( Slovo î polku Ihorevim )
La Geste de l’armée d’Ihor

I.Présentation.

« La Saga du Peuple d’Ihor », est un poème épique héroïque datant du XIIème siècle, étroitement lié avec la période de consolidation entre l’Ukraine et la Russie. A cette époque la Suzdal’ Khynova une province russe de la vallée de la Volga proclame son indépendance, et soumet alors Kiev et les territoires russes.

Dans ce poème cette situation de conflit est exprimée par le moyen d’une éclipse solaire, qui était considéré comme annonciatrice de grand danger pour le peuple Russe. L’affrontement entre le Prince Ihor et ses ennemis était devenu inévitable, il se devait de se protéger face à cette catastrophique invasion.

II Contexte historique.

Ihor Sviatoslavych 1151–1202 : Prince de Novhorod-Siverskyi (1178–98) et de Chernihiv (1198–1202). Fils de Sviatoslav Olhovych Prince de Chernihi, prit part à la guerre d’Andrei Bogoliubskii contre le Grand Prince Mstyslav Iziaslavych de Kiev en 1169. L’attaque des Cumans dans le sud de la Russie le força à se joindre à d’autres princes pour combattre les nomades. En 1185 Il organisa une campagne sans en avertir le Grand Prince de Kiev, son armée après une victoire initiale, fut encerclé et dérouté à la rivière Kaila, Ihor fut alors capturé mais il réussit à s’échapper. Cet événement est relaté dans le conte épique « Iroicheskaia piesn' o pokhodie Igorove ».

Tout débute en 1177, Vsevolod de Suzdal’ détruisit la ville de Riazan avec l’aide de ses alliés Polovtsiens. En 1184 la principauté Volodymyr de la ville de Pereyaslav, commandé par le neveu de Vsevolod, attaqua la région de Siveria, la principauté d’Ihor, et pilla quelques villes. Ce fut le début de nouvelles agressions menées par les Suzdaliens envers le peuple Russe. C’est pourquoi les Polovtsiens (une tribu de nomades turques), habitants les territoires voisins, profitèrent de l’occasion pour rassembler leurs troupes et mener une attaque sur les Terres de Russie.

La région de Siveria fut inclue dans le système de défense de l’Ukraine-Russ. Cette région limitrophe marqua ainsi la frontière Nord – Est entre l’Ukraine et la province de Sysdal’ Khynova ( rebaptisé plus tard Moscovie ).
Cette délimitation fut donc effective au XIIème siècle, ce ne fut donc pas l’invasion Tatar-Mongol au XIIIè siècle qui dessina cette frontière, comme beaucoup aime à le penser.

La « Campagne d’Ihor » débuta donc en 1185, elle fut considéré comme un événement de grande importance, et a été décrite dans les Chroniques ukrainiennes.
Les Chroniques regroupent plusieurs récits écrit à différentes époques :
Le récit de la ville de Pereyaslav fut écrit en 1185-1186, et est hostile aux Sivérians, ce qui est compréhensible au vu des conflits qui existaient entre ces deux peuples.
Le récit de Chernihiv date de 1188. Il tente d’expliquer la défaite d’Ihor, par l’influence néfaste de l’éclipse solaire sur le moral des troupes.
Mais chronologiquement parlant, l’éclipse solaire eut lieu après la défaite d’Ihor, l’utilisation de cette image, n’est qu’une piètre explication pour justifier cette défaite. Le Récit de Chernihiv et le poème : « La Saga du peuple d’Ihor » furent écrits par une seule et même personne. C’était Ol'styn Olexych, petit fils de Prokhir, un Vovoid ( commandant), de l’armée Chernihovienne, qui prit par au combat aux cotés d’Ihor.
Le récit de la ville de Kiev fut conçu en 1190 et 1198, précédant ainsi la date à laquelle fut écrite la « Saga du Peuple d’Ihor », c’est à dire en 1198, est basée sur le récit de Chernihiv, mais il apparaît dans un contexte politique et militaire différent. Le récit de 1190, ne prend pas partie, il parle de la période ou officiaient Sviatoslav and Riuryk deux doumy (dirigeants) de la ville de Kiev. Mais après la mort de Sviatoslav en 1194, il y eut une sévère guerre féodale entre les Princes Monomakhovyches et Olehovyches, pour la répartition des territoires de Russie. En 1196 Riuryk donna la ville de Pereslav au prince Vsevolod de Syzdal’. Cette nouvelle répartition du territoire eut pour effet d’affaiblir la région de L’Ukraine-Rus’ elle se trouva alors prise dans un étau entouré de forces hostiles.
De par cette stratégie, le récit de Kiev de 1198 n’est pas amical envers Ihor, ce récit accuse Iaroslav de Chernihiv et Ol’styn Olexych de trahison pendant les événements de 1185.

