AGES SOMBRES ET ŒUVRES QUI ONT FAIT SA RENOMEE : les procès en sorcellerie.

INTRODUCTION :
Élément symbolique du Mal,
la sorcière hante de sa funeste silhouette l’imaginaire enfantin et peuple les
nombreux contes qui, de transmission orale en transcription écrite, sont
parvenus jusqu’à nous. Pourtant si ce personnage appartient au monde de la
littérature, le combat contre une prétendue sorcellerie est bien une réalité
historique.
Plongeant ses racines
au cœur du Moyen Age, le thème de la sorcellerie est présent dès 506 et le
concile d’Agde où un canon était consacré à cette question. Il faut cependant
attendre la fin du XVe siècle pour que la " traque des sorcières " prenne un
caractère systématique en Europe, suite à la rédaction par le pape Innocent
VIII de la bulle " Summis desiderantes affectivus ", dans laquelle la
sorcellerie est assimilée à la pire des hérésies et passible de la peine
capitale, est considérée comme la " seule punition juste ".
S’il semble avéré que des procès en sorcellerie se soient tenus dès le Moyen
Age, les premiers documents conséquents sur ce thème n’apparaissent qu’au
début du XVIIe siècle, essentiellement sous la forme de procès-verbaux de
condamnations prononcées par les diverses instances judiciaires.
Des procès-verbaux qui s’étalent sur deux siècles et révèlent des caractères
intéressants:
la forte féminisation du
phénomène (plus des deux tiers des procès), la dureté des peines infligées
(souvent le bûcher précédé de la pendaison, ou la flagellation publique dans
certains cas), ainsi que la coïncidence entre les flambées de lutte
contre la sorcellerie et les crises économiques.
Il est vrai que les périodes de calamités naturelles sont souvent associées à
une prétendue influence néfaste des forces démoniaques et la chasse aux
sorcières - c’est en particulier le cas en 1611- devient un exutoire aux
malheurs de la population.
L’abondance des procédures
engagées à partir du XVIIe siècle peut enfin s’expliquer par la politique de
reconquête religieuse initiée par le concile de Trente après la crise du XVIe
siècle. Une politique de reconquête qui passe par une lutte acharnée contre
toutes les formes de déviance et de paganisme aussitôt assimilées à de la
sorcellerie. L’évêque d’Agen Nicolas de Villars, titulaire du siège diocésain
au début du XVIIe siècle, illustre très bien cette lutte, comme le montrent
les notes prises lors de ses visites paroissiales.
Les dictionnaires d'Ancien Régime ne donnent pas de définition précise concernant le terme “ sorcier, sorcière ” mais ils donnent plutôt des informations concernant l'idée qu'on en avait et concernant surtout la mentalité de l'époque.
Dictionnaire universel d'Antoine Furetière, 1690
Sorcier, ière (sous sorcellerie). Subst.m & fem. Magicien, Enchanteur qui a communication avec le Diable & qui fait plusieurs choses merveilleuses par son secours. On tient que les sorciers vont au Sabbat, qu'ils y sont transportez sur un balay, qu'ils y adorent le Diable, qu'ils ont une marque qui rend la partie insensible. Ceux qui ont écrit de Démonomanie, comme Delrio, Bodin, & C. en racontent mille merveilles, dont la plus part sont visiblement fabuleuses. On excommunie au prône les sorciers & sorcières, Devins & Devineresses. Les Anciens ont appelé sorciers, ceux qui prédisoient l'avenir par des forts Homériques, Virgilians, ou par autres divinations semblables. Ce mot vient de Sorciarius, qui se trouve dans les capitulaires. Ménage.
Sorcier, se dit proverbialement en ces phrases. Il est sorcier comme une vache, pour dire, il ne fait rien d'extraordinaire. On dit à ceux qui se vantent de faire une chose que plusieurs autres font, qu'il ne faut pas être grand sorcier pour cela. On dit aussi par injure à une laide qui est âgée, que c'est une vieille sorcière.
Dictionnaire de Trévoux, 1771
SORCIER, ERE, F. on nomme ainsi celui ou celle qui dans l'opinion du peuple a fait un pacte exprès avec le Diable pour opérer par son secours des prodiges & des maléfices, & qui va à des assemblées nocturnes, qu'on nomme le Sabbat.
Voyez ce mot. Veneficus, magus ; Venefica, maga : dans la basse latinité, Sortiarius & Sortiaria. On prétend que les sorciers vont à des assemblées nocturnes qu'ils nomment Sabbat, qu'ils y sont transportés sur un balai, qu'ils y adorent le diable, qu'ils ont une marque qui rend la partie insensible. Ceux qui ont écrit de la Démonomanie, comme Delrio, Bodin, &c. en racontent mille mèrveilles, dont la plûpart sont visiblement fabuleûses. On éxcomunie au prône les sorciérs & sorcières, Devins & Dévineresses. Le peuple, qui souvent juge de travèrs, a accusé plusieurs grands hommes d'être sorciers. Naudé. Bodin rapporte deux arrêts du Parlement de Paris contre deux sorciers, qui en sont la preuve. Le premier est de 1548, qui condamne la mère de Jean Harvillier, près de Compiègne, à être brûlée vive ; & l'autre du onzième janvier 1578, contre Barbe Doré, qui la condamne aussi au feu pour sortilège. Le P. Crespet, dans la Haine de Satan, en rapporte un troisième du même Parlement du 19 janvier 1577, contre une autre sorcière condamnée au même supplice.
