Conclusion


Pour conclure on notera l’importance des talismans dans la conception finnoise. C’est grâce a ses talismans que l’homme peut agir sur les innombrables Haltia répandues dans l’univers ; c’est par la magie secrète des sorciers, par les chants sacrés des bardes éternels qu’il parvient à pénétrer le grand mystère de la Nature, à communier avec les forces cachées dans les « origines » profondes des choses.
Les ministres du culte étaient le Tietoejae (savant), l'Arpoja ou Arpamies (jeteur de sort, sorcier), le Loitsija (magicien), espèces de chamans qui, se modelant sur Vaïnoïmoïnen, Ilmarinen, Lemminkaïnen, Antero Vipunen et d'autres héros, prétendaient dominer la nature par la seule vertu du verbe et mettre les dieux et les esprits à leur propre service ou changer le cours naturel des choses, en découvrant l'origine ou en recourant aux incantations, aux charmes, aux sorts, aux prestiges, aux fascinations, aux invocations, aux évocations, aux exorcismes, aux conjurations, aux objurgations, aux prières. Ces armes spirituelles étaient, avec les traits enchantés, les seules dont ils fissent cas à une époque où les prouesses chevaleresques étaient en si grand honneur dans le reste de l'Europe. Aussi les formules magiques dont ils possédaient tout un arsenal se distinguent-elles parfois par l'élévation des idées et un véritable souffle poétique.
Voilà pourquoi sitôt que le vieux Väinämöinen se met à chanter accompagné de son kantèle, tous les animaux, s’approchent pour écouter avec ravissement les accents de la joie, l’austère vieillard de Tapiola, tout le peuple des forêts, la souveraine des bois elle-même, accourent pour jouir de la belle harmonie ; l’aigle déserte son aire, et le canard sauvage les vagues profondes ; les vierges de l’air pretent aussi une oreille attentive à a voix du héros ; Kuutar la fille splendide de la lune ; PäIvätar, la fille glorieuse du soleil, laissent tomber navette et fuseau ; Ahto le roi des vagues bleues, à la barbe de gazon, s’élève au dessus de la voûte humide et s’étend sur un lit de nénuphar ; les vierges du rivages à la parure de roseaux, en oublient de lisser leur riche chevelure, pendant que la souveraine des ondes, la vieilles femme au sein enveloppé de saules, surgit des profondeurs de la mer, pour écouter la surprenante mélodie du kantèle.

Le Kalevala nous fait assister à une vraie célébration mystique et sacrée, où s’unissent les forces de la nature, les bêtes, les hommes, et les dieux…


Nilfheim