III / Les Dieux Du « Kalevala »


En ne tenant compte que du seul Kalevala, la mythologie Finnoise apparaît riche d’un grand nombre de divinités. En voici le dénombrement qu’a effectuer Càstren dans ses Nordiska Resor ( voyages nordique).

Les dieux célestes.

Au sommet du panthéon se dresse Jumala, le dieu suprême, le Créateur, dont le chêne est l’arbre sacré. Son nom s’apparentant à un mot qui signifie le tonnerre, il est vraisemblable que Jumala fut à l’origine un dieu du ciel. Sans disparaître totalement, Jumala a été par la suite remplacé par un Ukko :  « père antique qui règne dans le ciel », il est le dieu du ciel et de l’air ; c’est lui qui supporte le monde, qui rassemble les nuages et fait tomber la pluie. On ne l’invoque que lorsqu’on a épuisé tout recours auprès des autres divinités. Ukko a pour épouse Akka, appelée aussi Rauni, du nom finnois du sorbier qui était consacré a cette déesse.
Les autres puissances célestes sont Paiva, le Soleil ; Kuu, la Lune ; Otava, la Grande Ours . Ainsi que leurs filles, Kuutir, Otavatar et Tœhetœr, divinités de la lune, de l'étoile polaire (Petite Ours) et des astres, Ilmatar et Ilman Impy (vierges de l'air). Il y’a encore Ilma, la divinité de l’air dont la fille Luonnatar, la mère de Väinämoïnen, est étroitement mêlée au mythe de la création.

La naissance du monde.

Le Kalevala nous conte que lasse de sa virginité stérile et de son existence solitaire au milieu des célestes régions de l’air, Luonnotar (fille de la Nature), se laissa tomber dans la mer sur la blanche croupe des vagues. Ballottée par les flots, « le souffle du vent vint caresser son sein et la mer la rendit féconde. Elle sut alors qu'elle attendait un fils, qui naîtrait seulement lorsqu'elle aurait préparé le monde à le recevoir. Durant sept siècles elle vogua ainsi, sans pouvoir trouver un endroit pour se reposer. Aveuglée par les larmes, elle se lamentait et ne vit pas l'aigle ( ou le canard) qui cherchait lui aussi sur la mer immense où fixer son nid. Hélas, ce monde d'eau et de vent ne lui offrait aucun abris, et elle commença à s'éloigner.
Luonnotar l'entendit et elle éleva un genou au-dessus des flots. L'aigle fonça droit sur cet îlot providentiel et y construisit un nid où il déposa sept oeufs: les six premiers étaient d'or et le septième de fer. L'aigle couva pendant trois jours. Luonnotar n'osait pas bouger, mais au terme du troisième jour, « la fille d’Ilma sentit une chaleur ardente sur sa peau ; elle replia vivement son genou, et les œufs roulèrent dans l’abime. Cependant au lieu de couler, les différents éléments qui composaient chacun de ces œufs se changèrent.
De la partie inférieure des œufs se forma la terre, mère de tous les êtres ; de leur partie supérieur la voute céleste ; de leur parties jaunes, le Soleil ; de leur parties blanches, la Lune ; les éclats devinrent des étoiles ou des nuages selon qu’ils étaient d’or ou de fer.
Pendant longtemps Luonnotar était satisfaite de la Terre mais elle s'en lassa. Alors, elle décida d'utiliser son corps pour l'embellir. Là où elle étendait le bras naissait un promontoire; elle modela les rivages en les effleurant de la hanche ou en les heurtant du front. « déjà les îles émergent des fots, les piliers de l’air se dressent sur leur base ; la terre née d’une parole, déploie sa masse solide...»
Son travail fait, elle mit au monde son fils; Vaïnämöinen qui défrichera et ensemencera la Terre modelée par sa mère.

Divinités de la terre et des eaux.

Parmi les divinités de la terre qui est personnifiée en la Mère de Mannu, on peut citer la Mère de Metsola, qui personnifie la forêt ; Pellervoinen, dieu protecteur des champs, maître des arbres et des plantes ; Tapio, « à la barbe sombre, au bonnet de sapin, au manteau de mousse », qui, avec sa femme Millikki, son fils Nyyrikki, et sa fille Tuulikki, représente les divinités des bois invoqués par les anciens Finnois, pour obtenir des chasses abondantes.

