III.II.MEDECINE POPULAIRE

La guérison de certaines maladies touchant l’homme et l’animal pouvaient être obtenue par l’intercession d’un « Bienheureux », le patron d’une source ou d’un « pays ».
Les paysans connaissaient de nombreux remèdes connu depuis le fond des âges. Que ce soit la pharmacopée, les incantations ou les exorcisme, ils essayaient de chasser du corps du malade le « mal » qui s’y était installé.

La maladie.
« Les paysans se représentent la maladie comme un démon ou une force magique qui s’est introduit dans le corps ou comme un objet nocif ou un animal ; par suite, les moyens mis en œuvre pour obtenir la guérison auront pour but de faire sortir le principe mauvais de l’organisme ».
Cette observation extraite de la thèse du Dr Clancier-Gravelat est en partie inexacte.
Il existe en effet des maladies bénignes, celles qui le sont réellement, et celles que l’on peut considérer comme telle au début de leur évolution, que le paysan s’estimait en mesure de soigner et de guérir par une action tout à fait semblable aux techniques de la médecine scientifique. Rien ne lui paraissait mystérieux dans ces affections ; il savait très bien comment on risquait d’attraper ce qu’il appelait un « chaud et froid ».
Mais lorsqu’il se trouvait en présence d’une affection dont il avait mal mesuré la gravité et qu’il n’avait pu maîtriser par ses procédés habituels, le plus souvent lorsqu’il avait à faire à des maladies internes à évolution lente ; Il pensait qu’il y avait quelque chose d’étranger à la nature. Ce ne pouvait être qu’une force magique et contre laquelle il était désarmé. Il devait mobiliser des forces plus puissantes pour se protéger.

Examen du maladie et diagnostic.
Il est évident que les connaissances en anatomie et pathologie des guérisseurs de village étaient nulles. Il n’y avait ni examen approfondi du malade ni diagnostic. Tout au plus un rapide interrogatoire, un regard rapide sur la plaie ou sur l’enflure, ou quelques sondages superficiels …
Si le malade ne pouvait se déplacer, le soigneur se rendait à domicile. Sinon, l’examen avait lieu sur témoin ( ce qui était le cas pour les guérisseur de grande renommée).
On apportait avec soi soit la chemise du malade qui devait être portée durant un nombre de jours indiqué par le guérisseur, soit une mèche de cheveux arrachés et non coupés puisque c’était dans la racine que l’on pouvait « lire » le mal.

Remèdes populaires.

Les remèdes populaires forment ce que l’on appelle couramment les « recettes de bonne femme ». Quand on examine ce bric-à-brac de tisanes, onguents, cataplasmes, emplâtres, ainsi que leur compositions, on est amené à se demander comment l’homme a-t-il été amené à découvrir les vertus thérapeutiques des substances qu’il utilise pour la préparation de ces remèdes.
Les empiriques disent que l’homme à toujours été un prodigieux touche à tout. Pendant des millénaires il a appris à connaître par le goût et l’odorat. Il a donc découvert par hasard, les herbes qui guérissent, les poudres qui calme…etc…etc…
D’autres au contraire estime que l’homme, à l’instar de l’animal, sait d’instinct choisir et absorber la verdure qui le purge, cicatriser les plaies en ce roulant sur certaines herbes, l’homme primitif a su d’emblée et d’instinct lui aussi, panser ses plaies, guérir ses lésions, et varier sa nourriture pour éviter les carences alimentaires .

Une autre théorie a connu son heure de succès chez les paysans, c’est celle de la « signature » :

«  Le créateur ayant fait sortir de terre toutes sortes de remèdes, il fallait bien qu’il nous révéla les vertus dont ils sont les vecteurs : Altissimus creavit de terra medicamenta. C’est de cette parole du Livre de la Sagesse… qu’il semble que se soient emparés les gnostiques : à force de retourner dans tous les sens, de l’envelopper des fumées de leur rêveries, ils en ont fait le noyau d’une de ces théories les plus bizarres qui aient germé dans le cerveau humain, la théorie de signatures. Toute substance porte en elle des signes extérieurs, une sigillation ( ou signature magique) destiné à indiquer et les organes auxquels elle correspond et les affections de ces organes dont elles sont le médicament de choix. »

Voici un témoignage de A. Pouyaud, un auteur limousin, appuyant cette théorie ( B.A.S Roch, t. IX, n°6 p . 132)  :
« Le moyen qu’employaient nos pères pour reconnaître que telle plante renfermait, ou plutôt devait renfermer, des propriétés propres à combattre telle ou telle maladie, consistait tout bonnement à observer avec un peu d’attention et beaucoup d’imagination le port d’une plante, la forme de ses organes, ses couleurs, etc… Et si, de cet examen, il ressortait que cette plante ou l’une de ses parties ressemblait à un organe humain, il devenait évident que cette ressemblance devait être considérée comme un indice certains des propriétés du végétal examiné. C’est ce qu’on appelait la signature…
»… C’est ainsi que le pulmonaire fut regardé comme un antidote de la phtisie parce qu’on avait trouvé que ses feuilles tachetées de blanc offrent de la ressemblance avec un poumon tuberculeux ; le lichen jouissait des mêmes propriétés parce que ses lobes, marqués en dessus de cavités foncées et velues, rappellent plus ou moins l’aspect de cet organe. La scrofulaire, à cause de ses racines noueuses, étaient préconisée contre les scrofules. Le grémil officinal était considéré comme propre à dissoudre les calculs de la vessie parce que l’aspect et la dureté des akènes rappellent ces concrétions. Les bulbes ovoïdes des orchis étaient regardés comme aphrodisiaques. Les hépathiques étaient propres à combattre les maladies de foie parce que les découpures de leurs feuilles ont quelques analogie avec la forme de cet organe. Les feuilles de la sauge officinale, dont les rugosités ont quelques ressemblance avec la langue, deviennent efficaces contre les maladies de cet organe, et, par extension, contre celle de la bouche en général.
 »

