempêtes de neige ! ”Après chaque invocation, on verse de l’huile et ensuite on jette par terre le vase qui la contenait.
En Russie, dans certaines régions, le paysan creusait la terre avec un bâton ou simplement avec les doigts, y appliquait son oreille et écoute ce que lui dit la Terre. S’il entend un son qui lui rappelle le bruit que fait un traîneau bien chargé, glissant sur la neige, la récolte sera bonne ; s’il entend au contraire le bruit d’un traîneau vide la récolte sera mauvaise.Les traces de l’ancienne adoration de la Terre se retrouvaient encore en Russie. A la veille de la Grande Guerre, dans un vieux rite bizarre auquel avaient recours les paysannes lorsqu’elles voulaient préserver leurs villages contre une épidémie ( peste, choléra... etc..). A minuit, es vielles parcouraient le village en convoquant les habitantes de façon a ce que les hommes n’en sachent rien. On choisissait neuf vierges et trois veuves qu’on menait hors du village. Elles se déshabillaient ainsi que celles qui les accompagnaient, ne gardant que leurs chemises.
Les vierges défaisaient leurs cheveux, les veuves couvraient leurs têtes de châles blanc. On attelait une veuve à une charrue qu’une autre conduisait. Les neufs vierges se munissaient de faux, d’autres prenaient divers objets terrifiants jusqu’à des crânes d’animaux. Avec des cris et des hurlements, la procession marchait autour du village, en creusant un sillon pour donner une issue aux puissants esprits de la Terre qui allaient anéantir les germes du mal. Tout homme qui avait le malheur de se trouver sur le chemin était impitoyablement assommé.
La Terre portait aussi le nom de "Makoch". Tous les scientifiques ne partagent pas le même avis sur cette divinité. Certains pensent effectivement qu'elle servait de divinité "Terre-Mère",. Elle est la mère de tous, la "Dame de la Vie", celle qui donne une bonne récolte agricole, celle qui est la femme de Svarog.
D'autres sont plus rigoureux à son sujet. Ils pensent que cette divinité, souvent représentée en costume féminin de la Russie nordique actuelle, était une divinité dans un domaine strictement féminin : le filage. Siniavski écrit : "On croyait que, quand la maisonnée était endormie, Makoch s'installait au rouet". Elle était aussi l'incarnation des principes nocturnes et humides. Comme remarque même A. Siniavski, cette déesse se transformait à la fin de la période païenne en gnome femelle, ou, au contraire, fut assimilée à sainte Parascève (on l'appelle "la sainte baba" en Russie profonde! ), Protectrice des femmes.Venons maintenant aux dieux plus familiers à notre simple égard, habitué aux panthéons grec et romain, où tout est centré autour de la naissance des dieux, des hommes, mais jamais du Monde par ces mêmes dieux, cela vient seulement dans les mythologies nord européenne. Le dieu "Rod" et les déesses "Rozhanicy", sur lesquels les avis des scientifiques sont partagés depuis bien longtemps, sont les divinités de l'amour, de la naissance, de la famille et de relations entre les deux sexes. Il est bien probable que ces divinités étaient en quelque sorte inférieure aux autres. Il
reste qu'ils sont très souvent mentionnés dans les chants, dans les fables et dans tant d'autres poèmes populaires. Les déesses sont deux, la déesse mère : "Lada", et la déesse fille : "Lélia" :
- La "mère" était la déesse des récoltes d'automne et de la maison. Il est probable qu'elle faisait aussi fonction de divinité du calendrier, donc, la mère du temps et des saisons.
- Sa "fille" est la déesse de Printemps, de l'amour et des nouveau-nés. Mais nous en connaissons très peu sur ces divinités si chères aux hommes et à toutes les générations de nos ancêtres.
A leurs côtés, on trouvait "Jarila"ou « Yarilo »,( cf Dieu de la Joie chapitre VI) le dieu de fécondité, grâce auquel la Terre et toutes les créatures portaient des fruits. C'est pourquoi son nom se rattache aux termes désignant le printemps, la germination rapide des épis et la vigueur sexuelle.
"Jar", au sens de chaleur et d'ardeur, se trouve dans nombre d'expressions populaires. Parmi les figures animales de l'épopée populaire, les chercheurs associent de préférence à “ Jarila ”, le boeuf sauvage (bison, tour) symbole de la force virile. Le conte substitue parfois au bison un cerf aux cornes d'or que le héros a pour tâche de capturer. En fait, le culte de “ Jarila ”, comme son homologue grec, avec les "Jeux Dionysiaques", est un culte phallique, et l'enterrement des parties
viriles, à l'apogée des fêtes, est un symbole de conception. En prenant le concept de conte sous forme d'un mythe désacralisé pour tous ceux qui l'écoutent et qui le racontent, il ne faut jamais oublier que cet écho d'une information sacrée porte quand même en soi un système de repères mythologiques très importants.
A.Siniavski, résument bien l'état actuel des recherches sur le paganisme de la Russie ancienne. "Quand on étudie les dieux des Slaves orientaux, on ne peut éviter un certain sentiment de frustration ou de perplexité. Nos connaissances comportent trop de lacunes et de questions non résolues. Pourquoi, par exemple, certains dieux font-ils manifestement double emploi ? [...] Par ailleurs on est étonné par l'image peu nette et l'absence de fonctions bien définies et de relations réciproques qui caractérisent certains de ces dieux. Mais surtout pourquoi ces dieux ont-ils si rapidement disparu de la mémoire populaire ? En dépit de sa double allégeance persistante (c'est-à-dire de sa propension à mêler et à fondre les traditions païennes et la religion chrétienne), le peuple ne conserva aucun souvenir de ces grands dieux païens et semble même ne pas y avoir été très solidement attaché [...] Certains spécialistes expliquent le caractère informe de l'Olympe russe par le fait que tous ces dieux étaient apparus assez tardivement en Russie où ils avaient été imposés dans le but d'affermir une religion d'Etat dépourvue de racines profondes dans la conscience populaire [...] La vérité est sans doute que Peroun et les autres dieux dotés d'une
personnalité distincte en Russie ne constituaient que la surface apparente d'un paganisme slave qui n'eut pas le temps de donner naissance à une mythologie solide, sur le modèle de l'antique, et dont le contenu était beaucoup plus large et plus profond que ces idoles désignées nommément".Cela dit, cette déficience présente de la mythologie slave nous donne par ailleurs un avantage, car elle constitue un champ de recherche et de réflexion tellement vaste, qu'il conduit à la réflexion même sur la religion mouvante et vivante des Russes, telle qu'elle était au moment du baptême et à ses suites.
Nilfheim