« La Saga du Peuple d’Ihor » souligne justement les polémiques entre les récits de Pereyaslav et ceux de Kiev, afin de montrer les desseins héroïques d’Ihor en 1185… et ce pour le bien de l’Ukraine – Russ.
L’auteur de ce poème espère qu’Ihor deviendra le grand prince de Chernihiv et sauvera la Russie de cette situation hostile.

III. Découverte du manuscrit.

Le manuscrit de la « Saga du Peuple d’Ihor » était déjà connue dès la fin du XVII ème siècle. On retrouve quelques réminiscences de ce texte dans le livre « Runo Oroshennoye » de Dmytro Tuptalo ( 1651 – 1709) prêcheur et dramaturge ukrainien. La première édition de ce livre paru en 1680 à Chernihiv.
En 1708-1709 D. Tuptalo présenta son manuscrit à Spaso-Preobrazhens'kyi, dans une édition regroupant d’autres travaux, au monastère de Iaroslavl en Moscovie.
Mais le 30ème de la collection fut maintenue dans la bibliothèque du diocèse de Rostov, et fut acquérit par Alexei Ivanovich Musin-Pushkin en 1792.

Mais A.I. Musin- Pushkin n’a pu comprendre correctement le manuscrit, il était écrit avec le style graphique utilisé à Kiev au 17 ème siècle, qui était différent de l’écriture Moscovite utilisée à l’époque.

Au départ il pensait que le poème relatait la campagne victorieuse des princes Russes contre les Polovstiens en 1103. Lorsqu’il fit la traduction, A.I Musin Pushkin commis de nombreuses erreurs.
Le Manuscrit fut transcrit en 1794-1795. Par Mykola Bantych Kamens’kiy, un scientifique ukrainien, directeur des Archives de Moscou, Ce fut alors la meilleure transcription du XVIIIème siècle.
Il utilisa alors une méthode efficace, il ne changea aucune lettre du texte original, le laissant tel quel. Il fit quelques abréviations, usant de sous paragraphes et de notes explicatives, commentant alors le texte pour une meilleure compréhension.

« La Saga du peuple d’Ihor » fut mentionné pour la 1ère fois dans un essai historique de Ivan Elagyn « Opyt povestvonaniya î Rossi ». Cette œuvre composée de 5 parties, décrivait les événements datant du début du XV ème siècle, et fut présenté à Musin Pushkin en 1792. Cependant, dans cet ouvrage les événements de 1185 ne sont pas mentionnés, Pour Ivan Elagyn le poème a été écrit en 1103 alors qu’il date de 1198.

La traduction et la copie du manuscrit furent trouvés en 1864 parmi les papiers de l’impératrice Ekaterina la 2nde ( Catherine II de Russie ). Le texte de cette édition fut écrit en langue cursive kievienne au milieu du XVIIème siècle, inspiré en grande partie du manuscrit écrit par Shchukin au XVI ème siècle.

La « Saga de l’armée d’Ihor » est étudié à travers le monde, Il y eut beaucoup d’études et d’essais à propos de cette épopée.
Mais ce n’est seulement qu’au milieu du XIX ème siècle, qu’il fut considéré comme un poème héroïque de l’Ukraine-Russ’.

« Un corps sans tête est un grand malheur, il en est de même pour la terre des Russes sans Ihor »

La popularité d’Ihor Sviatoslavych est devenue aussi célèbre que l'icône de la Vierge sainte de Pyrogoshcha - symbole de la nouvelle Ukraine-Rus' ; usité pour recevoir des bénédictions. Comme dans les vieilles périodes que conte "la Saga des gens d'Ihor", le peuple Rus’ se tient prêt pour la défense de l'Ukraine ; « Our people, Our power. »