I.III METEOROLOGIE POPULAIRE .


Petite introduction succincte pour débuter ce chapitre. Le paysan est dépendant des éléments, il implore la pluie ou le beau temps qui favorisent la végétation, il doit prévoir la gel ou la grêle qui peuvent anéantir une récolte. Cette observation des phénomènes météorologiques lui est devenu indispensable. Le pauvre hère a donc patiemment recueilli au fil des générations, les innombrables observations relatives aux changements de températures que forme la météorologie populaire.

Les agents atmosphériques.
Les vents.
Le climat du centre de la France est constamment soumis à un certains nombres de vents, dont l’appellation et les caractéristiques varient d’une région à l’autre.

Cette imprécision se retrouve en premier lieu sur un vent que l’on appelle ven d’auto ( vent d’autan). En latin le ventus altanus était le  « vent soufflant de la mer », un vent de pluie. En limousin il existe deux vents portant cette appellation : un vent de sud est qui est un vent sec appelé auto blan, et un vent de sud ouest, qui amène les gros orages d’été.

Le vent qui amène les pluies de longue durée est un vent d’ouest appelé pluviau ou pluyau, on lui donne le surnom de ven de lo bochio ( lo bochio ou bassie est la pierre dans laquelle on a creusé une rigole pour que s’écoule les eaux de l’évier).

Plus au nord se trouve l’armourie, armourijo, ou ermouri, vent de nord-ouest appelé également vent de galerne, en Bretagne il porte le nom de gwalarn. Il souffle surtout en mars/avril, au début du printemps. C’est un vent froid, humide, en gros maussade, n’apportant que peu de pluie. C’est pourquoi on disait : « fau qu’o buffe penden quinze jours per que n’en toumbe uno pleno couado » ( il faut qu’il souffle pendant quinze jours pour qu’il tombe un plein godet d’eau ).
Le vent du nord, ven de sus ou ven d’en nau ( vent d’en haut), annonce le froid et la gelée, il est aussi appelé ven bouru. Il est annonciateur de neige si la température vient à s’adoucir.
Le vent froid le plus fréquent est le vent de bise, l’eibisai, vent du nord-est. On l’appelle aussi ven negre ( il est appellé vent noir car il est le vent d’orage qui chasse les nuages noirs ).
Après la périodes des gros orages, le vent du sud soufflant l’été, annonciateur de beau temps était appelé ven dau mieijour.
Les petites tornades d’été, ces petits vents qui indisposent bêtes et gens sont appellé ven foulhou, ou ven fô (vent fou).

Enfin pour conclure ce petit chapitre sur les vents, voici, donc une petite légende :

« Dans le temps, le Vent était un beau jeune homme qui se promenait partout dans la campagne. Voici comment il est devenu invisible :
Trois bergères gardaient leur troupeau au creux d’une combe. La pâture était abondante, les animaux calmes et les jeunes filles babillaient gaiement. Elles avaient quitté leurs capotes chaudes et épaisses dont deux étalées sur le sol leur servaient de coussins, tandis que les amples plis de la troisième dérobaient leurs jeunes corps aux morsures du froid et… au regards curieux.

Le Vent qui folâtrait par là, surprenant leur bavardage innocent et leurs rires étouffés, voulut prendre sa part du divertissement. D’un souffle brusque il souleva le vêtement pour le laisser tomber quelques pas plus loin. La conversation s’arrêta. Une des jeunes filles courut le ramasser et le bavardage repris sous le manteau.
Le jeu devenait intéressant.
Le beau jeune homme qui s’appelait le vent en arrivait à oublier ses courses folles à travers la campagne, ses sauts brusques pour passer d’une colline à l’autre , le long tunnel de la vallée où il aimait s’engouffrer en poussant des hurlements joyeux. Seul, désormais, l’intéressait ce pan d’étoffe qui dissimulait trois visages rieurs. Il souffla de nouveau. Mais le vêtement tenu par des mains fermes, ne bougea pas. Le Vent se rapprocha et souffla plus fort… Toujours sans résultat. Agacé, il se rapprocha encore jusqu’à toucher le groupe, gonfla sa poitrine et… Mais il était déjà saisi et solidement maintenu par des poignes nerveuses. Et tandis que dans un bruit d’ouragan, le souffle puissant dispersait les vêtements, et courbait jusqu’à terre les hautes tiges des bruyères, Les jeunes filles tapaient à coups redoublés sur le gêneur.
Il eut les cheveux arrachés les membres roués de coups, le corps ensanglanté.
En ce piteux état il se présenta devant Dieu le Père et lui conta sa mésaventure.
Dieu trouva le châtiment fort juste, mais le monde ne pouvait vivre sans le Vent. C’est pourquoi il lui donna l’invisibilité afin qu’il puisse continuer à faire ces « taquineries ».

