AGES SOMBRES ET ŒUVRES QUI  ONT FAIT SA RENOMEE : les procès en sorcellerie. 

De praestigis daemonum et incantationibus ac veneficiis

 


Jean WIER, célèbre médecin des Pays-Bas, dont le vrai nom était Johannes ou Johann Weier, Weiher ou encore Johannes Weyer, naît à Grave, en Hollande, dans le Brabant, sur la Meuse, en 1515 et meurt en 1588. Une importante réédition de son "De praestigiis daemonum" fût publiée en 1884 « Histoires disputes et discours 2 vol », Ed. Delahaye à Paris. Wier élabore un discours critique sur le masacre des sorcières sans pour autant mettre en doute l’existence du diable . La sorcière est l'emblème de tous les malheurs de l’époque. Son ouvrage De praestigiis daemonum s‘est répandu très vite, avec plus de sept éditions successives en latin. Il tenta de prouver que le Diable avait des pouvoirs très limités:

"Encore qu'il machine, qu'il forge, qu'il bâtisse, qu'il entreprenne qu'il compose, qu'il refasse, qu'il contrefasse (...), toutefois je ne laisserai de proposer des choses qui lui sont inimitables et impossibles: lui niant très expressément que lui ou ses anges puissent créer le moindre corps ou faire quelque chose d'un rien, ou véritablement selon son vouloir transformer, ou bailler quelque nouvelle forme, vertu ou propriété...Il ne peut vértitablement transmuer les verges en dragon, ni l'eau en sang, ni engendrer des grenouilles, ni transmuer le poudre de la terre en poux, ni disjoindre le mer pour passer en travers des ondes, ni rendre douce l'eau qui est salée"-  

Wier est considéré comme un des premiers cliniciens psychatriques. Il était convaincu que plusieurs des victimes étaient tout simplement lunatiques. Une remarque face à son approche, qui a peut-être son importance, est qu’il était protestant, donc moins enclin que ses comptemporains, au traumatisme lié aux enseignements de la traditionelle église catholique. Il souhaitait, donc se révolter contre cette forme de peur populaire. Il était convaincu que le monde était peuplé d’une foule de démons qui oeuvraient sous la forme de miracles pour l’humanité. Son opinion sur les sorcières, montre qu’elles agissaient toutes sous l’emprise d’illusions du Diable.

Elles n’avaient aucunement fait de contrat, ni de pacte avec le Diable, elles ne volaient pas, et ne déchainaient aucune tempête, ne provoquaient aucune maladie ; elles n’étaient pas non plus les concubines de Satan…

Mais le Diable était entré en elle, et les avait persuadées qu’elles avaient fait ces choses. Son approche donnait, ainsi une autre dimension à l’idée de possession. Une personne qui était « enchantée », l’était directement par le Diable et non par l’intermédiaire d’une sorcière.Dans sa grande fourberie il avait alors, fait en sorte qu’une vieille femme soit soupconnée..  

Selon lui, certaines personnes étaient plus sujettes que d’autres à la possession diabolique, de par leur corps altéré par la maladie, ou par la souffrance. Il évoque ceci dans un chapitre éloquent sur la « crédulité et la fragilité du sexe femelle».Il a ainsi démontré de par l’autorité des pères et des philosophes grecs, que les femmes étaient sujettes singulièrement à des influences néfastes, notamment les infirmités morales et mentales. Il a argué que le mot sorcière dans la loi du lévitique peut être traduit par poison.  

L’improbabilité de la grande majorité des croyances populaires a été ainsi clairement montré, et illustrait une étude somme toute inutile, bien que ce traité était préfacé par un serieux appel aux Princes d’Europe pour arrêter l’effusion de sang innocent…

Cette approche sceptique ne peut cependant pas être considéré comme audacieuse. En fait, Wier est le seul dans l’histoire de la sorcellerie, à avoir fait le lien entre deux périodes ; il était entièrement submergé par le sens du miraculeux, et son but n’était pas de limiter les sphères du surnaturel. Ce livre est, cependant, la première attaque sur les préjugés liés a cette époque à propos des sorcières, il a  bien entendu attisé bon nombre de critiques, et excité une foule d’hommes instruits… 

 Bien qu'il persiste chez lui un certain antiféminisme en désignant la femme plus enclin à Satan que l'homme. Il ne se fit point d'ami : En réponse à ces œuvres  Jean Bodin publia la « Démonomanie des sorciers » en 1580 pour contrer le scepticisme du médecin rhénan.

Trois éditions ont été éditées, en quelques années, à Bâle et à Amsterdam, alors centres de la pensée indépendante. Une édition française a vu le jour en 1569, complété par un traité « De lamiis » et le célèbre  « Pseudomonarchia Daemonum » édité en appendice en 1583, décrivant très curieusement l’organisation et la hiérarchie des Enfers. « Le Pseudomonarchia daemonum » fut traduit par l’anglais Reginald Scott dans son "The Discouerie of Witchcraft".