Lambert Daneau en cite un quatrième contre un Aveugle de quinze-vingts, convaincu du même crime.
Voyez le mot CHARGE, où il est parlé de Bras-de-Fer, fameux sorcier : Il y a longtemps que le Parlement de Paris ne reconnoit plus de sorciers. Il ne les punit plus, dès qu'il n'y a point d'autres crimes mêlés à la prétendue magie.
Le Parlement de Rouen les bruloit autrefois ; on ne le fait plus. On ne doit point punir ceux qu'on a accusé d'être sorciers, que lorsqu'ils sont dûëment convaincus de méléfice, de quelque manière qu'ils l'ayent fait. Les Anciens ont appelé sorciérs, ceux qui prédisoient l'avenir par des sorts Homériques, Virgilians, ou par aûtres divinations semblables. Ce mot vient de Sorciarius, qui se trouve dans les Capitulaires. Mén, voyez Magicien.
On dit figurément et populairement d'une femme vieille & méchante, que c'est une vieille sorcière, ce qui s'applique aussi à un homme vieux & méchant. C'est un vieux sorcier. Quand un homme fait des choses extraordinaires, on dit qu'il faut qu'il soit sorcier.
SORCIER, ERE, est aussi adjectif tant dans le propre que dans le figuré. Veneficus. Il y a plus de femmes sorcières, que d'hommes sorciérs. THIERS. Sorcier, se dit proverbialement en ces phrâses. Il est sorciér comme une vache, pour dire, il ne fait rien d'extraordinaire. Nihil spectandum efficit. On dit à ceux qui se vantent de faire une chôse que plusieurs aûtres font, qu'il ne faut pas être grand sorciér pour cela. On dit aussi par injure à une laide qui est âgée, que c'est une vieille sorcière.
“ on dit par injure à une laide qui est âgée, que c'est une vieille sorcière ”, là cette phrase n'est pas juste un proverbe ni une expression, cette phrase a eu des répercussions importantes dans les villages lors des chasses aux sorcières ; en effet, la Royauté voulait étendre son pouvoir dans tout le Royaume c'est pourquoi la chasse aux sorcières avait lieu à la périphérie du Royaume et dans les campagnes où il fallait absolument faire comprendre aux populations qui dirigeait le pays. Devant les résistances rencontrées, les administrateurs envoyés par le Roi voyaient en la sorcière le prototype mythique du rebelle absolu : la sorcière était en fait un bouc émissaire ; les administrateurs fabriquaient des coupables d'après le stéréotype de la vieille sorcière : en général, les sorcières étaient des femmes âgées, veuves c'est à dire sans contrôle patriarcal ; elles étaient également socialement isolées car elles n'avaient plus d'enfant, elles étaient dépositaires privilégiés des croyances populaires car elles appartenaient aux générations superstitieuses. On voit donc le poids que cette phrase a eu à l'époque ... Ca n'est pas simplement un proverbe car les “ laides agées ” ne se sont pas simplement fait traiter de “ vieille sorcière ” mais ont bel et bien souffert durant la répression...
On peut voir l'évolution du terme “ sorcier, sorcière ” au cours des siècles et notamment voir l'évolution des mentalités car la société ne considérait pas la sorcière de la même façon au XVè S. qu'au XIXè S. La sorcière liée au diable et à la théorie démonologique ont été construites de toutes pièces au XVè S. pour instaurer le pouvoir Royal dans toutes les provinces. Peu à peu la société s'est rendu compte que tout cela n'était que superstitions et imaginations... et la chasse aux sorcières a alors disparu.
Si la sorcellerie disparaît en tant qu’acte criminel au début du XIXe siècle, elle demeure néanmoins fortement ancrée dans le vécu populaire, comme en témoigne ce document :
Exemple de procès verbal de la sorcellerie en angenais :

Transcription du texte :
« Aujourd'hui vingt huit
du mois de décembre de l'an mil huit cent vingt-quatre vers les deux heures du
soir nous soussignés Pierre Armand, brigadier de la Gendarmerie Royale et
Joseph Reynal, Gendarmes Royaux, à la résidence de Castillonnés, certifions et
attestons que d'après les renseignements qu'il nous on été donné par plusieurs
personnes, que l'on avoit mis aux feux la nommée Anne Duval, du lieu de
Campiac, de la Commune de Bournel, Canton de Villeréal, Y avons été de suite.