Ce même récit apparaît dans d’autres coin du département, à la différence près que le Vent est représenté sous la forme d’un coq. Peut-être est ce la raison pour laquelle on utilise un coq comme girouette, au sommet de nos clochers ?

Les Nuages.
L'observation de ces phénomènes naturels portent sur deux points : la direction dans laquelle les nuages se déplacent ( c’est une indication précieuse pour prévoir l’évolution du temps), ainsi que la forme et l’aspect des nuages ( la forme et la couleur des gros nuages noirs d’été permettent de deviner s’ils sont porteurs de grêle).
Cependant le ciel nuageux ( lou seu niblous) avec ses masses compactes qui se disloquent et se regroupent, qui parfois peuvent changer de formes dans la minute, n’ont pas manqué d’exciter l’imagination populaire. Tantôt ils ont pu voir des monuments, des paysages fantastiques, tantôt des personnages de ballet dirigés par quelque chorégraphe mystérieux. Toutes les régions de France possèdent un folklore né de faits certifiés d’abord authentiques, mais qui peu à peu ont pris la forme de légende.

Deux faits de ce genre ont été relevés en Haute-Vienne par René Fage d’après une chronique de Pierre Robert, lieutenant-général au siège de Dorat d 1598 à 1615. Le plus ancien remonte à l’année 1608. Il a été observé sur les confins du limousin, puis colporté jusque dans la Marche où il a été recueilli par le curé de Lussac-les-Eglises :

« Ladite année 1608 se virent des phantosmes en Augoumois. Le jour étant clair et serein, en un moment il se vit un grand nombre de petites nuées épaisses qui descendirent à terre et se formèrent en hommes de guerre qui paroissoient être de 10 ou 12.000, tous beaux et grands, couvert d’armes bleues, rangés sous des enseignes bleues demi-rouge et demi-déplyées, les tambours ayant leurs caisses sur les épaules, comme prêts à battre aux champs ; dix pas devant étoit le chef avec une belle apparence. Puis l’armée se mit en marche en grande hâte et en ordre, divisée en bandes et troupes. Cette vision fit que quelques paysans et la noblesse même en prirent l’alarme. Ils s’assemblèrent en grand nombre pour reconnaître ce prodige le poursuivant, ils remarquèrent que, s’approchant d’un bois taillis afin de rompre leur ordre en le passant, ils s’élevèrent, tous par dessus le bois, touchant seulement la feuille des arbres de l’éxtrémité de leur pieds, puis cheminèrent encore à terre vers une forêt où ils se perdirent tous et ne parurent plus. »

le deuxième fait :

« La seconde observation n’a ni le même pittoresque, ni la même couleur. Elle mérite pourtant d’être notée car elle a été recueillie directement par Pierre Robert et paraît avoir eu un nombre considérable de témoins. Elle date du mois de mars 1654. Le récit en est bref :
 » Le 14 dudit mois de mars 1654, la nuit du samedi au dimanche, l’on vit passer par tout le pays de Basse-Marche grande quantité d’armées au ciel qui s’entrebattoient. Quasi au même temps, il fondit de plus haut que la hauteur d’une pique, une quartonée de terre entre les villages de Chabeyroux et de Miomandre, près du bourg d'Oradour-saint Genest en Basse-Marche. » 

L’arc-en-ciel.
L’arc-en-ciel est lo recliano, lo ricano, lo roucano ou encore lo recliasso.
Il est parfois surnommé le ruban de la Sainte Vierge, d’autres l’appellent le pont du diable ou quelquefois la garlande, déformation probable de guirlande, il porte même le nom de ride.

On dit qu’il ne peut se former que du côté opposé au soleil, mais à condition que l’une des deux « jambes » baignent dans l’eau. Là où il prend naissance on trouve :
- un palissou (pannier ) plein de pièces d’or.
- un fuseau jadis perdu par une bergère.
- un couteau rouillé.

La sécheresse et la pluie.
Il existe parfois des périodes de sécheresse. Si aucune pluie ne survient l’herbe est courte et dure, les céréales ne donnent que peu de paille, de même des pluies trop persistantes sont tout aussi nuisibles. C’est pourquoi, jadis, les paysans avaient recours à toutes sortes de procédés pour obtenir « la pluie et le beau temps » :

On sortait généralement les reliques des saints locaux et on se rendait en procession. Parfois dans certains villages, les hommes montaient tout en haut du clocher où ils vidaient une « chopine » de vin et lançaient ensuite la bouteille vide sur la place.
On priait aussi sainte Anne dans une petite chapelle placée sous son patronage. On y célébrait une messe spéciale. Mais dit-on, Sainte Anne était si malicieuse, que parfois elle faisait éclater un orage si brusquement que le curé et les processeurs était copieusement arrosé.
Parfois on allait chercher de l’eau à un ruisseau, que l’on avait coutume d’appeler « ruisseau des fées ».
Dans certains lieux, on versait de l’eau sur la statue de Sainte Madeleine, aussi connu sous le nom de Saint Pissou, emmenée pour l’occasion en procession près d’une fontaine. On était alors assuré de « voir ordinairement la pluye venir du ciel et tomber à grande foison. »


