
Arraché des pauvres territoires nordiques du confins de la péninsule scandinave, le Kalevala est à mi-chemin entre l'histoire et la mythologie. Il constitue une oeuvre de création achevée et préservée par un peuple courageux : les Finnois. Créé au fil des millénaires, mais rassemblé depuis seulement un siècle et demi sous forme écrite, le Kalevala baigne dans une symbolique naturelle et commune à tous les habitants du Nord. C’est une gigantesque fresque retraçant l'histoire légendaire de la vieille Finlande, de ses dieux et de ses héros.
Aux environ de 1828, l’érudit finlandais Lönnrot eut l‘idée de réunir les chants populaires de l’ancienne Finlande. Il se mit donc a parcourir le pays, visitant les plus humbles villages, et recueillit une quantité considérable de chant ou runot, que se transmettaient les paysans de générations en générations.
La première version du Kalevala parut
en 1835. Cette version était le fruit du travail d'Elias Lönnrot
et comprenait les poèmes populaires qu'il avait rassemblés et
reformulés.
Le mètre kalévalien antique, avec son alitération spécifique
et sa mesure typique à quatre temps permettant la poésie chantée,
existait depuis deux millénaires dans la tradition des peuples proto-finnois
vivant dans les régions baignées par la Mer Baltique.
Dans la culture de langue finnoise il y aura eu un "avant" et un "après"
Kalevala, tant cette œuvre aura changé le cours des choses aussi bien
en Finlande qu'à l'étranger. Le Kalevala aura sorti de l'anonymat
un petit peuple inconnu et a, en quelque sorte, tracé la Finlande sur
la carte de l'Europe; de plus, on s'est mis à appeler le Kalevala « épopée
nationale finlandaise » , « la patrie des héros »
.
Cette première parution ne ralentit pas Lönnrot et ses amis dans
leur quête de poèmes populaires et ils réussirent à
réunir quantité d'autres matériaux nouveaux. S'appuyant
sur ces derniers apports, Lönnrot publia en 1849 une seconde version, plus
longue, du Kalevala. Depuis lors, c'est cette dernière version qui a
été étudiée et lue en Finlande. Elle sert également
de version de référence pour les nombreuses traductions qui ont
été faites du Kalevala.
Les héros des finnois recevaient souvent dès leur naissance des pouvoirs magiques extraordinaires et une sagesse ésotérique. L'enchanteur savant Vainamoinen était né avec sa sagesse et ses dons de sorcier, tandis que Leminkainen, plus raffiné, avait été baigné dans la sagesse et la sorcellerie alors qu'il était encore bébé. Equipés d'un répertoire de chants sacrés, les Finnois savaient pénétrer jusqu'aux racines de la vie. Les sorciers finnois étaient d'ailleurs si célèbres qu'au Moyen Âge, les rois de Norvège interdisaient à leurs sujets de se rendre en Finlande par la mer pour y consulter des magiciens. Le Kalevala baigne tout entier dans un flot occulte. Ce ne sont que charmes, sortilèges, incantations, illusions des sens, métamorphoses. Les Finnois passaient pour maîtres en cet art ténébreux et les grandes sagas islandaises, écrites au XIIIe siècle, ne manquent jamais de le signaler. Pourtant, c’est là un trait caractéristique du Nord : la magie est la science qui rend supérieur celui qui la possède. Väinämöinen n’est jamais autrement nommé que « l’éternel sage » ou « le voyant vieux comme le temps » : par quoi il ressemble curieusement à Odhinn (Odin).

Nilfheim