Le principal dieu des eaux est Ahto ou Ahti ; il habite, avec son épouse Vellamo et ses filles, « à l’extrémité du cap nébuleux, sous les vagues profondes, au milieu de la vase noire, au cœur d’un épais rocher ». Il est à remarquer que Lemminkaïnen porte le surnom d’Ahti, ce qui laisserait supposer que le dieu et le héros sont une seule et même personne. Autour d’Ahti évolueent des génies des eaux, généralement malfaisants, tels que Vetehinen dérivé peut être du Vodianoï slave, et Tursas, génie d’aspect monstrueux, dérivé sûrement des Thurs scandinaves, que l’on voit dans le kalevala surgir des profondeurs de la mer, pour mettre le feu aux herbes coupées par les vierges de l’onde.Quelques-uns sont désignés nominativement : Pikku Mies (petit homme), personnification des vagues d'abord insignifiantes, mais qui peuvent atteindre des proportions et une force prodigieuses; Aallotar (fille des flots), Kosken Tyttoe (fille de la cataracte) ou Kuohu-Neiti (vierge de l'écume), Melatar, génie du gouvernail ; Sotkotar, protectrice du canard; Juoletar, que l'on invoquait pour la capture de la loutre; sans oublier quelques génies aquatiques exclusivement malfaisants : Vesi-Hiisi (démon de l'eau), Syoejoetcer (goule), mère du serpent.

Comme c'était naturel pour les plus anciens temps, la sphère des divinités sylvicoles était plus étendue. A leur tête étaient le vieux Tapio, aussi nommé Tapiolan Ukko, Hippa et Hilli Ukko, et sa femme Mielikki, Mimerkki, Miiritoer, Simanter, Hiilitoer ou Metsolan Vaimo (femme de la forêt) qui, outre Ieur fils Nyyrikki (peut-être le Nyrekes d'Agricola) ou Pinneys et Kekri ou Koeyry ou Kaitoes, le génie des animaux domestiques, avaient pour auxiliaires (si l'on veut y voir des analogues dans la religion grecque et romaine) une véritable armée de sylvains (Tapion Kansa ou Pojat) et surtout de dryades (Tapion Neiet ou Piiat, Metsœn Immet, filles de la forêt); Viljan Eukkot (aïeules du gibier), entre autres Tellervo ou Hillervo, Tuulikki, et les nymphes du cerisier (Tuometar), du pin (Hongatar), du genévrier (Katajatar), du sorbier (Pihlajatar), de l'aune (Lemmes), du houblon (Remunen). A ces divinités en étaient opposées de malfaisantes : Lempo ou Hitto, Hiisi (en sanscrit hath, dommage ; en lapon Sieita), aussi appelé Paha (le Malin) et Juutas (Judas), Piru (le Perun des Russes), Perkele (le Perkunas des Lithuaniens et le Pehrkhors des Lettons), ainsi que les Hittolais (Sitones de Tacite) ou Hiiden-Ernoentce, Poika, Impi, Voeki (dame, fils, filles, gens de Hiisi), Ajatar (le cauchemar), Horna qui doit être un des génies de la nature inorganique, comme Kivi (pierre), fils de Kimmo Kammo, et Karilainen (de kari, rocher).

Le monde terrestre est lui aussi peuplés de mauvais génies ; il y’a Lempo, Paha et Hiisi, que le kalevala nous montre unissant leurs effortspour diriger la hache que tient Väinämoïnen contre le genou du héros. « Hiisi fit osciller le manche, Lempo tira à lui le tranchant, paha fit dévier le coup. Alors la hache…alla fendre le genou…Lempo l’enfonça dans la chaor, Hiisi la poussa à travers les veines, et le sang se mit à couler… »


" L’enfer " dans le Kalevala.