Les orages : la foudre et la grêle.
Un autre fléau du ciel résidait dans les gros orages d’été, ils étaient presque tous accompagnés de nuages de grêles. Pendant ces orages les femmes avaient coutume de faire un signe de croix à chaque éclair. Lorsqu’un orage éclatait la nuit, la plupart des gens se levaient afin de parer à tout incident qui pourrait survenir lors de la chute de la foudre.
Il existait plusieurs procédés pour éloigner l’orage :

Tout d’abord, l’orage pouvait se « conjurer » comme une simple maladie, par certains sorciers qui avaient reçu des pouvoirs ad hoc. Pour ce faire, le sorcier montait sur le toit d’une maison et lançait ses imprécation à la nuée.
D’autres procédés existait, bien sûr, selon qu’il s’agissait d’éloigner l’orage ou de protéger la maison contre la foudre.
Les braves paysans avaient remarqués que dans l’orage , il existe un élément destructeur : la foudre, et un élément vecteur : la nuée. Aussi dès que le ciel prenait un aspect inquiétant on commençait dans de nombreuses maisons à effectuer les opérations suivantes :

1° Faire brûler dans le foyer des herbes de la Saint-Jean, on ajoutait dans certaines bourgades des bleuets et du millepertuis. Aussitôt que les herbes commençaient à brûler, on engageait le dialogue suivant qui se déroulait entre la nuée et l’orage- foudre :

La nuée à l’orage :
Avanso, moun fraire, Anvanso.

L’orage à la nuée :
Coumo voleis-tu que i’avance ?
L’o perno m’oreito
Et lou tringalan
Me copô lous flans !

( Avance mon frère, avance
Comment veux tu que j’avance ?
Le bleuet m’arrête
Et le millepertuis
Me coupe le souffle !)

Dans le village de Saint-Basile, le millepertuis était remplacé par la fougère et la fin du dialogue prenait la forme suivante :

Et lo fougero
Me côpo lo gourgero ! 
(Et la fougère
me coupe la gorge !


2° Mettre au feu le tison de Noël ou un tison de la saint-Jean.

3° Sonner les cloches, pour certains, ces sonneries étaient efficaces, car elles disloquaient la masse nuageuse et faisait avorter l’orage. Alors que pour d’autres cet effet était très localisé, la masse se reconstituait immédiatement avec encore plus de virulence en un point voisin. On peut remarquer sur ce fait que beaucoup d’anciennes cloches portent encore l’inscription « Tempestatem fugo, nubes fugo » (Je fais fuir la tempête et la nuée).

Ordinairement c’était le sacristain qui sonnait la cloche. Souvent même il se levait la nuit. Les paroissiens faisaient alors une quête en nature pour le remercier, ou le bougre organisait, lui-même, sa tournée dans les maisons du bourg et des environs où on lui remettait une dîme.

Voici enfin d’autres méthodes destinés à protéger la maison de la foudre :

- Allumer le cierge de la Chandeleur.
- Jeter du sel dans le feu.
- Placer une hache sur le fumier, le tranchant en l’air.
- Planter sur le toit ( lorsqu’il était en chaume) et près de la cheminée, de la joubarbe, appelé d’ailleurs pour cette raison erbo do touner ( herbe du tonnerre).
- Garder chez soi une hache ou un fragment de hache préhistorique, que l’on plaçait soit dans la maison d’habitation soit dans une étable.
- Réciter la prière suivante 3 fois de suite :

« Sainte Barbe, Sainte Fleur,
je porte la croix de mon sauveur.
Si je dis trois fois :
Vive la croix, vive la croix, vive la croix !
Le tonnerre ne tombera
Jamais sur moi,
Ni sur mes parents,
Ni sur mes enfants,
Ni sur jamais personne de ma famille. »

- Si l’on était surpris par l’orage aux champs, on pouvait s’abriter sans peur sous un dolmen.


Pour finir la foudre se fait appeler le feu du ciel ou feu de saint Éloi, elle peut tomber en boule ( en boulo ) ou en flèche ( en relho ). Pour info, elle ne tombe jamais sur l’aubépine ni sur le noisetier.
Pour éloigner la grêle, il suffisait dit-on, dès qu’elle commençait à tomber de prendre deux grêlons et de les plonger dans l’eau bénite.

Prévision du temps.
La prévision du temps à la campagne est basée uniquement sur des observations fondées sur d’anciennes croyances nées de superstitions du Moyen Age. On distingue bien sur, deux sortes de prévisions : les prévisions à longue échéances et celles à courtes échéances.