Et étant arrivé à la maison de la nommée Anne Duval l'avons trouvée dans sont
lit dans la plus cruelle souffrance, sa fille nous l'a découverte pour nous
faire voir dans la position qu'elle étoit.
Et nous avons vu que tous son corps ne formait qu'une plaie, avons demandé à
la nommée Anne Duval s'il était vrai que l'on l'a mise dans le feu et si elle
connaissoit les personnes qu'il l'avoit fait elle nous à répondu avec beaucoup
de peine, d'après la grande souffrance où elle se trouve, attendu que sa vie
est en danger, que le douze du courant, vers une heure du soir, qu'il étoit
venu chez elle la nommée Barbançonne fille, de la même commune de Bournel, et
la nommée Coustoune mère de la commune de Mazière, même canton de Villeréal.
Et lui ont dit de les suivre chez la nommée Barbançonne.
Elle faisoit beaucoup de difficulté pour y aller alors la nommée Barbançonne
fille et la Coustoune mère l'ont faite marcher par force en lui disant : "
Vieille sorcière, marche! ". Et lui on donné plusieurs coups de bâton sur la
tête, et par tout son corps pendant toute la route, étant arrivées à la maison
de la Barbançonne qui est à environ cinq cent pas de la maison de la nommée
Anne Duval. Que sitôt qu'elle fut entrée, elle leur demanda ce qu'on lui
voulait. La nommée Coustoune mère lui dit : " Vieille sorcière, nous allons te
le faire voir! ". Alors, elle dit à sa fille de faire son devoir. La fille
prit de suite des allumettes pour faire brûler le feu qui étoit composé de
bûches et de broches de fagots.
Sitôt que le feu fut allumé, les nommées Barbançonne mère et fille, et les
nommées Coustoune mère et fille saisirent la nommée Anne Duval par les bras,
et par les jambes, et lui attachèrent les bras avec des cordes, lui levèrent
les jupes jusques aux reins, et lui écartèrent bien les jambes, et la
portèrent au milieu de ce gros feu, et la tinrent là pendant un temps infini.
Elle leur demandait grâce de la finir plutôt que de la faire tant souffrir.
Elles dirent toutes les quatre qu'il falloit aller chercher la hache au
grenier, et qu'il falloit lui couper le cou. Mais, cependant, elles l'ont pas
fait. Après qu'elle a été toute brûlée, elles l'ont mise à la porte.
Le nommé Jean Bonnet, mari de la nommée Barbançonne était dehors de la maison
qui faisoit faction pendant le temps que ses quatre barbares faisoit cette
abomination.
La nommée Marie Boisserie, voisine de la nommée Anne Duval, nous a dit qu'elle
avoit vu quand la nommée Coustoune mère amenait Anne Duval chez la Barbançonne,
et que la fille Barbançonne lui appliquait des coups de bâton pendant toute la
route pour la faire marcher.
Avons demandé à la nommée Anne Duval si elle n'avoit pas des témoins.
Elle nous a dit que :
1) la nommée Marie, épouse de Jean Fuma,
2) Jean Rudelle fils, cultivateur,
3) l'adjoint du maire de Bournel,
4) Perrette dit Burlat,
5) Valet, métayer,
6) et la nommée Doffine.
Voilà tous les meilleurs renseignements que nous avons pu prendre, sur quoi
nous avons rédigé notre présent procès-verbal. Fait et clos à Castillonés ce
jour, mois et an susdit. Et avons signé. »
Autre exemple : La
société infernale d'Agen :
Elle a été citée par J.K. Huysmans dans "Là-Bas". Elle troubla la ville de
1835 à 1846. Une certaine Virginie racontait alors que depuis 1815, elle avait
participé dans Agen à des messes noires dans lesquelles plus de 3000 hosties
avaient été profanées.
Elle fut interrogée par l'abbé Degans qui la baptisa en 1838 et tenta de la
ramener dans la foi catholique. Virginie fit un récit détaillé des cérémonies
de la société ainsi que des incursions quotidiennes du diable dans sa vie.
L'évêque fit examiner Virginie par deux théologiens. Elle fut exorcisée selon
les règles en vigueur à cette époque. Ces cérémonies durèrent plusieurs mois.
Au cours de l'année 1840, Jésus apparut plusieurs fois à Virginie pour l'aider
à combattre le démon. En 1846, après la mort de l'abbé Degans, l'évêque fit
mener une enquête qui prouva qu'il n'y avait jamais eu de société infernale et
que Virginie avait tout inventé.
Enfin voici une liste des ouvrages les plus usitées et reconnus par les gens instruits de cette époque, où la femme n’était que vice et luxure s’adonnant à des pactes innommables avec le diable…où encore que la vile femelle soit sujette aux humeurs mélancoliques cause d’hystérie…
La
Démonomanie des Sorciers
DISCOUERIE OF VVITCHCRAFT
LE
MALLEUS MALEFICARUM
De
praestigis daemonum et incantationibus ac veneficiis
+NILFHEIM+