C’est principalement du règne végétal et surtout des plantes que le paysan tirait les substances nécessaires à la préparation des remèdes. La récoltes de ses « simples » se faisait à peu près partout la veille de la St Jean d’été et avant le lever du soleil alors que toute la nature était encore humide, des sucs et des parfums magiques de la nuit. La plupart des gens portaient peu d’attention aux lieux de récoltes, mais on disait que les sorciers et sorcières avaient leurs coins préférés : autour de certains monuments mégalithiques ou de « pierres à légende ».

Les remèdes prescrits par les guérisseurs, surtout lorsqu’ils étaient secrets, étaient préparés hors de la vue des malades. A noter que l’on se servait presque toujours de saindoux comme excipient.

Formules anciennes.

L’étrangeté de la préparation de certains de ces remèdes, même si elle est parfois surprenante, n’était pas tellement différente des prescriptions magistrales d’autrefois. Voici trois ordonnances rédigées par des praticiens limousins.

Pour le Métayer de M. Le Lieutenant général d’Userche ce 27 janvier 1742 

On doit luy composer la mixture suivante pour luy facilité la sortie et la maturité de la Rougeole :
Prenes des eaux de chardons beny et de Bourrache de chacun deux onces eau de scabieuse autant Dans lesquelles vous dissoudres sur le rechaud Deux dragmes confection d’hyacinthe, y méler en poudre sperme de baleine une dragme d’antimoine diaphorétique yeux décrevisses de chacun autant de poudre de viperedemy dragmele tout bien pulvérisé sera mélé Dans les eaux susdites et mis dans une phiole ou l’on ajoutera une once et demy de syrop de pavot blanc on luy en donnera de deux en deux heures une cuillérée en brouillant la phiole. De plus on doit mettre en pate douses amandes douces étant pelées à l’eau bouillante et deux dousaines de semence de citrouille et les faire Bouillir avec de lhorge et la moitié d’un bâton de Requelisse pour faire un pot de ptysane, qu’on doit lui faire boire chaud et souvent et la ressérer quand elle aura finie on doit de plus ne lui donner que du bouillon clair et un peu nourrissant pendant quelques jours et tacher de le tenir bien couvert et ménager les sueurs sans trop le fatiguer.
Expliques bien le tout.
Goudrias.

Remèdes contre les rhumatismes prescrit par le médecin-chirurgien Joseph Dubois de la Briolières, breveté du Roy.

« Prendre une livre de bon beurre frais, sans sel ; une livre de genièvre en graines, concassé et pilé. Une livre de vers de terre bien essuyés sans être lavés. Mettre le tout dans un pot de terre, neuf, vernissé ; faire bouillir à petit feu, environ 14 heures (sic) ; ensuite y mettre une pinte d’au de vie de vin ; battre le tout ensemble dans le même pot jusqu’à ce qu’il soit composé un onguent. »


Remède à l’épreuve contre la fièvre quarte
( d’après Messire Lafond, curé de Berneuil au XVIIIè siècle)

« Prenez une demi-once et demy quart de bon quina pulvérisé, un quart et demy extrait de quinine, un quart et demy extrait de hyacinthe, un quart et demy bon thériaque, trois ou quatre amandes amères bien pilées, mêlées ; le tout en faire une aupiatte (sic) dont vous prenez les jours d’intervalles de la fieuvre. Vous en prenez trois pilules de la grosseur d’une faive le matin, 3 à midy une heure avant le dîner, 3 le soir avant souper. »

Il est intéressant de noter une étrange manière de se purger. Il était d’usage dans certaines famille traditionaliste de se purger avec la pilule perpétuelle. On l’appelait aussi pilule d’antimoine. Nicolas Lèmery au XIIIème siècle la décrivait ainsi dans son  Cours de Chymie :minéral.

« L’antimoine est un minéral composé de souffre semblable au commun d’une substance fort approchante du métal… Si on le fait fondre et qu’on le forme en balles de grosseur d’une pilule, on aura la pilule perpétuelle, c’est à dire qu’étant prise te rendue cinquante fois aura purgé a chaque fois et à peine est-il sensible qu’elle soit diminué de poids…Lorsqu’on l’avale la pilule perpétuelle est entraînée par la pesanteur et elle purge par le bas. On la lave et on la redonne comme avant et ainsi perpétuellement.
» Cette petite chose bien économique était appréciée surtout qu’elle produisait ce qu’on attendait d’elle. Elle figurait dans l’inventaire des successions au même titre que les meubles et la vêture. »

Nilfheim