Pour connaître le temps dominants de chacun des douze mois de l’année, il suffit de se reporter au temps qu’il a fait :
soit pendant la période des douze jours qui va de Noël à l’Epiphanie ;
soit pendant les douze premiers jours de l’année.

Des prévisions peuvent êtres faites suivant le comportements des animaux :
Lorsque les grues passent très tôt à l’automne et que le bétail possède un poil épais, c’est signe d’un hiver rigoureux.
Il en est de même si les oignons ont une peau épaisse :

« Lou ougnous an treis paus
Co ne foro pas chau ! »

Si les pies nichent bas, il y’aura de nombreux et violents orages :


« Bas, las jassas batissent
Anado de meichan tem. »


Lorsque les fourmilières sont nombreuses au printemps, on peut prévoir une année de sécheresse.
Enfin, un printemps long et froid est à redouter lorsque les rainettes chantent tôt en saison. Voici un dicton à ce sujet :

Lou merle o sibla
Las ranas chanten
Mas

Autant las avanen lou 25 de mars
Autant lou printem auro de retard

( le merle a sifflé,
les rainettes chantent,
mais
autant elles sont en avance sur le 25 mars
Autant le printemps aura de retard.)


Les prévisions à courtes échéances :

Prévisions d’après le comportement des êtres humains.
Les prévisions tirées du comportement des êtres humains sont peu nombreuses. Une douleur provenant d’un rhumatisme ou d’une blessure qui se réveille, les cors qui « piquent » annoncent sinon la pluie un changement de temps. Quand on a froid aux pieds, surtout aux talons, signe de neige. Enfin l’hiver, quand les mains se gercent et deviennent « farineuses », signe de froid et de grandes gelées.

Prévisions tirées du comportement des animaux.
Lorsque les rainettes et les crapauds chantent, que les martinets volent haut, que le bétail gambade dans les prés, que le merle siffle, que l’on entend la bergeronnette, que l’âne se roule dans la poussière, signe de beau temps.
Lorsque le chat en se débarbouillant, passe la patte derrière ses oreilles, que le bétail lèche les parois de sa crèche, que l’âne dresse les oreilles et marche en biais, que le pivert et la grive chantent, que les martinets volent en ras de terre, que les pigeons se baignent, que les oies s’ébattent dans l’eau, que les poules se lèvent tôt et vont courir dans les prés. Il y’aura bientôt de la pluie.
Quand le chat se rapproche du feu et se couche en lui tournant le dos tout en ramenant ses pattes sous sa fourrure, quand les corbeaux s’assemblent en croassant et en tourbillonnant sans arrêt il y a de la neige dans l’air.

Prévisions tirées d’observations diverses.
Lorsque l’on entend très distinctement les bruits divers de la campagne, le son des cloches, le cris des laboureurs etc… (etc) la pluie n’est pas loin. Il en est de même quand les cheminées « fument », c’est à dire tirent mal.
Au printemps, il est rare qu’après une gelée blanche il ne pleuve pas :
Gelado blancho
O cû l’aigo lî chanto

Le matin quand sur les rivières, les étangs et les pêcheries les brouillards restent bas c’est signe de beau temps; s’ils s’élèvent rapidement c’est signe de pluie.

Prévisions tirées de l’observation du soleil.
Quand le soleil est rose au couchant et s’enfonce dans un ciel lumineux, beau temps pour le lendemain. Lorsqu’il se couche dans une « gloire » ( uno raiso) il faut observer la direction de ses rayons. S’ils sont orientés vers le haut, c’est un signe de beau temps ; s’ils sont orientés vers le bas, il y’aura pluie pour le lendemain.

Quand le soleil se lève rouge ou pâle, lorsqu’il est encore pâle au coucher ou qu’il se couche sous une grosse nuée (sous so jarlo) il est annonciateur de pluie pour le lendemain.
Enfin il y aura sûrement du vent le lendemain si le soleil se couche dans un ciel rouge.

Prévisions tirées de l’observation de la lune.
En Limousin les pronostics fondés sur l’observation de la lune sont résumés dans le dicton suivant :
O cin de lo luno qu’ei permei
De couneitre lou tem dau mei

( le sixième jour de la lune, il est permis de connaître le temps pour la lunaison _ généralement deux mois _)

Le signe de beau temps est marqué par une lune qui brille d’un vif éclat, sans halo. Une suite de jours de beau temps ou de jours pluvieux est prévisible selon la position du croissant dans le ciel. On dit que lorsque les « cornes » sont relevées vers le haut, comme celle d’une chèvre c’est un signe de pluie, si elles sont dirigées parallèlement à la ligne d’horizon c’est un signe de beau temps.

Nilfheim