On ne trouve pas dans la mythologie Finnoise de notion d’enfer, comme lieu de punition. Dans le Kalevala, le royaume des morts, apparaît comme un pays plus sombre que les autres, mais le soleil y brille, les forêts y poussent. L’accès de Tuonela (pays de Tuoni) ou de Manala ( pays de Mana) _ noms de l’enfer Finnois_ est protégé par un fleuve aux ondes noires. Il faut marcher longtemps pour l’atteindre : une semaine à travers des bosquets, une autre semaine à travers les grands bois, une troisième semaine à travers les forêts profondes. Mais malheur à ceux qui tentent de traverser ce territoire maudit :
" Beaucoup entrent dans le Manala, mais bien peu en sortent "
Lemminkaïnen pour satisfaire aux exigences de Louhi, s’était risqué jusqu’au rives du fleuve noir, afin d’abattre de sa flèche le cygne de Tuoni. Mais il fut précipté dans les abîmes du fleuve, et son corps mis en pièces par le fils sanglant de Tuoni, fut dispersé dans les ondes funèbres de Manala.
Seul Väinämoïnen se tira sans dommage de cette périlleuse expédition. Il s’était rendu au pays de Tuonela dans l’espoir d’y trouver des paroles magiques nécéssaire à la construction de son navire. Parvenu sur le bord du fleuve, il aperçut les filles de Tuoni, à la taille courte, au corps rabougri, qui étaient occupées a laver leurs vieux haillons dans les eaux du Manala. A force d’insistance il obtint d’être transporté de l’autre côté du fleuve dans l’île de manala, le pays des morts, où il fut reçu par Tuonetar, la reine du Tuonela, qui lui offri civilement de la bière dans un pot tout grouillant de grenouilles et de vers, mais lui déclara qu’il ne sortirait plus jamais de ce lieu.
En effet, tandis que Väinämoïnen dormait, le fils de Tuoni, aux doigts crochus, jeta au travers du fleuve une nasse aux mailles de fer, longue de mille brasses, pour retenir le héros tant que durerait ses jours. Mais Väinämoïnen changea soudain de forme et se précipita dans les flots, "  et glissa comme un serpent de fer, comme une vipère sur les ondes de Tuonela, à travers la nasse de Tuoni. "
Sur le pays de Tuonela règnent Tuoni et sn épouse Tuonetar. Leur filles sont les divinités de la souffrance : Kippu-Tyttö, déesse des maladies, et Loviatar, " la plus méprisable des filles de Tuoni, source de tout mal, principe de mille fléaux ; son visage était noir, sa peau d’un aspect horrible. " De son union avec le Vent elle a donné jour à neuf monstres : Pleurésie, Colique, Goutte, Phtisie, Ulcère, Gale, Chancre, Peste, et " un génie fatal, un être dévoré d’envie ", qui ne reçut aucun nom.
Parmi les déesses des maladies et des douleurs, il y’a encore Kivutar et Wammatar. Quant à la mort, elle est personnifiée en Kalma, qui règnent sur les tombeaux. Kalma en finnois signifie " odeur de cadavre ". Au sueil de la demeure de kalma se tient le monstre Surma, personnification du destin fatal et de la mort violente, qui est toujours prêt a saisir de ses dents meurtrières et à engloutir dans sa gueule l’imprudent qui passe à portée de ses crocs.

Les mythes.

Les mythes proprement dits sont assez rare dans le Kalevala, même s’il en a conservé quelques uns, comme le mythe de l’origine du serpent , celui de l’origine du feu. Celui de l’origine du feu , provient d’une étincelle qu’Ukko fit jaillir en frappant son glaive flamboyant contre son ongle, et u’il confia ensuite à l’ une des vierge de l’air. Mais celle-ci, par négligence, laissa échapper de ses doigt l’étincelle, qui « roula à travers les nuages , à travers les neufs voûtes, les six couvercles de l’air », et finalement, tomba dans un lac, où elle fut engloutie par une truite bleue, qui fut elle-même avalée par un saumon rouge, lequel devint la proie d’un brochet gris. Väinämöinen aidé d’Ilmarinen, parvint à s’emparer de ce brochet, et libéra l’étincelle, qui, après avoir provoqué de nombreux incendies, finit par être capturée par le héros sous la souche d’un bouleau et enfermée par lui dans un vase en cuivre.


Nilfheim