Il est inutile de vous présenter cet inventaire des démons peuplant les cercles infernaux, la liste est trop longue et d’autres sites le feront avec la plus grande diligence…

FLORILEGE DES CITATIONS DU "DE PRAESTIGIIS DAEMONUM"
 
Dans son 4ème Livre "auquel il est traité de ceux que l'on pense avoir été ensorcelés par les sorcières.
Page 501
Histoire mémorable d'une fille démoniaque, laquelle on disait être tourmentée par les sorcières
On s'aperçut qu'elle voulait vomir. "En sa bouche, au même instant que je commencay d'y ietter un oeil, j'aperceu un morceau de gros drap noir, lequel estait dessus la langue et sur lequel je mis incontinent la main. Mais afin que Satan laissast quelque opinion aux assistants que ce drap en estait sorti, il feignit une petite voix puérile non naturelle et comme inarticulée, par laquelle il sembloit que la fille dist que ce qu'elle avait jetté luy semblait amer".
Page 502
"Davantage ce malheureux bourreau avait peu auparavant excité un horrible et tragique spectacle, qui avait duré quelque temps en cette pauvre fille, et durant lequel nous apercevions sa bouche être tellement fermée qu'elle demeurait comme muette: l'on voyait aussi ses mains fermées estroitement, ses yeux tournez de costé, bref tout son corps estre misérablement affligé par un tremblement estrange.
Description de vomissements, mutisme et crises hystériques.
Pages 436-437
Chapitre XXX: Il advient quelque fois que même les preudes-femmes sont trompées par l'illusion des cauchemars ou incubes: ensemble un ridicule exemple de l'adultère d'un diable.
Pourquoi nous conclurons avec Iamblique que tout ce que les ensorcelez imaginent n'a autre vérité en action et en nature que les imaginations.
Chapitre XXXI: Que toutes les histoires sont fausses, pour lesquelles on pense prouver la copulation charnelle des diables.
Pages 440
"Incontinent du fond de la navire, il entendit la voix d'une vieille, qui s'accusait piteusement que, à cette même heure, elle avait eu affaire à un Incube en forme d'homme, ainsi comme dès plusieurs années auparavant elle avait de coustume: elle le priait aussi que puis qu'elle était cause d'un si grand mal, elle fust incontinent jettée en mer, et qu'ainsi des autres demeureraient sauvés par la miséricorde de Dieu.
Les délires de possession sexuelle, les hallucinations coenesthésiques, les jouissances fantasmées sont très classiques au cours des psychoses hallucinatoires chroniques.
"Si ceci est vray, cette femme peut bien avoir eu un Incube imaginaire en dormant" Dans cette phrase éloquente réside la théorie du phantasme que la psychanalyse a développée avec bonheur. Les phantasmes du rêve deviennent ici phantasmes délirants et hallucinatoires de la vieille. Ceci est en effet d'une observation si courante dans les psychoses délirantes chroniques, les psychoses hallucinatoires chroniques et la paranoïa des gouvernantes des auteurs classiques que je n'y y insisterai pas plus. Je vous demande seulement d'observer comment cette patiente développe une très forte culpabilité et il a fallu une circonstance particulièrement grave pour qu'elle exprime l'idée délirante. Ces patientes, très souvent, mènent une double existence: une adaptation excellente à la vie quotidienne d'une part, et un jardin secret délirant d'autre part, qui peut fort bien ne jamais être développé devant un tiers. C'est la paraphrénisation des délires.
page 539
"Histoire des religieuses de couvent de Nazareth à Cologne, lesquelles furent affligées par le diable. Après qu'elles eurent esté par plusieurs années affligées, géhennes et tempestées diversement et en plusieurs sortes par le diable, elles le furent encore plus prodigieusement et horriblement l'an mil cinq cent soixante et quatre, lors qu'entre un estrange spectacle, apparu souvent par une manière prodigieuse, elles estayent renversées par terre, le ventre en haut et rebussées comme pour avoir compagnie d'homme, pendant lequel acte tenoyent les yeux fermez, qu'elles ouvroyent après avec une grande honte, et comme si elles eussent enduré une grande peine".
Ici lisons-nous une fort bonne description de la crise hystérique simulant un rapport amoureux.
"Et aussi cette peste gaigna petit à petit et tout plus s'augmenta, lors que ces pauvres affligées commencèrent à avoir recours aux remèdes illégitimes". Or le commencement de toute cette calamité procédait de quelques jeunes hommes desbauchez, qui après avoir pris accointances, par un ieu de paulme prochain de là, avec une ou deux religieuses estayent depuis montez par dessus les murailles et avayent jouy de leurs amours. Mais depuis ayants desisté à cause que les moyens leur en furent ostez le diable cauteleux ouvrier gesta la phantasie de ces misérables et leur représenta souvent (comprenez que le diable substitua à la réalité les phantasmes de la présence masculine et de l'assouvissement sexuel) les semblances de leurs paillards et manifesta aux yeux d'un chacun l'ignominieuse vilenie de ces mouvements vénériens."

+NILFHEIM+